Ressources éducatives libres : appel à libération de « Ralentir travaux »

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« Ralentir travaux » est un site consacré à l’enseignement du français au collège. On y trouve des séquences et séances détaillées, cours de grammaire, d'orthographe, exercices en tout genre, dictées, rédactions, idées de lecture...

L'auteur, Yann Houry, met aussi à disposition des manuels scolaires de sixième, de quatrième et bientôt de cinquième. L'ensemble, fruit d'un immense travail, est de grande qualité.

Des manuels libres et ressources éducatives libres

Pour le moment ces ressources sont sous licence Creative Commons BY-SA-NC, une licence privatrice. En effet, la clause NC de cette licence empêche par exemple un éditeur de vendre des livres faits avec ces ressources, et les condamne par conséquent à rester numériques1. L'auteur souhaite donc libérer ces ressources pour les mettre sous une licence libre Creative Commons BY-SA. Comme il l'explique : « Mais, avant d’adopter une telle licence, je voudrais poser une condition. Il y a quelque temps j’affichais un bandeau afin de susciter les dons. Je paie les frais d’hébergement et ceux liés à l’achat du nom de domaine, les logiciels ou leurs mises à jour. Que dire de mon Mac acheté en 2008, si ce n’est qu’il est vieillissant ? Je ne demande pas de salaire pour les années passées à bâtir Ralentir travaux, mais je veux bien un peu d’aide pour continuer l’œuvre. Or ces dons, malgré la promesse que pouvaient constituer les milliers de visites quotidiennes, se sont montrés largement insuffisants. En un an, à peine de quoi acheter InDesign ou un logiciel de ce type… J’ai fait mes calculs. J’aurais besoin de 2000 à 2500 € pour acheter diverses choses (nouvel ordinateur, un micro, quelques logiciels, etc.). Une telle somme est donc la condition du changement de licence. »

Il a ainsi lancé une campagne de dons avec un objectif de 2000€ qui lui permettront d'acheter du matériel et des logiciels... Comme il le dit sur la page de l'appel à dons : « J'envisage également de faire l'acquisition (en fonction des fonds récoltés) d'inDesign, ScreenFlow et de la nouvelle version d'Antidote. » Sur son site, il est question de racheter un Mac.

Ainsi l'argent récolté ne servira malheureusement pas directement à libérer des ressources mais à acheter du matériel et des logiciels privateurs.

Piège des logiciels privateurs et formats fermés

Il s'agit donc de ressources éducatives avec une chaîne de production totalement privatrice et basée sur des formats de fichiers fermés et non interopérables. Dans ces conditions s'agit-il encore de « ressources éducatives libres » ? Peut-on ? Doit-on aider à financer l'achat de logiciels privateurs et ainsi participer à leur perpétuation ?

Évidemment, non. Nous ne pouvons pas l'accepter.

Ceci dit, il s'agit d'un enseignant qui au fur et à mesure a très bien compris les enjeux du libre et du partage des connaissances. Son parcours peut sembler quelque peu erratique mais c'est celui de nombreux enseignants qui découvrent la richesse des possibilités offertes par Internet. Ils conçoivent avec les outils immédiatement disponibles, sans forcément se rendre compte du piège privateur qui va les enchaîner. Il faut un certain recul pour s'en rendre compte, recul que l'on a pas nécessairement lorsqu'on est dans l'action et dans la passion de créer.

Une ressource éducative libre est dans un format ouvert

Finalement ce parcours est d'une certaine façon un cas d'école. La démarche est tout à fait positive, c'est une bien belle action. Il montre la voie à d'autres enseignants. Il leur dit simplement « libérez et partagez vos ressources sous une licence libre ! ».

On ne peut donc qu'encourager vivement cette libération en espérant qu'elle fasse des émules.

Sortir du piège privateur : une chaîne de production libre

Reste le problème du format de fichier et de la chaîne de production. Leur format est fermé. Le choix initial d'une solutions privatrice risque de gâcher ce travail admirable en le rendant trop rapidement obsolète et impossible à reprendre par autrui et en limitant les possibilités de contribution.

Nous nous permettons donc de proposer à Yann quelques pistes :

  • Est-ce que les sources des manuels ne pourraient pas être mises sur un dépôt afin de permettre leur conversion dans un format de fichier ouvert quitte à lancer un appel à contribution active ?
  • Utiliser une partie de l'argent récolté pour financer un ordinateur équipé d'un système d'exploitation et de logiciels libres. Peut-être un revendeur pourrait-il faire une remise importante vu la philosophie du projet ?
  • Utiliser une autre partie pour éventuellement faire l'achat de livres ou de formations sur des logiciels libres permettant de poursuivre ce travail.

L'enjeu est important. C'est à ces conditions là que les manuels seront réellement libres, permettant à chacun de participer à un mouvement pérenne, sans avoir pour pré-requis de passer par la case « achat ».

Appel à contribuer aux professeurs de lettres

D'autre part, un fois le projet libéré dans le sens évoqué ci-dessus, il faut assurer son développement, ses évolutions futures, sa pérennité. Nous lançons un appel aux professeurs de lettres mais aussi à toute personne pouvant apporter de l'aide ou des compétence. Proposez-vous auprès de Yann pour contribuer à ces manuels. Espérons que cela soit la première pierre de création d'une communauté de professeurs de lettres engagée pour le partage et la libre diffusion des connaissances.

Après Sésamath, pourquoi pas, enfin, une communauté analogue pour l'enseignement du français ? Le paysage éducatif en a grandement besoin.