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Flash d’Adobe à l’agonie

1 novembre, 2016 - 20:31

Flash Player et sa technologie sous‐jacente, tous deux développés par la société Adobe, n’en finissent plus d’agoniser. Sommes‐nous en train d’assister aux derniers soubresauts ?

  • Les principaux navigateurs Web réduisent la voilure de l’extension Flash Player, principalement pour des problèmes récurrents de sécurité, de performance et de consommation excessive de batterie. L’introduction d’un blob propriétaire dans les navigateurs est peut‐être aussi une raison pour certains projets, bien que ce point soit rarement mis en avant officiellement.
  • Certaines plates‐formes grand public ne permettent plus l’installation de Flash, parfois depuis des années (Apple iPhone, Microsoft Edge…).
  • L’absence de Flash sur un ordinateur personnel est de moins en moins un problème pour un usage, même intensif, du Web et force est de constater que l’on peut désormais surfer des mois sans Flash sans même s’en rendre compte.
  • Les plates‐formes publicitaires (Google en tête) vont commencer à refuser les publicités Flash.
  • Les clones de Flashplayer et les convertisseurs de Flash vers HTML5 sont abandonnés.

Dans la première partie de cette dépêche, nous présenterons Flash et reviendrons plus en détail sur son histoire, son apogée, ses concurrents, puis sa chute vers l’oubli.
La seconde partie nous permettra de détailler les technologies du moment, afin de donner quelques pointeurs aux développeurs et designers Web souhaitant se mettre au goût du jour.

Divulgation prématurée : ladite relève se constitue essentiellement de standards, promus par l’ensemble des acteurs du Web !

    Sommaire Flash en deux mots

    La technologie Flash désigne tour à tour (selon le contexte) une plate‐forme multimédia et scriptable, un logiciel pour développer du contenu multimédia destiné à ladite plate‐forme et un greffon de navigateur (Flash Player) pour exécuter le contenu multimédia ainsi créé. Cette technologie connut trois grands cas d’utilisation majeurs dans les industries liées :

    Web

    Le Web a rendu la technologie célèbre et répandue, en particulier car HTML a longtemps brillé par son absence de fonctionnalité multimédia. Ainsi, Flash fut pendant une quinzaine d’années l’une des seules possibilités pour diffuser des vidéos en streaming, ce qui explique que l’un des plus grands vecteurs de son expansion furent les plates‐formes vidéo telles que YouTube, DailyMotion, Vimeo…

    Ce fut aussi la technologie de choix pour les sites les plus « dynamiques », avec des menus animés, des sons et musiques de fond, des fondus entre pages… La technologie du bon goût incarné, quoi ! Les gens souhaitant un Web efficace trouvaient en fait cela extrêmement ennuyeux à cause de temps d’attente et de chargement horribles et des animations totalement inutiles à tout bout de champ. L’utilisabilité du Web (qui n’était plus qu’un moyen de transport du Flash) en a véritablement souffert pendant des années. Mais cela n’empêcha pas une mode où tous ceux qui avaient des sous et voulaient se démarquer faisaient alors appels à des « designers » ou autres agences de communication, tous moins ergonomes les uns que les autres, pour faire des sites Web de plus en plus touffus et inutilement animés.

    Dessins animés

    L’animation fut un des buts originels du logiciel quand il s’appelait alors FutureSplash Animator (voir l’historique plus bas), mais ce n’est que plus tard — sous le nom Flash — que cet usage perça réellement. Le logiciel fut surtout utilisé dans des séries télévisuelles comme la nouvelle série des My Little Pony, mais on peut retrouver aussi quelques longs métrages, dont certains pour le cinéma.

    L’animation vectorielle a l’avantage de la simplicité et de la rapidité, ce qui en a fait un outil parfait pour la télévision où les temps de production sont réduits. Malheureusement, la contrepartie est en général une qualité visuelle moindre, ce qui explique probablement le peu de productions cinématographiques qui ait vraiment fait date, à l’exception peut‐être du récent film belgo‐franco‐luxembourgeois Ernest et Célestine, qui a gagné plusieurs prix, dont un César du meilleur film d’animation et des nominations à Cannes et Annecy. Cependant Flash ne fut pas utilisé pour les fonds de scènes (peints à la main), et l’animation Flash a subi une post‐production importante avec d’autres logiciels pour donner l’aspect « peinture à l’eau ».

    Plus proche de nous, il est de bon ton de citer Sita Sings the Blues de Nina Paley, film libre sous licence CC-0, aussi produit en Flash.

    Jeux vidéo

    Flash connut aussi une petite gloire dans l’industrie du jeu vidéo, bien que cela se soit limité à des jeux Web sans grand intérêt commercial pendant des années. Pourtant, depuis quelques années, la technologie a su attirer des éditeurs indépendants, probablement car elle permettait de prototyper plus aisément, puis de développer rapidement des jeux de complexité limitée. On peut, par exemple, citer Super Meat Boy ou Machinarium. Exceptionnellement, certains jeux classés « AAA » ont aussi utilisé la technologie Flash, bien que cela soit plus l’exception que la norme.

    Historiquement, les jeux les plus aboutis utilisent des technologies plus bas niveau (au niveau langage, C++, par exemple, est très répandu dans l’industrie du jeu), notamment pour des questions de performance (on retrouve donc les problématiques du Web dont nous allons parler plus bas), mais aussi pour une plus grande liberté visuelle (problématique similaire cette fois au film d’animation).

    Historique de Flash Premiers pas : 1993 - 1995

    L’histoire de Flash remonte à 1993, où sous le nom de SmartSketch, il s’agissait uniquement d’une application de dessin vectoriel de la société américaine FutureWave Software, pour devenir en 1995 un logiciel d’animation vectorielle pour le Web : FutureSplash Animator.
    Macromedia était alors le principal concurrent, avec Shockwave. Comme tout requin qui se respecte, Macromedia mangea racheta donc la technologie concurrente en novembre 1996, avant qu’elle ne devienne trop grosse. Celle‐ci fut alors renommée et prit le nom sous lequel elle deviendra célèbre : Macromedia Flash.

    L’âge d’or sombre : 1996 - 2006

    Ce fut alors un âge d’or pour cette technologie. Jusqu’en 2005, il s’agissait du greffon multimédia pour le Web le plus installé au monde (les principaux concurrents de l’époque étant Java, QuickTime, RealNetworks, Windows Media Player et, bien sûr, Shockwave du même éditeur), installé sur plus de 98 % des ordinateurs personnels connectés au Web (d’après Macromedia). Ce furent donc de très belles années pour Flash, beaucoup moins pour les personnes qui souhaitaient pouvoir naviguer sur le Web sans avoir à installer de logiciels propriétaires (dont la plupart des lecteurs de LinuxFr.org).

    Et donc, comme tout allait parfaitement bien pour eux, Adobe — plus gros requin encore — racheta Macromedia et toutes ses technologies — dont Flash et Shockwave — en août 2005.

    Le point fort de Flash était probablement ses outils de bureau, notamment l’éditeur Flash et l’environnement de développement intégré Adobe Flex Builder (renommé ensuite Adobe Flash Builder). Ces derniers permettaient une approche simple et immédiate de la plate‐forme Flash, ainsi qu’une prise en main graphique. Même si l’on pouvait avoir besoin d’utiliser du code (notamment avec ActionScript), beaucoup de fonctionnalités restaient accessibles graphiquement, rendant la technologie attractive au‐delà du cercle des développeurs.

    Année charnière : 2007

    Certains diront que Flash avait déjà commencé à mourir dès le rachat par Adobe en 2005. Nina Paley, par exemple, s’en plaignait déjà en 2008, puis en 2013. A priori, Adobe avait décidé de tuer l’utilisation gratuite pour le film d’animation, afin de pousser les gens à payer After Effects pour l’exportation en haute qualité. Bien sûr, cela ne concerne qu’une frange d’utilisateurs et probablement pas la part « riche » de l’industrie du cinéma.

    Néanmoins, d’aucuns peuvent arguer que se mettre bien avec les amateurs et les indépendants moins fortunés est une bonne approche pour fidéliser une clientèle. Quoi qu’il en soit, je n’ai pas trouvé de sources chiffrées qui indiqueraient une entame sévère de l’utilisation de Flash à ce moment‐là, ni dans l’industrie de l’animation, ni ailleurs. Cette anecdote n’est donc gardée que pour complétude.
    Les vrais obstacles semblent tous trouver leur année de naissance en 2007.

    Standardisation HTML5

    Ce fut probablement un bien plus grand problème pour Adobe quand les divers acteurs du Web ont commencé à s’agiter dans la mauvaise bonne direction. Dès juin 2004, la fondation Mozilla et Opera Software ont conjointement présenté, lors d’un atelier W3C, un papier pour développer une spécification d’applications web, alors appelée Web Forms. Le papier expliquait qu’ils espéraient une commercialisation dès la fin 2004, ce qui ne s’est pas fait (huit votes contre quatorze). En réaction, s’est créé un groupe de travail indépendant (Web Hypertext Application Technology Working Group, plus connu sous l’acronyme WHATWG) mécontent des décisions du W3C et souhaitant continuer à travailler sur un Web applicatif et les Web Forms.

    Cela a amené le W3C à finalement lancer un groupe de travail pour HTML5 en 2007, dans lequel les spécifications du WHATWG seront aussi progressivement acceptées (dont Web Forms 2).

    Apple iPhone

    En juin 2007, Apple sort son tout premier téléphone, l’iPhone. Étonnamment, il ne gère pas Flash. Alors que les clients croient qu’il ne s’agit que d’une situation passagère, deux autres versions de l’ordiphone sortirent, toujours sans Flash, ce qui fit gronder. Une publicité Apple fut même interdite au Royaume‐Uni par l’autorité de régulation publicitaire, sous la raison de publicité mensongère :

    Comme l’iPhone ne prend en charge ni Flash ni Java, vous ne pouvez vraiment voir Internet dans toute sa splendeur. [sic]
    [Original : « Because the iPhone doesn’t support Flash or Java, you couldn’t really see the Internet in its full glory. »]

    En 2010, Steve Jobs fit une lettre publique expliquant les raisons de l’absence de Flash. Ironiquement, le premier argument concerne le fait que Flash soit propriétaire et qu’Adobe en a le contrôle complet et est le seul à avoir ce contrôle. Paradoxal, en effet, puisque ces arguments peuvent s’appliquer à beaucoup de produits ou « fonctionnalités » d’Apple. Steve Jobs prévoit le coup puisqu’il compare alors avec son entreprise, concédant faire aussi beaucoup de propriétaire, mais qu’eux au moins utilisent des standards, participent à leur création et même développent quelques logiciels libres. Bien sûr, il fait mine d’oublier toutes ces fois où Apple ignore les standards pour garder le contrôle, comme pour ses chargeurs.
    Les arguments suivants seront davantage similaires aux critiques habituelles : stabilité, sécurité et performance virtuellement inexistants dans la technologie Flash.

    En tout cas, cela scella l’absence de Flash et on sut qu’il ne servait plus à rien d’attendre. À ce jour, les iPhones ne prennent toujours pas Flash en charge.

    Microsoft Silverlight

    Une brèche est clairement perçue dans le monopole d’Adobe Flash, laissant place pour s’y engouffrer. Soit parce qu’elles sentirent aussi la tendance des applications Web, ou simplement parce qu’un bon vautour sent la mort d’un concurrent venir, de nombreuses autres sociétés ont donc tenté de lancer leur greffon applicatif Web, en concurrence directe avec Flash.
    De toutes les tentatives, Microsoft Silverlight est probablement celle qui avait les meilleures chances de réussite : une première version sortie en septembre 2007, le greffon Silverlight aurait atteint 64,16 % d’installation dans les navigateurs Web (d’après Wikipédia, mais la source n’existe plus), contre 95,26 % pour Flash et 76,51 % pour Java.

    Pourtant, malgré sa grande pénétration côté client, Silverlight n’a jamais percé côté serveur, avec à peine 0,3 % en août 2011 contre 27 % pour Flash (dont la chute avait déjà commencé depuis un an, comme nous le disions). Ironiquement, l’un des plus gros vecteurs de diffusion de la technologie de Microsoft fut un logiciel libre nommé Joomla!, puisque les sites Joomla! ont tout de même représenté 92,3 % des sites Silverlight en 2012.
    À ce jour, Silverlight n’a plus que 0,1 % d’usage sur le Web et ces statistiques sont aussi en descente constante.

    Finalement, Microsoft a annoncé l’arrêt du développement (hormis les corrections de bogues) en 2013 et la fin de vie de la dernière version est prévue pour octobre 2021.
    Google Chrome ne prend déjà plus en charge Silverlight et Microsoft Edge ne l’a jamais eu.

    Unity Web Player

    De son côté, Unity, célèbre pour son moteur de jeu propriétaire et multi‐plate‐forme (aussi utilisé sous GNU/Linux) sortit son propre format Web pour le jeu : Unity Web Player.
    Je ne trouve pas de date de sortie initiale, mais la plus ancienne sauvegarde sur archive.org date d’octobre 2007.

    Cependant, malgré le poids de l’entreprise dans le jeu sur les ordinateurs de bureau, leur greffon n’a jamais percé et, en particulier, n’a pas réussi sa tentative de remplacement de Flash.
    De toute façon, ce greffon ne fonctionnait que sous Windows et Mac OS X et pas sous nos beaux systèmes libres. « C’est bien fait », j’ai envie de dire. Mais, ce serait méchant…

    Après les annonces de Google et Mozilla pour retirer la prise en charge des greffons NPAPI dans leur navigateur respectif (et Microsoft n’ayant jamais ajouté la prise en charge dans son nouveau navigateur Edge), Unity a décidé d’arrêter les frais.
    Il s’en est suivi, en octobre 2015, l’annonce de l’abandon d’Unity Web Player. Les clients de l’entreprise ont été encouragés à exporter leurs jeux sous le format WebGL (c’est‐à‐dire HTML5) depuis le logiciel Unity, s’ils souhaitent continuer à cibler le jeu Web.

    Contre‐attaque (Adobe AIR) : 2008

    Voyant que le vent tournait, comme un sursaut, Adobe répliqua, début 2008, avec la plate‐forme Adobe AIR, basée sur Flash et ActionScript, dont le but était d’étendre l’emprise de Flash hors du navigateur. Puisqu’on ne veut pas de lui sur le Web, Adobe s’est peut‐être dit que le salut viendrait en créant un nouveau cas d’utilisation. En outre, la mode était au Web applicatif, comme le W3C et le WHATWG le montraient bien. Il fallait donc travailler dans cette direction.

    Bien que ce ne fut pas assez pour sauver Flash, il semblerait que ce fut un mouvement bien pensé : quitter le navire plutôt que de couler avec en tentant de le sauver à tout prix.
    En tous les cas, à ce jour, Adobe AIR est toujours développé et, en 2014, le milliard d’installations fut annoncé en fanfare.

    Flash continuera‐t‐il de nous ennuyer, cette fois directement sur nos bureaux ? Ah non ! Heureusement, Adobe AIR ne tourne plus avec le noyau Linux depuis la version 2.6 en 2011. Ouf !

    Le début de la fin : 2010 - 2011

    Avance rapide…

    Nous sommes en octobre 2010. Ce mois fut l’apogée de Flash, ce qui en termes moins plus heureux signifie le début de son déclin puisque, avec 28,8 % d’usage (plus d’un site sur quatre, tout de même, utilisait alors Flash d’une manière ou d’une autre !), l’usage sur le Web diminua pour la première fois à 28,6 % en décembre (cf. news de W3Techs. Une chute de 0,2 % seulement, mais une première apparemment pour la technologie d’Adobe).

    Cela correspond probablement aux technologies concurrentes, à l’intérêt grandissant pour HTML5, officiellement en développement depuis trois ans et vraisemblablement aussi au refus d’Apple d’intégrer la technologie dans son ordiphone. Le Web mobile était alors estimé à 4 % (de nos jours, on atteint plutôt les 30 %, quoi que d’autres statistiques donnent moins de 1 % en 2010 et à peine 6 % en 2016).

    Quant à HTML5, même si le standard n’est pas officiellement stable, les éditeurs de navigateurs se sont mis à l’implémenter dès le début et il est déjà présent sur toutes les plates‐formes. HTML5 a toujours été considéré comme un standard vivant, une « cible en mouvement ». Il n’y avait donc pas besoin d’attendre pour commencer à se débarrasser de Flash.

    En conséquence, Adobe annoncera officiellement en 2011 l’arrêt du développement de Flash Player sur plates‐formes mobiles, expliquant que HTML5 est une meilleure solution dans ce cas de figure.

    Le fin du fin : 2015 - 2016

    Quatre ans plus tard.

    Les années ont passé et Flash n’a cessé de diminuer, mais en restant toujours présent, et surtout encore et toujours le seul greffon dans le navigateur nécessaire pour voir une bonne partie du Web. Ils sont maintenant à 7,7 %. Ce n’est peut‐être plus le quart du Web comme en 2010, mais cela reste une part non négligeable, suffisante pour voir Flash comme ce parent insupportable dont on pense ne jamais pouvoir se débarrasser. Il sera toujours là : faible désormais, mais il s’accroche.

    Qu’à cela ne tienne, 2015 a marqué quelques coups particulièrement durs et 2016 semble être l’année fatale.

    Mozilla : Firefox

    Rappelez‐vous, l’an dernier, une série de failles majeures dans Flash avaient été découvertes et Mozilla avait pris la décision de bloquer toutes les versions de Flash dans Firefox tant que des correctifs ne seraient pas apportés. Ainsi, pendant plusieurs semaines, que le greffon Flash fut installé ou non, on ne pouvait plus lire de documents ou vidéos Flash. Sans lui laisser un instant de répit, le chef de la sécurité de Facebook avait publiquement demandé à ce qu’Adobe « tue » officiellement Flash, en demandant une date de fin de vie officielle.

    Étonnamment, celui qui nous avait habitué à être un précurseur garde une place au chaud pour Flash (contrairement à la concurrence, comme nous allons le voir plus bas). En effet, dès octobre 2015, Mozilla avait annoncé la fin des greffons NPAPI d’ici la fin 2016, causes trop fréquentes d’instabilité, de crashs, de ralentissements et de failles de sécurités. Or, si cela signifiait effectivement la fin de Java ou Silverlight, Mozilla précisa collaborer avec Adobe pour le support continu de Flash en tant qu’exception.
    Étonnant rebondissement à l’opposé de tous les autres « joueurs » et même des réactions précédentes de Mozilla ! Cela semble bien correspondre au ralentissement du développement de Shumway (au jour de l’écriture de cet article, il n’y a eu que deux commits en 2016, dont un est en fait une fusion, fin mars 2016, dernier commit à ce jour), projet de Mozilla dont le but était de fournir une réimplémentation libre de Flash. Est‐ce dû à cette collaboration alors naissante avec Adobe annoncée au même moment dans un article de blog ? Ou bien peut‐on espérer plutôt que Mozilla ne souhaite même plus réimplémenter Flash, préférant voir mourir le format dans son entièreté ?

    En tout cas, même si Flash va survivre sur les Firefox qui avaient déjà le greffon, il ne devait pas être ajouté sur toute nouvelle plate‐forme prise en charge. Par exemple, Firefox pour Windows 64 bits était censé sortir sans aucune prise en charge des greffons, pas même Flash, d’après la même annonce. Pourtant, l’annonce de la sortie effective parle à la place d’une prise en charge « limitée », ce qui est contradictoire ; et une recherche Web montre qu’il est toujours possible d’installer Flash sur la version 64 bits de Firefox pour Windows. Il y a donc eu un triste retour en arrière et beaucoup de chaud et froid de la part de Mozilla sur le sujet.

    Google : Chrome, YouTube et publicités

    Dans le même temps, Google est entré dans la danse des exterminateurs du Flash puisqu’en septembre 2015, le navigateur Google Chrome s’est mis à mettre en pause, par défaut, les bouts de Flash jugés « périphériques » sur un site (c’est‐à‐dire principalement les publicités, ce qui est mis en avant dans l’annonce officielle. Apparemment, la fonctionnalité est capable de détecter si un contenu Flash est le contenu principal d’un site, auquel cas il ne sera pas bloqué), ce afin d’améliorer la vitesse de navigation et la durée de vie des batteries. En 2016, Google est allé une étape plus loin dans la lutte contre Flash : il semblerait que cette technologie soit beaucoup utilisée en arrière‐plan (apparemment sur des objets de moins de 5 × 5 pixels, concrètement invisibles au milieu d’une page Web), notamment comme outil analytique ; et ce contenu sera tout simplement bloqué et non pas juste mis en pause. Le reste du contenu Flash sera toujours mis en pause, obligeant le visiteur d’un site à activer explicitement la lecture sur chaque site faisant usage de Flash (ce qui est aussi très dissuasif). Ce nouveau comportement sera mis en place en décembre 2016.

    Parallèlement, leur service publicitaire (Adwords) proposait la conversion automatique des publicités Flash en HTML5, jusqu’à la décision annoncée en février 2016 d’interdire de nouvelles publicités Flash (interdiction en place depuis juin 2016). Quant aux publicités déjà en place, elles seront désactivées le 2 janvier 2017. Charge aux publicitaires de se mettre à jour.
    Il semblerait d’ailleurs que Google ne souhaite même plus faciliter la conversion de Flash vers HTML5, puisqu’il va jusqu’à discontinuer, en juillet dernier, Swiffy, un outil qu’il avait créé dans ce but. Google s’est vraisemblablement rendu compte qu’il est bien plus efficace de pousser les développeurs à se mettre au HTML5, plutôt qu’à les conforter dans leur usage de Flash avec l’assurance qu’ils auront toujours la possibilité de convertir en HTML5 pour fonctionner sur les plates‐formes sans Flash.

    Quant à YouTube, le service lança l’expérimentation des vidéos HTML5 en janvier 2010. Une étape fut passée en janvier 2015, qui en fit désormais le lecteur vidéo par défaut.

    Il s’agit donc d’une attaque sur plusieurs fronts, tous primordiaux dans le business model d’Adobe Flash (publicités, analytique, multimédia et sites Web), ce qui n’est pas étonnant de la part d’un géant tel que Google.

    Microsoft : Edge

    Ne se voulant pas en reste dans la débâcle anti‐Flash, Microsoft annonce en avril 2016 qu’Edge fera de même : les éléments Flash dits « périphériques » (publicités, animations…) seront mis en pause et activables d’un clic ; le contenu dit principal (défini ici comme les jeux ou les vidéos) ne sera en revanche pas mis en pause.
    On notera aussi que ces changements ne semblent pas affecter Internet Explorer, leur précédent navigateur.

    Microsoft y va donc un peu plus mollo, mais fait un effort.

    Apple : Webkit et Safari

    En bon suiveur, Apple est rentré dans la danse plus tard, mais immédiatement très fort, en annonçant en juin la désactivation par défaut de l’ensemble des greffons (pas seulement Flash, mais aussi Silverlight, Java et Quicktime) de Webkit à partir de Safari 10 (sorti en septembre dernier). Ils seront toujours installés, mais l’information ne sera pas transmise aux sites Web, lesquels enverront alors la version HTML s’ils en ont une. Ceux qui n’auront qu’une version Flash s’afficheront désactivés et Safari demandera alors à l’utilisateur s’il souhaite activer Flash exceptionnellement pour ce site. Quant aux objets Flash intégrés, ils seront activables par un clic dans la page.

    La relève Les nouveaux formats

    Nous l’avons vu, malgré de nombreuses tentatives de nouveaux formats propriétaires concurrents, aucun n’a fait sa place et seuls les standards du W3C ont totalement submergé le Web. Nous distinguerons en particulier deux sous‐ensembles : HTML5, que nous entendrons dans sa version marketing, incluant HTML, mais aussi CSS et toute une collection d’API JavaScript avancées et spécialisées ; et SVG, le format d’image vectoriel développé par le W3C depuis 1999 et qui peut être intégré au HTML depuis cette version 5.

    Dans les faits, il faut cependant noter que ces technologies s’entremêlent et selon l’angle avec lequel on regarde, SVG peut aussi être considéré comme un sous‐ensemble de HTML5.

    HTML5


    Avec HTML5, les possibilités du Web furent fortement étendues, notamment avec les améliorations du CSS, les spécifications Canvas (rendu d’images matriciels dynamique et scriptable), WebGL (rendu 2D et 3D avec accélération matérielle, basé sur OpenGL ES 2.0), les balises <audio> et <video>, etc. Le tout est parfaitement intégré et mélangeable. On peut ainsi avoir de la vidéo modifiée en temps réel par‐dessus un canevas, le tout animé avec du JavaScript en glisser‐déposer avec plusieurs doigts sur une tablette. Et hop ! Sans les mains !

    Remplacement pour le multimédia

    Flash était très utilisé, notamment pour l’insertion de fichiers multimédia, en particulier vidéo et audio.
    Ces dernières années ont ainsi connu une fuite vers le standard HTML5 pour la vidéo. Nous le disions, YouTube lança en 2010 puis transforma l’essai HTML5 en 2015. De même, Vimeo prend en charge les vidéos HTML5 depuis août 2010 et Dailymotion, apparemment, depuis 2009.

    Sites dynamiques

    La spécification HTML5 est officiellement finalisée en octobre 2014, mais tous les acteurs majeurs du Web avaient participé à l’écriture de HTML5 et commencé son implémentation bien plus tôt dans leurs navigateurs ou sites respectifs.
    Ainsi, dès 2011, 34 % des cent sites Web les plus populaires utilisaient déjà HTML5.
    Des statistiques plus récentes, sur un plus grand panel de sites Web, donnent à ce jour un taux d’utilisation de 59 % de l’ensemble des sites Web et ce pourcentage est en augmentation constante (cf. les statistiques de W3Techs).

    Jeu Vidéo

    Autre bastion du Flash, de nombreux jeux jouables sur le Web ont été développés en HTML5 (cherchez dans votre moteur de recherche favori, vous en trouverez à foison).


       Jeu vidéo Agent 8 Ball — licence MIT

    Dès 2011, une démo qui avait fait parler d’elle fut un portage complet de Doom en HTML5. Malheureusement, cette démo qui fut disponible sur un site de Mozilla ne l’est plus (pas non plus sur archive.org ; apparemment, Mozilla avait reçu une demande de retrait pour violation de copyright, le 3 juin 2011).

    Quelques bibliothèques libres pour le développement de jeu HTML5 trouvées avec une recherche rapide (premières réponses du moteur de recherche, je n’ai pu juger de leur pertinence que par leur page d’accueil respective. Faites‐vous plaisir en commentaire pour donner votre avis ou proposer de meilleures plates‐formes et bibliothèques) :

    • Phaser (licence MIT) ;
    • GDevelop (bibliothèque en licence MIT, IDE en GPL v3) ;
    • etc.

    Une liste plus complète est disponible sur html5gameengine.com.
    Et pour ne pas rester sur sa faim, une petite liste de jeux HTML5 libres !

    Enfin, pour ne pas rester qu’entre nous, voyons voir ce qu’il se passe du côté des jeux propriétaires : Microsoft et Ubisoft lancent en décembre 2015 un jeu 3D en technologies Web (HTML5, WebGL pour la vidéo…) sur la franchise Assassin’s Creed : Assassin’s Creed Pirates ! Et, clairement, ils ne sont pas les seuls à s’engouffrer dans la brèche.

    Animation

    On trouve quelques logiciels (propriétaires) pour l’animation HTML5, probablement conjointement à l’utilisation de SVG (voir plus bas). Notamment, je trouve Animatron et même un produit Web d’Adobe, Adobe Edge Animate, ou de Google, Google WebDesigner !

    Il est donc clair que HTML5 est largement assez puissant pour des animations au moins marketing (graphes, etc.), ou des présentations, des animations Web, voire un peu plus… En revanche, on ne sait pas s’il y a une utilisation dans l’industrie audiovisuelle (cinéma ou télévision), comme ce fut le cas pour Flash.

    C’est là d’ailleurs qu’on apprend qu’Adobe Flash Professional (le logiciel, pas le format) peut désormais exporter en HTML5 nativement.
    Puis, nouveau rebondissement : Adobe Flash Professional est renommé Adobe Animate CC (à ne pas confondre avec Adobe Edge Animate qui est une application Web, dont on parlait plus haut) ! Il semblerait donc que le logiciel perde le nom et donc tout lien restant avec le format « Flash », en faisant dorénavant un logiciel d’animation générique officiellement, et non orienté sur un format en particulier (il ne l’était déjà plus forcément, mais le nom restait à peser comme une enclume).

    SVG


    Le SVG est un format d’imagerie vectoriel, standardisé par le W3C. En tant que format d’image, il s’agit incontestablement d’un succès puisqu’il est pris en charge par la plupart (tous ?) des éditeurs d’images vectorielles, parfois même comme le format par défaut (c’est le cas d’Inkscape, le plus célèbre éditeur vectoriel libre).


       Logos de Batman animés avec SVG et SMIL [source].

    En remplacement de Flash

    Là où ce format commence à marcher sur les plates‐bandes de Flash, c’est qu’en tant que format XML, il peut être intégré dans une page HTML, mais surtout il peut être stylé avec du CSS (changer la couleur des éléments ou la taille et position, par exemple, en fonction du périphérique d’affichage…) et dynamiquement modifié par du JavaScript.

    On obtient alors des images que l’on peut animer et styler dynamiquement à volonté, intégrées à une page Web et pouvant réagir à des évènements (clics, etc.). La bibliothèque JavaScript SnapSVG (sous licence Apache 2), apparemment l’une des plus reconnues pour la manipulation avancée du SVG, a une page de démonstration des plus intéressantes pour goûter au pouvoir du SVG comme remplacement de Flash pour des applications Web.

    En cherchant dans votre moteur de recherche favori, vous pouvez trouver de nombreux autres exemples avancés utilisant SVG, parfois aussi en intégration avec d’autres éléments (par exemple, de la modification en direct de vidéos HTML5 ou de l’ajout de sous‐titres, etc.).

    Enfin, de plus en plus de systèmes de cartes se mettent à remplacer les tuiles de rendu historiques par des tuiles vecteurs, donc SVG. Ces dernières ont l’avantage d’être plus légères, mais aussi — comme nous le disions — de pouvoir être aisément stylées (ainsi, changer de couleurs pour varier aisément les éléments à mettre en avant, ou encore pour des raisons d’accessibilité…) et, surtout, de pouvoir ajouter ou retirer des éléments à afficher (alors que les images de rendu sont figées par nature).
    Google Maps utilise aussi le SVG pour afficher et même animer des marqueurs sur les cartes.

    Aller plus loin : et si on remplaçait GIF ?

    Pour info, le SVG étant avant tout un format d’image, il a un spectre plus large que Flash et il peut ainsi être utilisé en remplacement de GIF comme simple « image animée » (et pas forcément interactive). Cette polyvalence est bien entendu un atout majeur.
    En outre, l’interpolation permet des mouvements fluides tout en gardant une taille de fichier légère lorsque le mouvement attendu est continu.
    En fait, le SVG peut être animé de trois manières :

    • le style (CSS) peut être animé, mais cette fonctionnalité — proposée par Apple — est encore considérée comme un brouillon W3C et n’est pas conseillée à ce jour par tous (cette opinion semble très changeante selon qui en parle). Un bon exemple est cette animation CSS de 131 Kio [source : Wikipédia], qui malheureusement ne fonctionne pas dans Firefox comme ressource externe (cliquez pour regarder l’animation de manière indépendante) ;
    • en script (JavaScript / ECMAScript), en particulier avec l’API Web Animation, ce qui est la plus avancée des méthodes et permet notamment plus au niveau interaction avec l’utilisateur. Néanmoins, cela nécessite l’écriture de code (et éventuellement l’utilisation de bibliothèques JavaScript en dépendance pour se simplifier le travail), ce qui n’en fait pas un bon compétiteur à un format d’image animé classique, lorsque l’on a uniquement des besoins simples ;
    • nativement, avec la spécification W3C SMIL, ayant un langage bien plus proche des animateurs en définissant des images clefs (key frames), et donc des concepts de trames et de durées. Cela permettrait à des éditeurs vectoriels avec prise en charge de l’animation de générer directement et très simplement des animations SVG en un seul fichier sans toucher à du code.    Animation SVG + SMIL (12 Kio) de Cmglee en CC BY-SA 3.0 [source : Wikipédia]

    L’animation des logos Batman ci‐dessus est aussi une animation SVG et SMIL. D’autres exemples sont visibles sur la page Wikipédia idoine (cliquez sur les exemples pour les voir en mouvement).

    Malheureusement, il existe très peu d’éditeurs vectoriels avec prise en charge d’animation simple par SMIL et, notamment, aucun en libre (à ma connaissance ; en particulier Inkscape ne fait pas d’animation et Synfig ne prend pas en charge l’exportation SMIL). C’est un gros frein à l’adoption majeure en remplacement à GIF.

    Le second frein à l’animation SMIL est l’absence de prise en charge dans tous les navigateurs de Microsoft (alors qu’elle est implémentée dans Mozilla Firefox, Google Chrome, Safari et Opera…). Et cela s’est corsé lorsque Google a annoncé en avril 2015 la dépréciation de SMIL dans Chrome, en faveur des animations CSS et JavaScript (Web Animation, notamment). C’est particulièrement un problème car : les animations SMIL sont plus simples et plus naturelles que du code ou du CSS et, en outre, cela empêche l’animation d’images SVG seules (non intégrée dans une page Web) et limite celle d’images intégrées dans un tag <img>, car celles‐ci ne pourraient plus être animées que par CSS (le JavaScript étant désactivé pour les liens <img>), ce qui permet beaucoup moins de possibilités. Opera utilisant le moteur de Google — Blink —, il en perdrait aussi la prise en charge. La dépréciation avait alors commencé dans Chrome 45 et Opera 32.
    Cela a fait bien sûr son petit choc et après 142 messages après l’annonce sur la liste de diffusion de Blink, il fut annoncé le 17 août 2016 de mettre en pause la dépréciation pour le moment, au moins jusqu’à ce que les alternatives soient au même niveau de possibilités.

    SVG + SMIL reste donc en course et si certains souhaitent le voir subsister, c’est peut‐être le moment d’augmenter les statistiques d’utilisation.

    Statistiques

    À l’heure actuelle, le SVG est utilisé sur 2,6 % des sites Web (statistiques W3Techs), ce qui reste moins que Flash (7,7 %, d’après le même organisme pour rappel), sauf que les statistiques d’usage sont en hausse constante depuis plusieurs années, alors que celles de Flash sont en baisse constante. On peut donc raisonnablement penser qu’à ce rythme, les deux courbes d’usage se croiseront bientôt.

    À l’heure actuelle, SVG est pris en charge par tous les navigateurs majeurs, mais malheureusement souvent pas à 100 %, obligeant les développeurs à se limiter au niveau fonctionnalités pour toucher tout le monde.

    Ce journal LinuxFr.org relate une intéressante expérience avec SVG et les difficultés à travers les navigateurs : De la difficulté à obtenir un rendu SVG, voire HTML, cohérent entre les différentes plates‐formes.

    Les avantages

    Le premier avantage est l’intégration à la page : on ne se retrouve pas avec un gros rectangle au milieu de la page comme un objet intrus. En fait, on peut même ne pas se rendre compte de la présence et de l’utilisation d’éléments SVG dans une page, lesquels peuvent prendre toute forme (non forcément rectangulaire et avec de la transparence) et être redimensionnables à volonté sans perte de qualité.

    Cela vient aussi avec la possibilité de chercher dans le texte et aussi de pouvoir copier‐coller le contenu du SVG (quand c’est du texte, c’est particulièrement appréciable), ainsi que de tout élément HTML ; et de manière générale de pouvoir inspecter le contenu de tout ce qu’il y a à l’écran.

    Les formats textuels de HTML5 et SVG les rendent aussi bien plus simples à compresser.

    Bien entendu, ne pas avoir besoin d’un greffon du navigateur (surtout si celui‐ci est un « blob » propriétaire) est un plus également.

    C’est aussi un gros pas en avant pour l’accessibilité du Web comparé à un contenu binaire ou des images de rendu, puisque tout texte peut désormais être « lisible » malgré différents types de déficiences, en particulier visuelles (en text‐to‐speech, par augmentation des tailles sans perte de qualité…).

    Enfin, le plus important pour beaucoup de détenteurs de sites Web est l’indexation par les moteurs de recherche, donc un placement de sa page (page ranking) avantagé par rapport à une concurrence qui utiliserait un format binaire et opaque (comme Flash ou Silverlight). Google Search, par exemple, a annoncé en août 2010 que le SVG serait désormais indexé (quant au HTML, il a toujours été indexé dans les moteurs de recherche). Si vous publiez par exemple une présentation en SVG ou un graphique avec du texte, ce dernier sera lisible et indexé, le rendant plus facilement accessible. Et, bien entendu, le SVG intègre des métadonnées, comme un titre, un auteur, une licence, etc.

    Usage en technologie de bureau

    Notons que les standards du Web ont aussi su montrer leur puissance hors du Web, c’est‐à‐dire comme technologies pour le bureau, même en non connecté. Mozilla a été l’un des premiers sur le coup avec son projet Firefox OS. Originellement un projet de recherche nommé « Boot to Gecko » (B2G) en 2011, celui‐ci fut présenté comme un système d’exploitation pour téléphones et tablettes en 2012, renommé alors Firefox OS, lequel fut même commercialisé par certains constructeurs de téléphones. La particularité était des applications entièrement développées avec des technologies Web (il n’était pas possible d’utiliser d’autres langages, compilés ou non, ce que d’aucuns — dont moi — considéraient comme une erreur, puisqu’on se coupait alors d’un large acquis dans le logiciel libre ; d’autant plus que la restriction semble artificielle puisque Firefox OS est basé sur un noyau Linux).

    Mozilla mit cependant fin au projet Firefox OS en décembre 2015, expliquant qu’il ne réussissait pas à créer sa plate‐forme idéale, mais que le projet a tout de même prouvé la viabilité des technologies Web sur tout type de plates‐formes, des plus petits smartphones aux grosses télévisions HD (comme des téléviseurs Panasonic avec Firefox OS). Au final, le projet reprit son nom originel, B2G OS, et devint un projet communautaire (quoiqu’en voie d’extinction, même en tant que tel), toute commercialisation étant arrêtée par la Fondation Mozilla ou Mozilla Corp.

    Néanmoins, un mouvement est lancé et il devient de plus en plus tendance de créer une application de bureau avec des technologies Web. GitHub s’y est aussi lancé en 2013 en créant la plate‐forme Electron.

    Logiciels

    Nous le disions, l’un des gros avantages de Flash était son environnement de développement complet et adapté aussi bien aux développeurs qu’aux graphistes et animateurs. C’est l’un des avantages d’un contrôle total sur une technologie.
    Les standards n’ont pas cet aspect des choses : sans interlocuteur unique, chacun y va de son outil partiel et, comme souvent avec le développement logiciel, travailler sur les formats ouverts implique de se créer son propre environnement à partir d’outils épars. Certains diront que c’est un avantage, d’autres un désavantage.
    Nous tentons ci‐dessous une liste non exhaustive de plusieurs logiciels permettant de travailler sur diverses technologies standards que nous avons mentionnées. N’hésitez pas à présenter en commentaire des logiciels intéressants que nous aurions manqués sur le sujet.

    Édition (graphique) SVG Animation
    • Synfig Studio fait régulièrement parler de lui comme le logiciel libre dédié à l’animation vectorielle. Il n’a cependant pas d’exportation SVG + SMIL à ce jour, ce qui en limite les capacités pour le Web.
      Vous êtes cependant invité à découvrir le projet de série d’animation de l’équipe de Synfig : Morevna Project (ils en sont à l’épisode 3).

    • Sozi permet de faire des animations pour des présentations à la Prezi et est disponible soit comme une extension d’Inkscape (qui devrait cesser de fonctionner après Inkscape 0.91), soit comme application autonome. Ces présentations animées sont visibles dans un navigateur et sont sauvegardées sous la forme d’une page HTML intégrant du JavaScript pour naviguer sur une image SVG existante (apparemment, on peut aussi exporter une image SVG qui intègre le JavaScript directement. Notons que ce type d’animation ne fonctionnera pas en tant que balise <img>, contrairement à du SMIL, mais fonctionne en autonome).

    • Tupi est un logiciel d’animation vectoriel et de rendu. Je ne suis pas certain de ses capacités pour le Web.

    Vidéo et téléchargement

    De nombreux outils de téléchargement de flux vidéo basés sur Flash existent.

    • youtube-dl est l’un des plus suivis. Écrit en Python, sous GNU/Linux ou MS Windows et en ligne de commande, il est très souple et s’adapte à près de 1 000 sites en Flash (pas seulement à YouTube, comme son nom le ferait croire). Il détecte le lien vers le flux vidéo dans le code de la page HTML, puis assure le téléchargement et enfin la conversion à l’aide de FFmpeg en fichier MPEG4, MKV ou tout format géré par FFmpeg ;
    • Qarte assure la même fonction pour le site de la chaîne de télévision Arte, avec une interface graphique ;
    • l’extension User Agent Switcher pour Firefox permet de prétendre utiliser la plate‐forme iOS pour que les sites envoient (quasi) systématiquement une version alternative sans Flash.
    Réimplémentations de Flash

    Flash est sur la pente savonneuse et idéalement abandonner totalement cette technologie est le choix de l’avenir, plutôt que de tenter de cloner Flash Player afin de pouvoir jouer du contenu au format Flash, même avec un clone libre. Nous le disions, le projet de Mozilla, Shumway, semble d’ailleurs ne plus être l’objet de développement, même si aucune annonce officielle n’a été faite quant à un arrêt de son développement.


    Si vous souhaitez absolument lire Flash et voulez du logiciel libre pour cela, il existe aussi un autre clone de Flash Player, cette fois porté par la Free Software Foundation (FSF), nommé GNU Gnash et créé en 2005. Ce dernier est encore en développement, peut‐être pas des plus actifs, mais pas mort pour autant (le dépôt compte 42 commits en 2016 au jour de l’écriture de cet article). Cette réimplémentation ne contient pas l’ensemble des fonctionnalités de Flash et notamment pas les plus récentes. Vous êtes prévenus !
    Il est à noter que GNU Gnash est un des projets listés comme prioritaires par la FSF et ce, depuis plusieurs années. Il serait probablement temps que cette liste de priorités soit donc revue à la lueur des dernières nouvelles et statistiques de ce format.

    Environnements de développement

    Le développement sous GNU/Linux est très hétéroclite, certains préférant des éditeurs de texte aux environnements complets. Nous allons nous concentrer sur les environnements et outils plus visuels, afin de répondre à la demande du « remplacement » des éditeurs Flash :

    • Eclipse, de la fondation éponyme, l’environnement de développement libre le plus gros et connu. Eclipse était historiquement dédié principalement au développement Java, mais est devenu générique. Il a donc notamment la prise en charge de HTML, JavaScript, XML (donc SVG), etc. ;
    • Eclipse Orion, autre projet de la Fondation Eclipse, qui est aussi un éditeur HTML, mais cette fois « Web », lui même, c’est‐à‐dire hébergé à distance, à la mode cloud. Contrairement à son grand frère, Orion est orienté développement Web seulement.
    • BlueGriffon, un éditeur de pages Web WYSIWYG (What You See Is What You Get, autrement dit : « ce que vous voyez est ce que vous obtenez », à l’opposé d’un éditeur de texte).
    Le Libre a‐t‐il un tour de retard ?

    Il faut toutefois constater que nous avons déjà un tour en retard. Malgré l’adoption massive de certaines technologies, il manque des logiciels facilitateurs. Le standard SVG + SMIL a d’ailleurs eu très chaud avec son retrait avorté de Google Chrome et est sur la sellette. Si des éditeurs ne prennent pas rapidement en charge le format et si les designers n’en font pas usage sur les sites, il sera évincé prochainement et définitivement. À ce moment‐là, l’animation SVG risque d’être réservée aux développeurs JavaScript.

    De même, il manque clairement des éditeurs Web plus facile d’accès (tout en restant conformes à HTML5) pour que tout un chacun puisse se prendre en main et avoir la parole sur le Web (en dehors des services « sociaux » privés). Si nous ne souhaitons pas en faire juste une affaire de techniciens, mais un outil pour tous, de nouveaux outils sont nécessaires. C’était l’un des succès de Flash qui l’a rendu si accessible dans diverses industries, et peut‐être la seule leçon technique qu’il est valable de tirer de cet âge sombre du Web.

    L’avenir La fin de Flash ?

    2015 et 2016 ont été les deux plus dangereuses années pour Flash. Et annoncer la fin de Flash sur le Web ne semble pas trop aberrant. En effet, les quatre plus gros navigateurs et acteurs du Web ont effectué des actions assez conséquentes contre Flash, principalement sous la forme de mise en pause par défaut avec activation au clic. Google s’est montré le plus virulent en bloquant carrément certains éléments « invisibles » en Flash et en mettant en pause le reste, ainsi qu’en s’attaquant directement aux publicités et outils analytiques en Flash, l’une des plus grosses utilisations. Firefox, au contraire, se montre étonnamment clément, citant une collaboration avec Adobe, une exception à la fin des greffons pour Flash et ne mettant même pas en pause par défaut les éléments Flash (comportement activable, mais nous savons tous que les préférences par défaut ont un poids conséquent), alors même qu’il a été le premier à s’attaquer aux problèmes générés par Flash.

    De leurs côtés, divers compétiteurs ont cru pouvoir profiter de la détresse d’Adobe en proposant des technologies concurrentes, comme Microsoft et son Silverlight. Toutes les tentatives ont échoué face à la vague dévastatrice des standards du Web portés par ses plus gros acteurs. Néanmoins, on peut raisonnablement penser que même si elles n’ont grappillé qu’un petit pourcentage, ce dernier fut pris sur les parts de Flash et cela a pu participer de l’accélération de sa chute.

    Adobe essaie pourtant par tous les moyens de conserver Flash dans les navigateurs. Ainsi, fin 2015, il annonce dans un communiqué travailler avec Microsoft et Google pour garder Flash dans le navigateur, ce qui va à l’opposé de toutes les annonces des deux sociétés sus‐citées. Dans le même communiqué, il annonce Facebook (celui‐là même qui demandait la mort de Flash à peine quatre mois plus tôt) comme nouveau partenaire pour assurer la continuité et la sécurité des jeux Flash dans Facebook (encore l’un des plus gros utilisateurs de Flash pour cette raison). Bien sûr, une fois que tous les navigateurs auront interdit Flash, Adobe tout comme Facebook auront du mal à tenir cette promesse… Enfin, sauf pour la partie « sécurité » !

    De manière presque comique, on apprend en août 2016, qu’Adobe ressuscite Flash pour GNU/Linux. Alors même que l’ensemble des navigateurs Web est en train d’abandonner les greffons NPAPI, il en reprend le développement pour le petit écosystème d’utilisateurs « bureau » que sont les distributions GNU/Linux. Fait étonnant, cela ne sera dans un premier temps qu’une mise à jour de sécurité : n’attendez rien sur la partie gestion des droits numériques (DRM) ou l’accélération graphique par le processeur graphique ! Un coup bien étrange sur la partie d’échecs qui se joue actuellement contre Adobe, car on se demande où il espère en venir avec cela. Je ne vois pas personnellement comment cela pourrait le sauver.

    Quoi qu’il en soit, il y a fort à parier que 2017 soit le chant du Cygne pour la technologie Flash, du moins sur le Web.
    Il semblerait que la reconversion sur le bureau avec Adobe AIR ne fut pas une mauvaise décision. Et il se pourrait que le jeu et l’animation avec Flash, bien que mal en point eux aussi, mettent un peu plus de temps avant de périr entièrement.

    La fin du Web ?

    Néanmoins, il serait bon de ne pas nous reposer sur nos lauriers, puisque ces dernières années ont montré aussi que les plus gros ennemis du Web pourraient aussi être ses meilleurs amis. En effet, en 2013, Google, Microsoft et Netflix publient conjointement un brouillon de spécification W3C nommé Encrypted Media Extensions (EME ; version actuelle de la spécification), ce qui n’est rien de moins qu’un standard pour autoriser la gestion des droits numériques (DRM) dans la norme HTML5. Le but est donc de contrôler la visualisation et l’écoute de médias en diffusion (streaming vidéo et audio), d’en empêcher le téléchargement, etc.
    À ce jour, EME est déjà implémenté dans Mozilla Firefox (sous Windows seulement), Google Chrome, Apple Safari et Microsoft Explorer et Edge, à savoir l’ensemble des plus gros navigateurs du marché. Et, bien sûr, les services majeurs comme Netflix et YouTube fournissent déjà du contenu à gestion des droits numériques par EME en HTML5.

    Il s’agit en un sens de la seule fonctionnalité encore manquante (c’est‐à‐dire officiellement validée) en HTML5 comparée à Flash ou Silverlight (boîtes noires pour les contenus multimédias de l’industrie culturelle, notamment les films et les musiques). Bien sûr, dans notre cas, nous ne parlerons pas de fonctionnalité, mais bien de retour en arrière et surtout de coup de poignard dans le dos de la part du W3C, si ce dernier accepte la spécification.
    Dans divers articles de blogs, certains craignent alors voir les dérives du passé revenir, mais cette fois sous la forme de standards. Et si demain, le code source complet des pages HTML5, du CSS et du JavaScript était aussi protégé par une gestion des droits numériques et non inspectable ? Pourra‐t‐on encore télécharger des images ? Et si l’aberration des pages Web qui vous interdisaient un clic droit devenait une norme imposée par les navigateurs ? Cela peut sembler aller un peu loin, mais nombreux se posent tout de même la question avec un W3C qui semble désormais beaucoup porté par des membres dont les intérêts sont avant tout mercantiles.
    En dehors des nuisances de la gestion des droits numériques (notamment l’obligation de passer en diffusion par les sites Web pour visionner les films), on retrouve les problèmes d’accessibilité, la quasi‐impossibilité d’implémentation pour les petits navigateurs libres, des problèmes de vie privée lors de l’utilisation d’EME et, surtout, des problèmes interopérabilités, car les modules de déchiffrement ne sont pas standardisés. Cela signifie que chaque navigateur implémentera vraisemblablement des modules différents en fonction des accords commerciaux de chacun et nous nous retrouverons avec des parties du Web visible seulement avec certains navigateurs (c’est déjà le cas avec Netflix, non visible avec Firefox sous GNU/Linux à l’heure actuelle).

    Le risque est donc d’en arriver à un Web basé entièrement sur des standards ouverts, et pourtant aussi fermés que le fut Flash.

    Notons que tout n’est pas joué, même si les choses semblent mal en point. Les rédacteurs de la spécification EME sont en retard et demandent une seconde extension d’échéance. Alors que Tim Berners‐Lee, chef‐arbitre des standards du Web, leur donnait son accord jusque‐là, il a décidé de ne pas décider en octobre dernier et, ainsi, passer la main au Comité Consultatif du W3C pour prendre la décision à sa place. Comme ce comité est formé de nombreux organismes (entreprises, universités, associations à but non lucratif…), la décision n’est absolument pas assurée. Certains sont clairement en sa faveur, d’autres clairement contre ; et beaucoup n’ont probablement pas d’avis tranché. Ainsi, la Free Software Foundation voit cela comme un signe ou une ouverture donnée par Tim Berners‐Lee contre EME et a lancé un appel à tous ces organismes du Comité Consultatif, ainsi qu’aux gens proches et influents pour refuser EME et ne pas accorder le délai de travail (tuant ainsi la spécification avant finalisation). Bien sûr, même si cela arrivait, je me demande si ce serait suffisant pour enrayer l’avancée de la gestion des droits numériques. Après tout, de nombreux navigateurs ont déjà une implémentation fonctionnelle et certains membres du W3C ont montré qu’ils étaient prêts à standardiser de leur côté avec l’épisode WHATWG.

    Pour ma part, je ne sais qu’en penser. Si Tim Berners‐Lee souhaite vraiment bloquer l’avancée d’EME, pourquoi ne pas simplement en refuser le délai lui‐même ? Risque‐t‐il quelque chose à prendre position ? Ou bien souhaite‐t‐il simplement s’assurer que la décision sur une fonctionnalité aussi controversée soit la plus démocratique possible pour ne pas risquer de contestation ? Il y a clairement beaucoup de politique et de lobbying qui se joue en arrière‐scène et un futur encore bien incertain pour le Web.
    C’est dans ces moments‐là que l’on se rend compte que la victoire n’est jamais certaine, même lorsqu’elle paraît à portée de main.

    À suivre…

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