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Mis à jour : il y a 9 heures 38 min

Nouvelles April: Decryptualité du 27 Février 2018

27 février, 2018 - 01:09

Écouter ou télécharger le décryptualité du 27 février 2018 (15 minutes)

    L'informatique propriétaire qui manipule, quelques exemples dans le jeu vidéo.
    Pas de revue de presse cette semaine
    Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – Licence Art Libre (LAL)

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Nouvelles April: Peut-on lutter contre l'obsolescence programmée - RTS

26 février, 2018 - 15:53


Titre : Peut-on lutter contre l'obsolescence programmée ?
Intervenants : François Marthaler - Dragan Ivanovic - Sophie Michaud Gigon - Jérôme Grandgirard - Christophe Dunand - Nicolas Nova - Zoé Decker - Joëlle Cachin
Lieu : RTS - Quinze minutes
Date : janvier 2018
Durée : 15 min
Écouter l'émission : ici ou ici
Licence de la transcription : Verbatim
NB : transcription réalisée par nos soins. Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

Peut-on lutter contre l'obsolescence programmée ? Faut-il mettre en place des lois plus incitatives en Suisse, à l'image de la France ? En attendant, que faire de nos appareils jugés obsolètes ? Quinze minutes s'intéresse au trajet de nos smartphones usagés, et aux moyens de les revaloriser.

Transcription

RTS info – Quinze minutes – Zoé Decker

Zoé Decker : Trois Suisses sur quatre possèdent un smartphone. En moyenne l’appareil est utilisé pendant 18 mois. Chaque année, dans notre pays, c’est environ huit millions de téléphones portables en état de fonctionner qui finissent alors au fond des tiroirs. Mais à qui la faute ? Eh bien pour certains, Joëlle Cachin, les responsables ce sont les fabricants.

Joëlle Cachin : On les accuse de limiter volontairement la durée de vie de leurs appareils ; c’est ce qu’on appelle l’obsolescence programmée. Ces derniers mois, les actions se multiplient contre les géants de la technologie. Récemment plusieurs plaintes ont été déposées contre Apple, l’entreprise américaine ayant admis qu’elle bridait certains de ses anciens modèles d’iPhones.

Zoé Decker : Pour d’autres, en revanche, les consommateurs sont aussi responsables, trop perméables aux effets de mode et aux offres promotionnelles alléchantes.

Joëlle Cachin : Alors la Suisse a-t-elle suffisamment d’outils juridiques, politiques pour lutter ? Et comment rallonger l’espérance de vie de nos smartphones ?

Zoé Decker : Première piste, les ateliers de réparation ; direction La Bonne Combine1, à Lausanne.

Joëlle Cachin : Récupérer, rafistoler et remettre sur le marché, La Bonne Combine en a fait son créneau depuis près de 40 ans.

Zoé Decker : Des étagères à perte de vue où trônent des tourne-disques, des fers à repasser ou des machines à café qui attendent de retrouver une deuxième vie.

Dragan Ivanovic : On peut dire qu’on est vraiment dans la caverne d’Alibaba.

Zoé Decker : Dragan Ivanovic est l’un des responsables.

Dialogue en off : « 
Salut. Comment vas-tu ?
— Très bien.
— Pour Elna, c’est quel cordon que tu veux ?
— C’était le cordon électrique.
— Tu le connais ? Si tu as une photo ou quelque chose ?
— OK ! Merci. »

Zoé Decker : Son métier, il le connaît bien, cela fait plus de 20 ans qu’il est réparateur ici.

Joëlle Cachin : Pour lui, il n’y a aucun doute l’objectif des fabricants a changé avec le temps.

Dragan Ivanovic : Ça devient de pire en pire. Disons que les appareils, une vingtaine d’années en arrière, qui sont fabriqués, ou trentaine, les marques faisaient fabriquer quelque chose de solide, costaud et qui dure, c’était leur slogan. Eh bien maintenant, les marques ce qu’elles font c’est que ce soit joli, qu’il y ait beaucoup d’options, et que ça dure moins de trois ans, si c’est possible !

Zoé Decker : Un état d’esprit que Dragan a aussi vu se développer avec l’avènement des smartphones.

Dragan Ivanovic : Voilà. On va au troisième, c’est la partie électronique. Notre collègue n’a pas ouvert encore.

Joëlle Cachin : Pour nous montrer, il nous propose d’ouvrir un iPhone 6 de chez Apple et un Fairphone 22, ce smartphone modulaire et équitable.

Dragan Ivanovic : On va commencer par le Fairphone. Alors vous prenez dans le coin. Hop ! Et puis voilà. Là vous avez l’écran, la batterie et puis la coque. Voilà ! C’est clic, clic, clic et puis c’est fini.

iPhone 6, pour dégager l’écran, il faut enlever un, deux, trois, quatre, cinq vis. On va les dévisser l’une après l’autre. OK. Et encore la dernière. Regardez bien, chaque vis est différente par la taille, la longueur et la profondeur. Alors si quelqu’un l’a démonté et n’a pas fait attention où est cette vis, comment est cette vis, il ne remontera jamais.

Fairphone, pour enlever le bâti on fait juste un clic et c’est fini.

Par contre, iPhone 6, il y a des plaques qui sont collées ici, qui tiennent. Il faut les chauffer et après il y a une manière pour sortir, il faut tirer en latéral, etc. Si quelqu’un n’arrive pas à faire comme il faut, si tout d’un coup il plie, ça brûle instantanément.

Chez Fairphone, vous pouvez dévisser si vous voulez enlever la partie caméra ou bien la partie micro, c'est bien fiché vous voyez, il est bien noté ce que c’est. Vous pouvez mettre une caméra qui est plus performante, vous n’êtes pas obligé de changer le reste. Chaque pièce est livrable et vous pouvez faire vous-même.

Le problème principal du iPhone, ce sont les pièces détachées : ils ne les fournissent pas, ça c’est sûr. On peut les obtenir, mais c’est dans le marché gris.

Zoé Decker : En résumé, d’un côté le Fairphone simple comme un Lego, démontable, modulable, transformable par monsieur et madame Tout-le-monde.

Joëlle Cachin : De l’autre une montre suisse, le iPhone 6, complexe, difficile à démonter, à remontrer, des vis de tailles différentes, sans raison apparente, et des pièces détachées non fournies.

Zoé Decker : Alors est-ce que les fabricants cherchent volontairement à compliquer la tâche des réparateurs ?

Joëlle Cachin : Et Est-ce qu’on peut parler d’obsolescence programmée ?

François Marthaler : Quand on parle d’obsolescence programmée, on parle surtout de ce qui se passe, ce que l’on ne voit pas à l’intérieur de l’appareil, à savoir les programmes.

Zoé Decker : François Marthaler, ancien conseiller d’État vaudois, fondateur de La Bonne Combine et créateur de Why! open computing3, ces ordinateurs programmés pour durer.

François Marthaler : On a vu récemment sur l’iPhone, si vous installez la dernière version du système d’exploitation, votre appareil ralentit au point que vous n’avez juste qu’une envie c’est de l’envoyer par la fenêtre. D’autant plus que s’agissant de logiciels qui ne sont pas libres, il est même interdit d’étudier le code pour essayer de savoir.

Joëlle Cachin : C’est-à-dire que si on arrive à rentrer dans le code d’un logiciel fermé, on pourra y voir l’obsolescence programmée ?

François Marthaler : Oui. Tout à fait. C’est un petit bout de code qui dit : « Si tu es en train de tourner sur une machine qui a plus de quatre ans, modifie la vitesse du processeur pour que ce soit plus lent. » À l’inverse, les logiciels libres qui sont, au fond, la solution par rapport à cette problématique d’obsolescence programmée, peuvent être étudiés, peuvent être modifiés. Si un petit malin a introduit un virus du type obsolescence programmée, disons-le comme ça, on peut l’en retirer ou contrer le problème.

Il y a plusieurs projets qui courent en ce moment sur des smartphones plus libres. Je pense que de manière tendancielle les logiciels libres vont s’imposer dans ce marché, pour une raison toute simple, ce sont les coûts de développement. Ces logiciels sont devenus tellement complexes, pour réduire les coûts de production, il faut s’associer et éviter que chaque marque développe son propre système.

Joëlle Cachin : Est-ce que l’économie suisse par exemple, peut tourner sans obsolescence programmée ?

François Marthaler : Bien évidemment ! Pendant des années, à La Bonne Combine, des clients nous disaient : « C’est très bien ce que faites, réparer, faire durer, mais n’empêche, chaque fois que vous réparez un appareil eh bien c’est un appareil neuf qui n’est pas vendu et donc vous tuez l’emploi industriel ! » J’ai dit : « Mais attendez, non ! Je vais quand même aller voir dans la théorie économique où est-ce que c’est écrit qu’il faut que le gaspillage s’accroisse, qu’on épuise les ressources, qu’on accroisse les inégalités, pour que l’économie fonctionne ! » La réalité c’est évidemment que la valeur ajoutée des activités de réparation sur la durée de vie du produit représentait bien plus que le fait d’acheter du produit bas de gamme et de le remplacer toutes les x années. Surtout que ça crée des emplois locaux en plus de ça. Pareil pour les logiciels libres. On n’est pas obligé d’acheter des licences outre-Atlantique. On peut développer localement et créer de l’emploi ici. Cette tendance est bonne pour l’économie, est bonne pour la planète.

Joëlle Cachin : D’ailleurs, ces derniers mois, un vent de révolte s’est levé en Europe et aux États-Unis.

Zoé Decker : En France l’association Halte à l’obsolescence programmée4 a déposé plainte contre le fabricant Apple soupçonné de ralentir volontairement ses anciens smartphones.

Joëlle Cachin : En Suisse, en revanche, la grogne est plus discrète.

Sophie Michaud Gigon : On a eu quelques plaintes à la FRC. Là on en a à peine une dizaine, donc c’est vraiment assez peu.

Joëlle Cachin : Sophie Michaud Gigon est secrétaire générale de la Fédération romande des consommateurs.

Sophie Michaud Gigon : C’est vrai que quand on a eu des cas, en 2007, comme Lehman Brothers ou comme Sachs, les gens se sont adressés à la FRC en masse. Là, pour l’instant, avec Apple, on n’est pas là-dedans ; on est aussi dans une phase d’observation. C’est vrai que nos partenaires européens sont en train d’analyser ce qui pourrait être fait ensemble pour avoir plus de poids. Apple, il faut savoir, c’est 200 milliards de chiffre d’affaires, c’est 800 milliards de cotation en bourse, donc ce sont des grosses entreprises qu’on n’attaque pas, juste comme ça, d’un claquement de doigts. Il faut bien se préparer et puis là on est vraiment dans cette phase d’observation maintenant à la FRC et nos partenaires européens.

Joëlle Cachin : Est-ce qu’en Suisse on a suffisamment d’outils pour lutter, justement ?

Sophie Michaud Gigon : On n’a pas de loi sur l’obsolescence programmée. On n’a pas de possibilité de demander des indemnités, mais on a un outil qui est la loi contre la concurrence déloyale, qui nous permet, à la FRC donc, de déposer plainte pénale. Et le consommateur, ce qu’il peut faire, lui, c’est ouvrir une action sur la base justement de la loi contre la concurrence déloyale, mais une action civile et ça, c’est cher ! Souvent, dans le droit de la consommation la valeur litigieuse étant assez basse, les gens renoncent à partir en justice. Ça crée, évidemment, un sentiment d’impunité pour les entreprises fautives parce qu’elles savent qu’elles seront assez peu poursuivies par le consommateur seul.

Joëlle Cachin : Est-ce qu’il y a une volonté politique suffisante dans notre pays ?

Sophie Michaud Gigon : Le Conseil fédéral est très frileux sur une éventualité de légiférer dans ce domaine. Il estime qu’il faut laisser faire, que l’économie trouvera les bonnes incitations et puis qu’il faut sensibiliser la population. C’est clair que le consommateur, là, est soumis à des choix : est-ce que je suis un consommateur qui veut encourager la durabilité ? Et dans ce cas-là un Repair Café [Café de réparation] va justement aller dans ce sens. Ou est-ce que je suis un consommateur qui met une grande priorité à changer tout le temps d’appareil ? Je pense que c’est aussi une question personnelle. En Suisse, la FRC pousse pour, justement, offrir aux consommateurs la possibilité de faire différemment que ce que nous poussent à faire les producteurs comme les entreprises Apple.

Zoé Decker : Et faire différemment, c’est possible. L’entreprise Recommerce5 rachète les smartphones, notamment via les opérateurs, les reconditionne puis les revend sur Internet.

Joëlle Cachin : Bonjour.

Joëlle Cachin : Et tout se déroule ici à Genève dans les ateliers de l’entreprise de développement durable Réalise, leur partenaire.

Jérôme Grandgirard : Le smartphone va suivre un cheminement tout au long de l’atelier.

Joëlle Cachin : Jérôme Grandgirard, manager de la filière suisse de Recommerce.

Jérôme Grandgirard : Premièrement, un poste d’enregistrement du smartphone. Poste de nettoyage, et ensuite il y a toute une batterie de tests qui est effectuée sur ces différents smartphones : le test de Wi-fi par exemple, le test d’appel aussi pour voir si le téléphone fonctionne. Et un des tests principaux et importants c’est l’effacement des données. Donc on fait une remise à niveau aussi du téléphone au niveau logiciel.

Joëlle Cachin : Là vous êtes en train de vérifier tous les petits détails.

Employé : Oui. Il faut. Il faut bien nettoyer.

Jérôme Grandgirard : Là on sort d’un pic, dernièrement, avec la sortie du dernier iPhone ou des derniers iPhones puisqu’il y en avait plusieurs. Mais ce sera également le cas en mars-avril avec la sortie du nouveau Samsung. Les gens, effectivement, vont profiter de revendre leur ancien téléphone pour se financer le nouveau. Donc ça c’est plutôt un modèle intéressant.

Zoé Decker : Le marché du smartphone est en plein essor en Europe. Recommerce enregistre une croissance de 30 % de clients chaque année et pour Jérôme Grandgirard il y a encore du potentiel à exploiter.

Jérôme Grandgirard : On sait qu’aujourd’hui, en Suisse, il y a à peu près 8 millions de smartphones qui dorment dans les tiroirs. Et aujourd’hui, je pense que le consommateur suisse n’est pas encore complètement effectivement averti qu’il a la possibilité de revendre ces téléphones ou alors de leur offrir une seconde vie par d’autres moyens.

Ce qui est important de remarquer c’est l’extraction de matières : il faut environ 70 kg pour faire un smartphone de 150 grammes. Et les trois quarts, finalement, de cette empreinte écologique du smartphone sont dus à la fabrication du smartphone. Il aura fait également quatre fois le tour de la planète, environ, avant d’arriver dans les mains d’un consommateur lambda. Et le seul moyen aujourd’hui, en tant que consommateur, pour réduire cet impact, c’est de prolonger sa durée de vie.

Christophe Dunand : Venez voir ce qu’il y a dans la caisse.

Zoé Decker : Waouh !

Jérôme Grandgirard : Il y a en des caisses comme ça, je veux dire. Chaque année ce sont des palettes. Ce sont des vieux téléphones, on a entre 70 000 et 100 000 téléphones par an.

Zoé Decker : Christophe Dunand est directeur général de Réalise.

Christophe Dunand : Les téléphones de la première génération seront revendus à très bas prix à des pays plus lointains où les gens ont besoin de téléphoner et d’envoyer des SMS. Les autres générations sont revendues à un prix supérieur. Tout ce qui est effectivement du domaine du déchet est recyclé. Donc à priori, on est bien dans une logique d’économie circulaire, faire circuler, faire durer au maximum ces différents objets.

Joëlle Cachin : Est-ce que vous sentez un frémissement du côté des entreprises aujourd’hui vis-à-vis de cette obsolescence programmée dont on parle ? Et, plus largement, d’une écoconception de leurs produits ?

Christophe Dunand : On voit qu’on est capable de produire à peu près tous les biens et services nécessaires à une société durable de manière durable. Aujourd’hui, on voit de plus en plus d’entreprises qui s’intéressent à ça et notamment, je pense que c’est plus une question de génération. La nouvelle génération a complètement intégré, c’est ce qui me donne beaucoup d’espoir, ces questions écologiques et sociales. Et si elle travaille dans les entreprises et qu’à la fois, en même temps, en tant que citoyen, la demande augmente, eh bien effectivement l’économie va changer. Rappelons-nous qu’on n’a pas de choix ! On a vingt ans pour mener à bien des réformes très profondes de l’économie et des modes de consommation.

Zoé Decker : Un mouvement de transformation de la société qui est en marche et il commence dans la rue avec la multiplication des petits magasins de réparation. C’est en tout cas l’avis de Nicolas Nova, professeur à la Haute École d’art et de design de Genève, spécialiste en culture numérique.

Nicolas Nova : On est moins dans une logique Kleenex que dans une logique d’essayer de préserver une forme de durabilité de ces objets parce que, justement, ces magasins-là, avec le temps, vont ramener cette problématique des pratiques de réparation dans notre quotidien alors que c’est quelque chose qu’on a évidemment perdu depuis une trentaine d’années.

Joëlle Cachin : Pourtant on les utilise rarement plus de 18 mois nos smartphones, en tout cas c’est ce que disent les chiffres. Qu’est-ce que ça dit de notre société ça ?

Nicolas Nova : Ce qui est intéressant, quand on va chez des gens, on les fait parler de leur smartphone et, notamment, du problème de leur durabilité, c’est qu’au bout d’un moment ils vont sortir une boîte de chaussures ou ils vont nous amener dans un coin de chez eux où il y a une pile de téléphones qui ne sont pas jetés. Beaucoup de gens les gardent avec dedans des restes et des souvenirs, parfois des photos, parfois des sons. Il y a une espèce d’ambivalence là-derrière, qui est à la fois l’objet jetable ou qu’on va remplacer régulièrement, mais, en même temps, une difficulté à se séparer d’un objet qui a été le prolongement de soi pendant une certaine période. Ça pose toutes sortes de questions intéressantes sur quoi faire, en fait, de toutes ces espèces de mémoires passées dans ces objets. Mais est-ce qu’il n’y a pas d’opportunité, derrière, de création de services pour permettre de garder un lien, en fait, à nos objets techniques passés ? Notre cerveau, notre mémoire, sont là dans des objets et c’est inerte à la maison, mais ça pourrait devenir autre chose aussi.

Joëlle Cachin : C’est la fin de ce Quinze minutes. Merci à Matthieu Balmer pour la réalisation. Vous pouvez nous retrouver sur les réseaux sociaux #15RTS. À la semaine prochaine.

Zoé Decker : Ce reportage, vous pourrez aussi le réécouter ce soir dès 22 heures 40.

Nouvelles April: Biens communs numériques - Table ronde POSS2017

26 février, 2018 - 12:55


Titre : Table ronde - Biens communs numériques
Intervenants : Axelle Lemaire - Lionel Maurel - Gabriel Plassat - Gaël Musquet - Benjamin Jean
Lieu : Les interviews du Paris Open Source Summit
Date : décembre 2017
Durée : 18 min 50
Visualiser la table ronde
Licence de la transcription : Verbatim
NB : transcription réalisée par nos soins. Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Transcription

Benjamin Jean : On a l’occasion aujourd’hui de pouvoir parler de biens communs numériques avec quatre personnes qui m’ont rejoint autour de cet atelier. Axelle Lemaire, ancienne secrétaire d’État au numérique et à l’innovation ; Lionel Maurel de SavoirsCom11 ; Gabriel Plassat qui pourra se présenter, à la fois Fabrique de Mobilités2 et ADEME [Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie], je le laisserai compléter ; et ensuite on a Gaël Musquet qui lui-même se présentera parce qu’il a tellement de casquettes que c’est dur de le faire pour lui.

En quelques mots, l’objectif de cette courte session est vraiment de pouvoir partager à la fois notre vision des biens communs numériques et les expériences, expérimentations, qui ont pu être mises en œuvre, et se projeter, peut-être, sur les années à venir et l’histoire telle qu’on la voit chacun. Je donne la parole à Lionel tout de suite puisqu’il est lui-même pris.

Lionel Maurel : Merci. Moi ce qui m’a frappé ici, au salon, c’est que le mot « biens communs » revient souvent. En fait, on l’a entendu ce matin dans la piste sur écologie et open source. Je l’ai entendu hier chez Etalab qui se demande comment l’État va pouvoir contribuer aux communs numériques. Je l’ai entendu chez les Civc Tech qui se demandent si elles participent aux biens communs numériques ; et dans la loi que vous aviez portée il y avait cette notion qui, à un moment donné, était dans le texte, qui finalement n’est pas restée ; elle a été retirée au Parlement notamment ; le Parlement ne s’est pas prononcé sur la consécration de cette notion. Vous avez l’impression que c’est un peu une sorte de défaite qui aura anticipé une victoire dans les esprits, qui aura préparé ça ? Qu’est-ce qui s’est passé et comment vous vivez un petit peu ce passage-là ?

Axelle Lemaire : Sur les communs, c’était une fin de non-recevoir et donc, quand on soutient un texte de loi, il faut faire des arbitrages et, pour pouvoir gagner sur certains sujets, il faut accepter de laisser tomber sur d’autres. Et pourtant, il y a eu un vrai débat public et je crois que le sujet a continué à avancer. Je me dis aujourd’hui que, finalement, peut-être qu’il ne fallait pas utiliser la porte d’entrée de la loi d’emblée et qu’il fallait faire la preuve par l’exemple. Et que c’est à force de définition des possibles domaines des biens communs qu’on pourrait trouver une forme de reconnaissance juridique, mais dans un second temps. Je vous donne quelques exemples sur l’open data. Les données publiques, une fois qu’elles seront beaucoup plus massivement et systématiquement ouvertes, elles seront considérées comme des biens communs : l’open data de la jurisprudence par exemple. Les décisions de justice, lorsqu’elles seront ouvertes de manière systématique par l’ensemble des juridictions, qui pourra arguer du fait que ce n’est pas un bien commun ? Et de plus en plus on voit, on comprend mieux les enjeux, y compris les enjeux géostratégiques et culturels, d’aborder des questions liées à l’espace, à l’utilisation du domaine urbain et de les lier à la problématique des communs. Sur l’information, puisqu’on parlait du domaine informationnel, eh bien on voit que face à la montée des fake news, face au sujet de la transparence des algorithmes de référencement de l’information qui, aujourd’hui, ne permettent pas de garantir la fiabilité des sources, se pose la question de l’information en ligne. Est-ce que n’est pas potentiellement un bien commun ? Etc. Et du coup, moi je pense qu’on est au début de l’histoire en réalité.

Ça avait été un peu violent l’année dernière au moment du vote de la loi parce qu’il y a eu un effet déceptif [trompeur, NdT], je crois, et en fait, moi je sais parce que je l’ai vécu de l’intérieur, que cette loi n’aurait pas vu le jour si on s’était arrêté à ce combat-là. Il y en a beaucoup d’autres qui ont été gagnés. Celui-là, c’est un combat de très long terme qui implique une acculturation culturelle, intellectuelle ; mais je vois que les acteurs sont toujours présents et je suis assez optimiste pour la suite.

Benjamin Jean : Peut-être, pour rebondir sur ce qui vient d’être dit, parce que je suis d’accord avec les deux messages qui viennent d’être passés, effectivement, ça me rappelle la loi HADOPI en fait. La loi HADOPI a soulevé toute une série de réflexions qu’il n’y avait jamais eues jusqu’alors et finalement, même si les résultats auxquels ont a abouti n’étaient pas forcément ceux escomptés, on a toutes ces personnes qui, à cette occasion, ont pu se réunir, ont pu réfléchir et écrire des articles. Il y a tout un courant de pensée, en fait, qui en est sorti, qui a donné lieu finalement, là c’est plus l’histoire qui parle, mais peut-être à la société dans laquelle on est en train de vivre maintenant. Ça nous a donné l’occasion de construire des choses beaucoup plus intéressantes peut-être.

Axelle Lemaire : J’ai un autre exemple que je n’ai pas cité qui sont les données de recherche. Face à la politique de Donald Trump, par exemple, qui consiste à nier le potentiel et l’utilité de la recherche, notamment pour la prise de décisions publiques et politiques, en particulier en lien avec le réchauffement climatique, on voit à quel point il est essentiel que les données de recherche soient considérées comme des biens communs. Et finalement, la loi le fait indirectement et je pense qu’une fois que toutes ces catégories auront été identifiées on pourra aboutir à une forme de reconnaissance juridique. On a aussi utilisé la porte d’entrée de la culture, et ce n’était peut-être pas le terrain le plus facile d’accès.

Benjamin Jean : Là aussi, c’est l’occasion de parler du projet Culture Ouverte sur lequel on travaille avec Lionel, c’est-à-dire qu’à l’issue de toutes ces réflexions autour de la loi pour une République numérique on a réuni tous les acteurs qui avaient envie que les choses bougent et, en fait, on travaille actuellement sur une série d’ateliers, donc une série de projets, à démontrer l’utilité de ces logiques de biens communs dans le domaine de la culture. Montrer à chacun en quoi ça participe à la diffusion de la culture, en quoi ça participe à l’innovation au ministère de la Culture. On est en bottom-up, c’est vraiment par la pratique, mais dans le but de changer les mentalités et de changer un peu l’écosystème dans lequel on se trouve.

Il y a un autre projet qui est particulièrement intéressant et qui en plus a été constitué en association aujourd’hui, je te laisse…

Gabriel Plassat : Oui. Merci Benjamin. Gabriel Plassat, moi je travaille à l’ADEME donc une agence qui s’occupe d’environnement et de maîtrise de l’énergie. On a fait émerger la Fabrique des Mobilités il y a à peu deux ans, qui est devenue une association maintenant qui est donc portée par un écosystème d’acteurs et le but c’est d’apporter vraiment, en démontrant par les faits, l’importance des communs, que j’appelle moi des ressources ouvertes et mutualisées, dans un écosystème qui est plutôt historiquement, en fait, basé sur le brevet, la propriété intellectuelle. Donc comment les acteurs des transports et de la mobilité, que ça soit des acteurs industriels, des start-ups, des territoires, des laboratoires, peuvent produire des ressources ouvertes et mutualisées pour répondre à leurs besoins, aujourd’hui, à l’instant t dans leur projet, et constituer un vivier de ressources utiles pour l’écosystème en tant que tel ? Donc on commence à faire ça, indexer ce qui existe et amener chaque communauté d’intérêt, les vélos, le covoiturage, la voiture connectée, à identifier dans leur champ les ressources qu’elles ont intérêt à produire ensemble et à ouvrir, qui ne sont pas dans le domaine de la compétition. Et ça, ça permet en plus, plus vite, de créer des standards de fait et de permettre à des prochains entrepreneurs d’utiliser ces ressources pour innover plus vite. Donc voilà ! On le fait dans un domaine industriel qui est celui des transports et qu’on peut après, probablement, reproduire dans d’autres domaines industriels.

Benjamin Jean : Ce qui est intéressant c’est que ce type d’exemple, en fait, de projet qui donne lieu à cette structure, donc d’écosystème qui produit des communs et qui cherche à les gouverner ensemble de manière justement proche de ce qu’on appelle un bien commun, ça permet aussi d’inspirer, ensuite, d’autres écosystèmes similaires dans d’autres domaines et on le voit avec la mobilité. Open Law3 aussi est un exemple de ce qui a pu être mettre mis en œuvre dans le champ du droit. Un des projets que j’avais évoqué, qui était lié à l’espace, à l’accès à l’espace, le projet Fédération4 qui a été initié il n’y a pas si longtemps est vraiment de la même veine. Il y a cet objectif de concourir, que tous les acteurs se réunissent pour produire des ressources qui, ensuite, sont collectivement préservées et maintenues. On voit vraiment qu’il y a une croissance exponentielle, c’est en train de se développer dans tous les pans de notre société.

Gabriel Plassat : Oui. Tout à fait. Ce sont à la fois des ressources de connaissances, des données, données dans la mobilité c’est un gros sujet, mais des logiciels qui sont ouverts jusqu’à du matériel, des plates-formes véhicules open source. Et juste pour donner un exemple, le Google chinois qui est Baidu, son projet de véhicule autonome, qui s’appelle Apollo, est basé sur une solution open source. Donc des acteurs industriels ont compris l’intérêt qu’ils ont pour aller plus vite, en rassemblant un grand nombre d’acteurs, à passer par l’open source, sauf que nous à la différence de Baidu c’est qu’on va redonner à l’écosystème les ressources qu’on a créées. On ne va pas les garder pour ensuite refermer l’écosystème sur nous-mêmes.

Axelle Lemaire : Un commentaire, je ne peux pas m’en empêcher, je rentre de Chine. Effectivement, quand le gouvernement chinois décrète qu’il va passer au tout voiture électrique, derrière il s’en donne les moyens. C’est assez efficace, mais il faut voir à quel prix ! Là, typiquement, les véhicules électriques qui sont produits en ce moment émettent des données de mobilité mais qui peuvent inclure des données personnelles éventuellement, qui sont collectées toutes les trente secondes. Et ce qui est vrai des voitures est vrai des vélos et donc, tout à fait d’accord sur le fait que dans le champ de la mobilité et de la définition des politiques de transport, en utilisant notamment la notion de données d’intérêt général, il y a des vraies formes de mutualisation à trouver. Il ne faut pas être naïf aussi sur d’autres modèles qui, pour moi, s’érigent plutôt en contre par rapport à un modèle français ou européen qui peut être défendu sur ces sujets-là.

Gabriel Plassat : Je pense que l’Europe a inventé, justement, ce modèle de comment faire levier des ressources ouvertes et mutualisées, pour construire la société et pour construire des champions industriels qui vont développer des solutions commerciales, marchandes mais utilisant ces ressources-là.

Benjamin Jean : Gaël je ne t’ai pas présenté et je te laisserai le faire mais pour moi tu es vraiment le hacker, la personne qui va prendre, justement, toutes ces ressources qui sont accessibles pour en faire des merveilles. Quelle peut être ta réaction ?

Gaël Musquet : On a culturellement dans OpenStreetMap5, dont je suis porte-parole, une culture communautaire de création du commun. Le commun, pour nous, c’est une base de données cartographiques qui nous aide à cartographier nos quartiers, nos pays. En fait, ce que je retrouve souvent dans les communautés dans lesquelles j’évolue, parce que je suis aussi radioamateur, c’est que souvent les projets qui émergent, les projets qui ont du succès, ce sont les projets qui trouvent une utilité sociale. Pour OpenStreetMap, on l’a vu très vite, ça a été les crises, les catastrophes naturelles, Ebola, etc. ; chez les radioamateurs un peu aussi, les catastrophes naturelles sont des sujets moteurs. Mais à partir du moment où on met ce commun, cette connaissance, ces savoirs, au service de la société, au service de la ville, ces projets prennent une autre ampleur, une autre dimension. On ne fait pas de la techno pour faire de la techno, on ne fait pas de la carto pour faire de la carto, on ne fait pas de la radio pour faire de la radio ; il faut que toutes ces connaissances, ces savoirs scientifiques et techniques soient mis en œuvre, à disposition, partagés, à la fois pour être utiles, qu’on les utilise en temps et en heure sur une crise ou sur de l’éducation, mais aussi, c’est ce qui a un peu manqué malheureusement chez les radioamateurs en France par exemple, arriver à susciter de nouvelles vocations. Donc je ne suis plus dans la gouvernance en tant que président d’OpenStreetMap depuis six ans pratiquement, mais aujourd’hui ça permet à d’autres contributeurs eh bien de pouvoir s’exprimer, de donner une autre vision de ce qu’est pour eux le projet, la communauté, et de voir naître des projets de cartographie des bus, des projets de cartographie et de mutualisation avec d’autres communautés comme Wikipédia sur les Journées Libres où on a toutes les communautés du Libre qui se réunissent pour numériser complètement un territoire. Et là, sur un dernier commun qu’on est en train de construire qui est l’Hermitage, entre Soissons et Compiègne, donc 30 hectares d’une propriété qu’on a achetée en communauté, presque un millier de personnes qui nous ont aidées à financer un crowdfunding avec un financement participatif, le fonctionnement de ce lieu-là. On est en train d’y installer, en lien sur les objectifs de la Fabrique des Mobilités d’ailleurs, un VRL, un Vehicle Research Lab qui va vraiment être pour nous comme un hackerspace, un fablab, une vraie ressource sur laquelle on pourra travailler sur des véhicules. C’est compliqué d’acheter un véhicule, ça coûte cher, on ne hacke pas sa voiture parce qu’on transporte ses enfants, son compagnon ou sa compagne, c’est compliqué, ça coûte cher, mais c’est une ressource que nous, à l’Hermitage, on souhaite mettre à disposition des communautés qui veulent commencer à travailler sur les véhicules, qui veulent travailler sur de l’agroécologie, sur l’éco-rénovation et enfin, le vivre ensemble. Parce que toutes ces communautés produisent beaucoup de savoirs scientifiques et techniques, de technologies ; si ces savoirs ne sont pas mis en œuvre par des hommes et des femmes qui transmettent ces savoirs-là, on ne peut pas vraiment parler de communs. Parce que le commun c’est aussi une communauté, ce sont des hommes et des femmes, des enfants même parfois, qui portent des projets, qui portent une vision. Et l’Hermitage pour nous ça sera ça, ça sera une capacité de vivre ensemble pour pouvoir exprimer tous ces talents, toutes ces connaissances, ces expérimentations, et vraiment partager sous forme de laboratoire, en fait, d’une mini-ville, tout le champ des possibles. On a des bois, on a des souterrains, on a des champs, on a 21 bâtiments à rénover ; voir un peu quelles seraient les technologies les plus appropriées pour se chauffer, pour s’alimenter en énergie électrique, en nourriture, etc.

Benjamin Jean : C’est un super projet.

Axelle Lemaire : Alors ce n’est pas directement lié au sujet, mais j’ai une question qui me brûle les lèvres. Quand je suis allée en Chine, pardon j’insiste, mais j’ai pris Air France et là, mais quel bonheur de voir que l’écran de cartographie utilisée c’était OpenStreetMap. C’est quoi l’histoire derrière ?

Gaël Musquet : En fait, on a des taupes dans toutes les entreprises ; maintenant la communauté française est extrêmement dynamique. J’ai assisté à la conférence tout à l’heure « écologie et open source ». Chaque fois que je fais une conférence, aujourd’hui, il y a deux ou trois projets qui parlent d’OpenStreetMap avant moi ; c’est-à-dire qui ont montré au moins une ou deux présentations, enfin une ou deux vues dans la présentation, où il y a OpenStreetMap. C’est la preuve que la communauté a su se rendre utile et que ce savoir scientifique, technique, communautaire, a su rentrer aussi dans les systèmes d’information des sociétés. Pour nous, en France, pour OpenStreetMap France, c’est une fierté : que la SNCF s’y soit mise ; que la RATP s’y soit mise malgré elle ; que Air France s’y mette, merci de l’information ; Air Caraïbe s’y mette, super. Toutes ces compagnies et ces sociétés qui, aujourd’hui, font confiance à des industriels, parce qu’il y a la communauté et au-dessus, on va dire à côté, avec nous, on a des industriels du Web qui récupèrent ces données, qui récupèrent ce commun, et qui créent de la richesse. Et souvent ces industriels refinancent, en fait, la communauté sur ces événements, sur ces outils, sur l’hébergement web de nos serveurs et le soutien en cas de catastrophe ; souvent.

Benjamin Jean : C’est ce que je voulais ajouter. On a beaucoup parlé aujourd’hui d’open data, on a beaucoup parlé d’open source, et ce que je constate et encore une fois ce n’est pas pour revenir dessus, mais la loi pour une République numérique a vraiment été un déclencheur. De plus en plus d’acteurs, même industriels, parlent de biens communs. C’est intéressant parce qu’on en vient à des notions de communauté, on en vient à des notions de gouvernance qu’on n’avait pas du tout auparavant. C’est-à-dire que les gens faisaient de l’open source pour faire de l’open source, ce qui n’a pas de sens en tant que tel. Mais là, vraiment, on réfléchit de cette façon-là et ça amène à aller voir encore plus loin et à comment pérenniser les ressources qui sont produites de cette façon-là. Et donc quel mode de financement associer à la production de communs, sachant que les communs c’est entre du bien privé, du bien public ; on a vraiment des champs qui étaient quasi inexplorés en tout cas dans le domaine du numérique.

Ça me permet de faire une annonce en même temps. On a aujourd’hui, au sein d’Open Law, constitué un fonds de dotation qui a cet objectif-là. J’en parle parce que c’est un travail de longue haleine, parce que ce n’est pas forcément simple de faire des choses qui nous paraissent pourtant très logiques. Mais donner de l’argent facilement à des projets qui sont là uniquement pour créer des communs ça pose un certain nombre de dangers juridiques dirais-je. On l’a fait et maintenant l’objectif c’est vraiment pouvoir, par ce biais-là, financer tout ce qui est communs, ce qui rentre dans l’objet qu’on a défini autour de ce fonds de dotation et faire en sorte que ça soit pérenne, dans un cercle vertueux où les gens qui contribuent le font parce qu’ils se rendent bien compte que ça leur profite et qu’ainsi on puisse générer de plus en plus de communs.

Axelle Lemaire : Pour réagir, tu disais que la loi pour une République numérique a permis de soutenir cette dynamique et de l’amplifier. Un autre exemple, c’est le fait qu’on ouvre les codes sources des administrations et les algorithmes. Alors on est au tout début de l’histoire, encore une fois ; eh oui, il y a des mises sous tension qui sont nécessaires, d’ailleurs ; eh oui il y a des formes de résistance, parfois dont on peut comprendre les raisons, parfois moins, mais tout ça peut potentiellement produire des communs. Un exemple tiré de l’actualité politique : je voyais que le Président de la commission des finances du Sénat demandait, à la veille d’examiner la loi de finances, que les codes sources des dispositions fiscales qui sont déposées sur son bureau soient rendues publiques ce afin de faire participer toute la collectivité citoyenne au débat parlementaire. Je trouve que c’est une belle idée et, en tout cas, voilà un potentiel là aussi de réceptacle d’un objet qui serait un commun.

Benjamin Jean : Il faut qu’on termine parce qu’on a déjà pris le temps, mais c’était vraiment intéressant d’être à la fois dans la situation d’une personne qui avait porté ce projet et de ceux qui l’avaient vu vivre et qui, maintenant, le vivent encore et essaient de continuer cette action, je pense d’une certaine façon, en étant dans le faire aussi. Merci à vous pour cet instant et à très vite.

Gabriel Plassat : À très bientôt.

Axelle Lemaire : Merci pour ce moment.

Vincent BERNAT: OPL2LPT: une carte son AdLib sur port parallèle

24 février, 2018 - 21:16

La carte son AdLib ĂŠtait la première carte son en vogue pour les IBM PC (avant cela, nous ĂŠtions choyĂŠs par le son du haut-parleur interne). ConnectĂŠe Ă  un slot ISA 8 bits, elle est ĂŠquipĂŠe d’une puce Yamaha YM3812, aussi connue sous le nom d’OPL2. Cette puce peut piloter 9 canaux sonores dont les caractĂŠristiques sont affinĂŠes grâce Ă  244 registres.

J’en avais une mais je l’ai ĂŠgarĂŠe. Les modèles disponibles sur eBay sont assez rares et chers. Il est possible d’en fabriquer une soi-mĂŞme (soit celle de Sergey, soit cette reproduction fidèle). Cependant, un port ISA est toujours nĂŠcessaire. L’imagination dĂŠbordante de certains passionnĂŠs peut encore aider ici. Par exemple, vous pouvez combiner la carte processeur Xi 8088 de Sergey avec son fond de panier ISA 8 bits, sa carte Super VGA et sa carte XT-CF-Lite pour obtenir votre propre PC compatible IBM vaguement moderne. Vous pouvez ĂŠgalement jeter un Ĺ“il Ă  la carte son AdLib sur un port parallèle de RaphaĂŤl AssĂŠnat.

La carte son OPL2LPTđŸ”—

RĂŠcemment, David Murray a publiĂŠ une vidĂŠo sur une carte son AdLib pour port parallèle, l’OPL2LPT. Bien que les cartes mères actuelles n’aient plus de port parallèle, il est facile d’en ajouter un au format PCI-Express. J’ai donc achetĂŠ une OPL2LPT prĂŠ-assemblĂŠe et quelques jours plus tard, elle ĂŠtait dans ma boĂŽte Ă  lait :

MISE Ă€ JOUR (03.2018) : Vous pouvez ĂŠgalement acheter un boĂŽtier pour l’OPL2LPT. Après avoir ĂŠcrit cet article, on m’en a offert un:

Tel que conçu, ce pĂŠriphĂŠrique se branche sur un port parallèle ISA (accessible Ă  l’adresse 0x378). Il faut ensuite charger un pilote pour DOS (qui va intercepter les appels vers l’adresse de la carte AdLib) puis exĂŠcuter un jeu compatible avec l’AdLib. Bien qu’il soit correctement pris en charge par Linux, le port parallèle PCI-Express ne fonctionne pas comme son ĂŠquivalent ISA. QEMU est livrĂŠ avec une ĂŠmulation du port parallèle mais, en raison de problèmes de synchronisation, ne peut pas piloter correctement l’OPL2LPT. Par contre, l’ĂŠmulation de VirtualBox est suffisante1.

Sous Linux, l’OPL2LPT se programme presque comme une vĂŠritable AdLib. Le bout de code ci-dessous permet d’ĂŠcrire une valeur dans un des registres :

static void lpt_write(uint8_t data, uint8_t ctrl) { ieee1284_write_data(port, data); ieee1284_write_control(port, (ctrl | C1284_NINIT) ^ C1284_INVERTED); ieee1284_write_control(port, ctrl ^ C1284_INVERTED); ieee1284_write_control(port, (ctrl | C1284_NINIT) ^ C1284_INVERTED); } void opl_write(uint8_t reg, uint8_t value) { lpt_write(reg, C1284_NSELECTIN | C1284_NSTROBE); usleep(4); // 3.3 microseconds lpt_write(value, C1284_NSELECTIN); usleep(23); }

Pour utiliser ÂŤ nativement Âť l’OPL2LPT, j’ai modifiĂŠ les programmes suivants :

  • ScummVM, un ĂŠmulateur pour d’anciens jeux d’aventure, notamment ceux de Lucas­Arts — patch
  • QEMU, un ĂŠmulateur gĂŠnĂŠrique et rapide — patch avec une ĂŠmulation minimaliste des minuteries et les temporisations codĂŠes en dur đŸ™„
  • DOSBox, un ĂŠmulateur x86 intĂŠgrant DOS — patch avec une ĂŠmulation complète des minuteries et un fil d’exĂŠcution dĂŠdiĂŠ2

Vous pouvez comparer les rĂŠsultats sur l’introduction du jeu Indiana Jones et la dernière croisade dans la vidĂŠo suivante3 :

  • 0:00, DOSBox avec une ĂŠmulation du haut-parleur interne
  • 0:58, DOSBox avec une ĂŠmulation de l’AdLib
  • 1:51, VirtualBox avec l’OPL2LPT (sur un port parallèle ĂŠmulĂŠ)
  • 2:42, ScummVM modifiĂŠ avec l’OPL2LPT
  • 3:33, QEMU modifiĂŠ avec l’OPL2LPT
  • 4:24, DOSBox modifiĂŠ avec l’OPL2LPT
  • 5:17, DOSBox modifiĂŠ avec une version amĂŠliorĂŠe de l’ĂŠmulateur OPL3 (Nuked OPL3)
  • 6:10, ScummVM avec la piste CD (version FM Towns)

Je vous laisse juger de la qualitĂŠ de chaque option ! Vous pouvez vous procurer l’OPL2LPT depuis l’Europe via Serdashop ou depuis l’AmĂŠrique du Nord via The 8-Bit Guy.

AnnexesđŸ”— Indiana Jones et le mystère de l’AtlantideđŸ”—

Voici une autre vidĂŠo avec l’introduction de Indiana Jones et le mystère de l’Atlantide, publiĂŠ en 1992, tournant dans DOSBox avec l’OPL2LPT. C’est le second jeu utilisant le système de son iMUSE : la musique est synchronisĂŠe avec l’action et les transitions se font en toute transparence. Particulièrement novateur pour l’ĂŠpoque !

Monkey Island 2đŸ”—

Le premier jeu utilisant iMuse est Monkey Island 2, publiĂŠ en 1991. La vidĂŠo ci-dessous montre les premières minutes du jeu tournant dans DOSBox avec l’OPL2LPT.

Notamment, Ă  5:33, quand Guybrush se trouve Ă  Woodtick, une sympathique ville de Scabb Island, la musique joue autour d’un thème principal et d’une variation avec un instrument diffĂŠrent pour chaque bâtiment, sans jamais s’interrompre.

Enregistrement des vidĂŠosđŸ”—

Avec une carte vidĂŠo VGA, de nombreux jeux utilisent le Mode 13h, un mode 256 couleurs avec une rĂŠsolution de 320Ă—200. Sur un ĂŠcran 4:3, ce mode n’affiche pas de pixels carrĂŠs: ils sont ĂŠtirĂŠs verticalement par un facteur de 1,2.

Les vidĂŠos prĂŠcĂŠdentes ont ĂŠtĂŠ enregistrĂŠes avec FFmpeg (puis ĂŠditĂŠes avec Blender). Il propose de très nombreux filtres permettant d’automatiser la capture et une partie du montage. Voici un exemple :

FONT="font=Monkey Island 1991 refined: fontcolor=OrangeRed: fontsize=16: x=w-text_w-10" ffmpeg -y \ -thread_queue_size 64 \ -f x11grab -draw_mouse 0 -r 30 -s 640x400 -i :0+844,102 \ -thread_queue_size 64 \ -f pulse -ac 1 -i default \ -filter_complex "[0:v]pad=854:400:0:0, drawtext=${FONT}:y= 10:text=Indiana Jones 3, drawtext=${FONT}:y= 34:text=Intro, drawtext=${FONT}:y=100:text=DOSBox, drawtext=${FONT}:y=124:text=VGA, drawtext=${FONT}:y=148:text=PC speaker, scale=854:480[game]; [1:a]showwaves=s=214x100:colors=OrangeRed:scale=lin[waves]; [1:a]showcqt=s=214x100[spectrum]; [waves][spectrum]vstack[vis]; [game][vis]overlay=x=640:y=280" \ -pix_fmt yuv420p -c:v libx264 -qp 0 -preset ultrafast \ indy3-dosbox-pcspkr.mkv

La partie intĂŠressante est l’argument filter_complex. La vidĂŠo capturĂŠe passe du format 640Ă—400 au format 854Ă—400 sans ĂŠtirement comme première ĂŠtape d’adaptation au format 16:94. En utilisant la fonte The Secret Font of Monkey Island, du texte est ajoutĂŠ sur la droite de la vidĂŠo. Le rĂŠsultat est ensuite ĂŠtirĂŠ vers du 854Ă—480 pour obtenir le format final. Le flux vidĂŠo correspondant est nommĂŠ game. Dans un deuxième temps, la piste audio est utilisĂŠe pour construire deux visualisations : une vue d’oscilloscope et un spectrogramme. Elles sont placĂŠes verticalement et le rĂŠsultat est nommĂŠ vis. La dernière ĂŠtape est de superposer les deux flux prĂŠcĂŠdents.

  1. Il n’y a pas d’interface graphique pour configurer le port parallèle. Cela doit se faire via la ligne de commande :

    $ VBoxManage modifyvm "FreeDOS (games)" --lptmode1 /dev/parport0 $ VBoxManage modifyvm "FreeDOS (games)" --lpt1 0x378 7

    ↩︎

  2. Avec QEMU et DOSBox, le respect des dĂŠlais nĂŠcessaires au bon fonctionnement de l’OPL2 devrait ĂŞtre la responsabilitĂŠ du jeu qui s’exĂŠcute. Toutefois, QEMU n’ĂŠmule pas les dĂŠlais dus aux entrĂŠes/sorties et DOSBox semble ne pas ĂŞtre assez prĂŠcis. Pour contourner la difficultĂŠ sur ce dernier, l’OPL2LPT est gĂŠrĂŠe depuis un fil d’exĂŠcution dĂŠdiĂŠ qui reçoit les ĂŠcritures et s’assure que les dĂŠlais minimaux sont respectĂŠs. ↩︎

  3. Indiana Jones et la dernière croisade a ĂŠtĂŠ le premier jeu que j’ai essayĂŠ après avoir branchĂŠ la carte son AdLib que j’ai forcĂŠ mes parents Ă  acheter lors d’un voyage au Canada en 1992. Ă€ l’ĂŠpoque, aucun magasin traditionnel ne vendait cette carte dans ma ville française et les achats en ligne (via le Minitel) ĂŠtaient limitĂŠs aux biens de grande consommation (comme un magnĂŠtoscope). La grande ĂŠpoque. đŸ˜ ↩︎

  4. Une mĂŠthode courante pour ĂŠtendre une vidĂŠo de 4:3 Ă  16:9 sans barres noires est d’ajouter en fond la vidĂŠo ĂŠtirĂŠe et floutĂŠe. C’est aussi possible avec FFmpeg ! ↩︎

Benoît SIBAUD: La communauté Git en deuil de Shawn Pearce

23 février, 2018 - 20:30

Shawn Pearce est mort fin janvier 2018, d’un cancer agressif. Il était « auteur et committer et/ou fondateur de Git, Jgit, libgit et Gerrit ».

  Avatar de Shawn Pearce sur son profil GitHub

Divers hommages ont été publiés par Chris DiBona, la liste de diffusion Git, la lettre « Git Rev News: Edition 36 » (où je viens de voir passer l’info), le blog du Software Freedom Conservancy, par Luca Milanesio, directeur de GerritForge et l’un des mainteneurs du projet Gerrit, par Dave Borowitz, à la tête du projet Gerrit, LWN, durant la clôture du FOSDEM 2018 et via un fonds mémorial pour sa famille.

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    Isabelle DUTAILLY: Remplir deux cellules à la fois

    22 février, 2018 - 13:03

    En combinant la fonction RECHERCHEV et la fonctionnalité de validation des cellules, on peut, à partir d'un choix dans une liste déroulante d'une cellule d'un tableau, faire en sorte qu'une autre cellule se remplisse automatiquement.

    - Tableur / , , ,

    Jérémie ZIMMERMANN: Founding Campaign 2017: Thank You, Everyone!

    21 février, 2018 - 18:47

    Paris, 19 February 2018 - Although admittedly our annual donation campaign did not reach its goal, thanks to our supporters we have managed to gather enough funding to pursue our work for another year. At the end of January, we had collected 220,758€ from individual donations, reaching 68% of our goal (320,000€). Our total budget for 2018 is estimated at 380,000€ and is presently covered 90% (of which 66% are from individual donations).1Thanks again to everyone who supporting us <3

    The adventure goes on and we have a lot on our plate for the coming year: legislative debates, as well as technical, political and even philosophical discussions. The topics will be many but rarely new: surveillance and intelligence, the protection of personal data, freedom of speech, Net Neutrality...
    Our next general meeting in early April will be the right time to refine this list and discuss which direction(s) La Quadrature du Net should take in the upcoming months.

    In order to stay up to date and relevant at this critical moment in the history of digital technology, La Quadrature du Net needs to remain open and to reorganise, just as stated in the strategic review (in French) we published last November. If we intend to continue our legal work and litigation, we wish in parallel to develop our activities aimed to get as many as possible to take part in these debates. We are also going to rethink our strategical role and our tactics for digital emancipation, in order to help bring together activists from diverse causes and those building the free Internet, its developers, and its users and developers.

    As you can see, we will keep on working on the political and legal defense of a free Internet and our fundamental rights in the digital age. And for this we will need, now and always, you and your support.
    And we take this moment to remind you that if you decide to support La Quadrature du Net, a small recurring donation is worth more than a one-time donation, even if it's a bit bigger :-)

    La Quadrature du Net

    • 1. This figure also includes the unspent part of last year’s individual donations still on hand when the campaign began on 14 November 2017.

    Tristan NITOT: En vrac du mardi

    20 février, 2018 - 19:53

    Nouvelles April: Open Bar Microsoft/Hôpitaux : fin de la spirale de dépendance en 2019 ?

    20 février, 2018 - 18:23

    Communiqué de presse, le 20 février 2018.

    Dans une question écrite n°5621 publiée au journal officiel le 20 février 2018 le député Olivier Véran (La République En Marche), rapporteur général de la commission des Affaires Sociales, interroge la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, sur l'accord-cadre qui lie les établissements publics de santé à Microsoft via la centrale d'achat de l'informatique hospitalière (CAIH). La question porte plus précisément sur la reconduction, ou non, de ce contrat qui doit prendre fin en 2019 et sur la mise en place d'un calendrier de migration vers le logiciel libre.

    Cet accord-cadre, à l'instar de l'Open Bar Microsoft/Défense, a été négocié sans publicité préalable ni mise en concurrence, en 2015, pour une période de quatre ans. L'acheteur est la CAIH, association qui a été spécifiquement créée pour gérer cet accord-cadre. En 2015, Next INpact avait publié un article détaillé sur ce contrat à plus de 120 millions d’euros entre Microsoft Irlande et des hôpitaux français.

    À un an de l'expiration de ce contrat, le député Olivier Véran pose la question de sa reconduction. Comme le fait valoir le député dans sa question écrite, alors que la loi pour une République numérique « appelle les administrations à encourager l'utilisation des logiciels libres et des formats ouverts » et que le rapport annuel pour 2018 de la Cour des comtpes « valide le recours aux logiciels libres au sein de l'État », l'accord ne pourra être reconduit sans prendre en compte les considérations d'interopérabilité, de souveraineté ou encore de sécurité inhérentes aux politiques de gestion des systèmes d'informations, particulièrement pour des institutions traitant des données aussi sensibles que celles relatives à la santé des personnes.

    Le député ne s'arrête pas à cet état de fait et met le doigt sur l'enjeu principal : comment sortir les établissements publics de santé de leur dépendance aux solutions privatrices de Microsoft ? Il sollicite ainsi la ministre sur « la mise en place d'un calendrier de migration [...] vers des logiciels libres ».

    « Sortir du carcan privateur de Microsoft avec reprise de contrôle de leur système d'information par les établissements publics de santé ne pourra se faire sans logiciel libre, brique fondamentale pour une informatique loyale au service de l'intérêt général. C'est donc dès à présent qu'il faut préparer cette migration dans le cadre d'une véritable politique d'accompagnement et de formation » insiste Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques pour l'April.

    Le député Olivier Véran offre ici au nouveau gouvernement une opportunité de montrer qu'il saisit les enjeux complexes de la souveraineté informatique.

    Madame la ministre Agnès Buzyn, prenez la pleine mesure de la question posée. Il est grand temps, par exemple en vous appuyant sur les travaux de la DINSIC que la Cour des comptes a récemment validés et qu'elle appelle à amplifier, de sortir les établissements de santé de la spirale de dépendance à Microsoft et d'entamer leur migration vers le logiciel libre.

    Question N° 5621 de Monsieur Olivier Véran à la ministre des solidarités et de la santé

    M. Olivier Véran appelle l'attention de Mme la ministre des solidarités et de la santé sur l'accord-cadre entre la société Microsoft et la centrale d'achat de l'informatique hospitalière qui doit prendre fin en 2019.

    Alors que la loi pour une République numérique, ratifiée en octobre 2016, appelle les administrations à encourager l'utilisation des logiciels libres et des formats ouverts, que le référentiel général d'interopérabilité, mis à jour en mai 2016, a déclassé le format propriétaire OOXML de Microsoft lui assignant le statut « en observation » et recommande le format ouvert Open Document. Et alors que la Cour des comptes, dans son rapport annuel pour 2018, valide le recours aux logiciels libres au sein de l'État, M. le député souhaite savoir si la reconduction de cet accord est prévue, et si oui dans quelles conditions.

    Il interroge également Mme la ministre sur la mise en place d'un calendrier de migration des systèmes d'informations des établissements publics de santé vers des logiciels libres et pour la généralisation et la rationalisation de l'utilisation des formats ouverts.

    Il relève qu'à l'aune des débats sur les données personnelles, dont celles de santé sont particulièrement sensibles, et considérant les enjeux de sécurité informatique notamment mis en exergue par la faille « Wannacry » qui avait affecté de nombreux hôpitaux à travers le monde utilisant des logiciels Microsoft, cette question de souveraineté informatique des établissements publics de santé mérite une attention particulière. Il lui demande quelle est la position du Gouvernement sur ces différentes questions.

    Nouvelles April: L'April présente aux Journées Du Logiciel Libre (JDLL) à Lyon les 24 et 25 mars 2018

    20 février, 2018 - 17:20
    Début: 24 Mars 2018 - 00:00Fin: 25 Mars 2018 - 00:00

    Les 20ièmes Journées Du Logiciel Libre de Lyon se tiendront les 24 et 25 mars 2018 autour du thème « Logiciels libres : Ouverts à tou⋅te⋅s, contrôlés par personne ! ».

    En plus de tenir un stand, l'April proposera une conférence et deux ateliers autour de l'initiative Candidats.fr. Plus d'information sur le wiki dédié.

    Nous avons besoin d'aide pour animer le stand ! Si vous avez des disponibilités, ne serait-ce que pour quelques heures, n'hésitez pas à vous inscrire sur le wiki.

    Nouvelles April: Decryptualité du 20 février 2018

    20 février, 2018 - 02:00

    Écouter ou télécharger le décryptualité du 20 février 2018 (15 minutes)

      Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – Licence Art Libre (LAL)

     Syndiquer le contenu grâce à votre agrégateur de flux RSS

    Nouvelles April: Revue de presse de l'April pour la semaine 7 de l'année 2018

    19 février, 2018 - 17:46

    La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

    En podcast.

    Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 7

    [France Inter] Que reste-t-il de l'internet libre?

    Par Christine Siméone, le samedi 17 février 2018. Extrait:
    > John Perry Barlow a défendu l'idée d'un internet libertaire, utopique. A l'heure des fake news, du dark net, et de la censure en Chine ou ailleurs, sa déclaration d'indépendance du cyberespace est réécrite par Olivier Ertzscheid, chercheur français en sciences de l'information.
    Lien vers l'article original: https://www.franceinter.fr/culture/l-internet-libre-est-mort-vive-l-internet-libre-barlow-independance

    [Numerama] L'État dévoile la liste des logiciels libres qu'il recommande

    Par Julien Lausson, le mardi 13 février 2018. Extrait:
    > Nouvelle année, nouvelle édition des logiciels libres recommandés par les services de l'État. Une liste globalement similaire à celle publiée l'année dernière, mais avec quelques changements.
    Lien vers l'article original: https://www.numerama.com/tech/328962-letat-devoile-la-liste-des-logiciels-libres-quil-recommande.html

    Et aussi:
    [cio-online.com] SILL 2018: l'Etat met à jour son référentiel de logiciels libres
    [PhonAndroid] Logiciel libre: l’Etat dévoile une liste d’applications open source recommandées
    [L'Informaticien] Logiciels libres: la DINSIC publie la nouvelle version du SILL
    [Génération-NT] Les logiciels libres recommandés par l'État

    [ZDNet France] Les logiciels libres dans l'Etat, "enjeu de sécurité et de souveraineté" pour la Cour des comptes

    Par Thierry Noisette, le lundi 12 février 2018. Extrait:
    > Le rapport annuel de la Cour des comptes souligne que "le partage de développements libres permet d'étendre la portée des mutualisations" et pointe "un facteur d'efficience et d'influence".
    Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/blogs/l-esprit-libre/les-logiciels-libres-dans-l-etat-enjeu-de-securite-et-de-souverainete-pour-la-cour-des-comptes-39864024.htm

    Et aussi:
    [LeMagIT] Modernisation de l’Etat: la Cour des comptes ré-affirme le rôle clé des logiciels libres

    [Libération] Données personnelles: défendons nos liens plutôt que des «biens»!

    Par Lionel Maurel, le vendredi 9 février 2018. Extrait:
    > Mettre en place un droit de propriété sur les données produites reviendrait à établir un rapport féodal entre les utilisateurs et les plateformes. Il faut au contraire privilégier une approche collective qui puiserait dans le riche héritage des droits sociaux.
    Lien vers l'article original: http://www.liberation.fr/debats/2018/02/09/donnees-personnelles-defendons-nos-liens-plutot-que-des-biens_1628598

    Note

    Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

    Nouvelles April: Enquête télé « Le dilemme Microsoft, l'Europe colonisée par des logiciels » (ARD)

    19 février, 2018 - 12:07

    Mise à jour 20 février 2018 : la vidéo de l'enquête est disponible en ligne (uniquement en allemand pour le moment).

    Lundi 19 février 2018, à 22h55 une enquête sur la dépendance des administrations publiques vis-à-vis de Microsoft sera diffusée sur la première chaîne de télévision allemande, l'ARD. Son titre est The Microsoft Dilemma ; Software Colony Europa (« Le dilemme Microsoft, l'Europe colonisée par des logiciels »). Une partie de cette enquête est consacrée à l'Open Bar Microsoft/Défense avec notamment des interviews de la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam, de Leïla Miñano, journaliste, et d'Étienne Gonnu de l'April. L'enquête sera diffusée en direct sur Internet.

    Un collectif de journalistes européens, Investigate Europe, a écrit une série d'articles intitulée « La dépendance de l'Europe à Microsoft », avec une analyse spécifique nationale de dépendance envers la firme américaine. En France, Leïla Miñano, journaliste et membre du collectif avait publié un article dans le magazine Marianne en mai 2017, concernant l'Open Bar Microsoft/Défense. L'enquête diffusée sur l'ARD reviendra sur ce dossier.

    L'article de Marianne, qui révélait des informations précieuses sur la manière dont l'accord Open Bar avait été conclu et confirmait qu'il avait été renouvelé pour 4 ans, a aidé l'April à obtenir le texte du nouveau contrat suite à une demande de communication de documents administratifs. Ces révélations ont incité Joëlle Garriaud-Maylam, secrétaire de la Commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat, à déposer, en octobre 2017, une « proposition de résolution relative à la création d'une commission d'enquête sur les contrats cadres passés entre le ministère de la Défense et Microsoft ».

    Espérons que l'enquête diffusée sur l'ARD apportera de nouvelles révélations et contribuera à faire la lumière sur l'extrême dépendance de ce ministère français vis-à-vis de Microsoft.

    Regarder l'enquête lundi 19 février 2018, à partir de 22h55

    Philippe SCOFFONI: Réglementation et logiciel libre, compatibles ?

    18 février, 2018 - 20:38

    Peut-on utiliser des logiciels libres dans des domaines contraint par des réglementations et autres obligations légales ? Une question qui a été au cœur des échanges lors de l’apparition de la loi de finance 2016.

    Certains termes de ce texte de loi pouvaient effrayer : inaltérabilité pour ne citer que celui-ci. Cependant ce critère concerne avant tout les données de l’application et pas l’application en elle-même.

    Maintenant que ce texte de loi est en application,  comment répondre aux contraintes de la loi tout en préservant au mieux les libertés fondamentales des utilisateurs ?

    Dans le cadre de cette fameuse loi de finance 2016, en tant que prestataire installant en dernier lieu l’application Dolibarr chez nos clients, c’est à nous que revient le rôle d’attester de la conformité de ce dernier aux critères d’inaltérabilité, de sécurisation, de conservation et d’archivage des données. Au cas où un client attesté venait à réussir à tromper le fisc malgré tout et se faisait prendre, nous serions co-responsable sur le plan pénal et financier de façon illimitée.

    Vous comprendrez tout de suite qu’en tant que patron, cela vous fait quelque peu réfléchir avant de prendre la décision de signer une attestation. Il fallait donc trouver une solution permettant de « brider » les possibilités d’intervention sur le logiciel et la base de données. Avec un logiciel libre en PHP dont le code source est disponible, sans parler de la possibilité d’ajouter des extensions pouvant intervenir sur le comportement et la base de données, l’opération n’est pas aisée.

    Malheureusement, la seule solution « fiable » que nous ayons trouvée est de fermer l’accès au code source et à la base de données (du moins en modification). En gros de faire une « boite noire ». Mais quand on a fait du logiciel libre et de ces valeurs son fer de lance, cela fait un peu mal au ventre….

    Nous allons donc délivrer des attestations, mais uniquement dans certains contexte techniques précis : en hébergement sur notre infrastructure ou dans des machines virtuelles sur site auxquelles le client n’aura pas accès (du moins pas facilement…).

    Pour préserver la possibilité de modifier soi-même Dolibarr, nous proposons un « sas » constitué par un dépôt sur notre instance Gitlab. Le client pourra ainsi proposer des modifications que nous pourrons auditer et décider d’intégrer a son instance Dolibarr de production.  La contrepartie sera hélas le coût, le temps passé à auditer restant facturé. Mais nous saurons rester « light ». L’idée n’est pas de se faire de l’argent facile sur le dos de nos clients. Les différentes possibilités et tarifs associés sont décrits sur le site d’Open-DSI.

    Dans l’immédiat, nous n’avons pas de solution moins contraignante. Une externalisation de l’historique chaîné des transactions a été un moment envisagé, mais cela introduit tout de même des possibilités de « bidouillage » en amont.

    Il n’en reste pas moins vrai que celui qui veut frauder trouvera le moyen. Le tout est qu’il ne puisse pas le faire via le logiciel que nous lui aurons mis à disposition.

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    Article original écrit par Philippe Scoffoni le 18/02/2018. | Lien direct vers cet article

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    Nouvelles April: « Contributopia », Dégoogliser ne suffit pas - Pierre-Yves Gosset

    17 février, 2018 - 17:51


    Titre : « Contributopia », Dégoogliser ne suffit pas.
    Intervenant : Pierre-Yves Gosset
    Lieu : Capitole du Libre - Toulouse
    Date : novembre 2017
    Durée : 1 h 54 min
    Visualiser la conférence
    Diaporama support de la présentation, divers formats.
    Licence de la transcription : Verbatim
    NB : transcription réalisée par nos soins. Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

    Description

    En octobre 2014, l'association Framasoft lançait un pari un peu fou : « Et si on dégooglisait Internet ? ». Ce (modeste) plan de libération du monde visait, en 3 ans à :

    • sensibiliser le public sur la question de la centralisation des données, des atteintes à la vie privée, et des dominations des « GAFAM » (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) ;
    • démontrer que le logiciel libre est une réponse concrète à ces dangers ;
    • essaimer la démarche, afin de créer une résilience, et de faire en sorte que Framasoft ne soit pas le « Google du libre ».

    Trois ans plus tard, l'objectif est atteint :

    • plusieurs centaines de conférences, ateliers, stands, etc auront été tenus par des membres de l'association ;
    • 32 services libres, éthiques, alternatifs et solidaires sont disponibles pour tou⋅te⋅s ;
    • la récente naissance du collectif CHATONS ouvre une potentielle dynamique pour les années à venir.

    En octobre 2017, Framasoft souhaite se lancer dans une nouvelle campagne : « Contributopia ». Ses objectifs :

    • outiller les personnes souhaitant œuvrer à une société plus libre et plus juste ;
    • favoriser les contributions de tous types aux logiciels libres et aux communs, notamment par les moldu⋅e⋅s du code ;
    • faciliter l'accompagnement des publics dans le choix, la prise en main, et l'usage des outils libres.

    Pour cela, une douzaine de projets sont annoncés sur les années à venir visant, chacun à leur manière, à rapprocher les enjeux du libre et des communs de ceux de l'éducation populaire et de l'économie sociale et solidaire. La conférence s'attachera à présenter le bilan de la campagne Dégooglisons, et les raisons qui nous amènent à penser que « dégoogliser ne suffit pas ».

    Transcription

    Bonjour à toutes et à tous. Je m’appelle Pierre-Yves Gosset, je suis directeur et délégué général de l’association Framasoft1 et je vous annonce tout de suite que je ne vais pas vous retenir une heure, je vais sans doute vous retenir un petit peu plus, j’ai 114 ou 115 slides. N’ayez pas peur, il y en a qui vont aller très vite. Du coup, si vous voulez partir parce que vous voulez aller voir une autre conférence, je ne me vexerai pas. Promis.

    L’idée aujourd’hui c’était de vous parler de la feuille de route qu’on vient d’annoncer, qui s’appelle « Contributopia ». Mais pour vous raconter pourquoi est-ce qu’on fait cette feuille de route, comment est-ce qu’on en est arrivés là, je suis obligé de remonter un petit peu dans le temps, voire beaucoup dans le temps.

    Au commencement était Internet, c’était simple, ce n’était pas trop compliqué ; assez vite c’est parti en vrille. Là vous avez une représentation d’un petit bout du réseau Internet. Ça a plutôt bien marché ; les marchands sont arrivés, comme souvent, ce qui n’est pas nécessairement voire pas du tout une difficulté, mais on a quand même eu, du coup, beaucoup d’entreprises qui sont arrivées, ce qui fait qu’aujourd’hui le Web… Ça a intérêt à fonctionner, ah là, là, si mes GIF animés ne fonctionnent pas, je vais être triste et malheureux. Je vais donc hop ! hop ! Je vais passer en un seul écran, parce que sinon ça ne va pas être cool. J’aurais dû vérifier ça avant, évidemment. On fera une petite coupe au montage de la vidéo. Hop ! Je vais lui dire même image sur tous les écrans, on applique. Eh oui, ça présente des choses avant ! Et la magie de Debian fait que, nécessairement, ça devrait fonctionner.

    Donc au commencement était Internet, c’est parti en vrille, les marchands sont arrivés. Et là j’espère qu’on va avoir droit… Ah non ! Je n’ai pas le droit de ne pas avoir mes vidéos de chatons. On va le refaire d'une autre façon. Il y a toujours une solution avec le Libre, des fois elle est juste un peu casse-pieds ! Vous allez voir, on va y arriver.

    Public : Inaudible.

    Pierre-Yves : OK. J’efface donc le dossier « Séminaire aux Bahamas ». Promis ! Voilà, je sens que ça va marcher vu le temps que ça prend à charger. Voilà ! Merci le Libre.

    [Applaudissements]

    Donc voilà un petit peu à quoi me fait penser Internet aujourd’hui. C’est un peu difficile quand même de s’en sortir dans toutes ces publicités, tous ces acteurs qui sont là et qui vous disent qu’il faut réussir à passer. Bon ! La publicité en tant que telle, après tout on pourrait dire « oui, et alors ! En quoi c’est un problème ? »

    Domination technique

    Du coup, dans ce déroulé de « Contributopia », il faut qu’on vous explique un petit peu ce que nous on a appris ces dernières années, c’est qu’un petit nombre d’acteurs exerçait une tripe domination. Pour bien comprendre quelle est cette triple domination, je vais vous demander de lever la main si vous avez un smartphone, iPhone ou Android. OK, 90 %. Qui a une boîte Gmail ? 60 %, peut-être 70 % ; on sent qu’on est dans un truc quand même libriste un petit peu. Je pourrais continuer. Qui a un compte Facebook ? Je savais que ça allait légèrement baisser petit à petit.

    Ce qui est clair c’est donc qu’il y a un petit nombre d’acteurs qui domine Internet aujourd’hui, malheureusement. Là, vous avez une carte tout à fait fictive et tout à fait propriétaire d’une représentation des services de Google. Donc vous avez Google, vous avez Google Groups, Google Agenda, Google Calendar, etc. La personne qui a fait cette carte représentait, en fait, Internet sur six continents, à savoir Google, Apple, Facebook au nord, Microsoft à l’est, Amazon au nord-est et le continent du darknet, des internets digitaux, auto-radicalisés, du porn, etc., qui est bien séparé mais qui existe. C’était une représentation relativement amusante ; le problème c’est que techniquement ces acteurs sont extrêmement puissants. Ça c’est ce qui se passe chaque minute sur Internet : il y a 6 millions de Snapchat qui sont envoyés, 6 millions de « snap » qui sont envoyés par minute. Des millions de photos qui sont échangées sur quelques acteurs uniquement. Donc j’ai fait le choix, j’ai visé Facebook, désolé : chaque jour 1,3 milliard de personnes se connectent sur Facebook. Là ,du coup, les informaticiennes et les informaticiens dans la salle doivent se dire 1,3 milliards ça commence à faire beaucoup de connexions, il faut quand même une sacrée infra. Et un autre chiffre 2000 millions de photos sont mises en ligne tous les jours sur Facebook. Donc là aussi, l’admin sys de Facebook n’est pas tout seul pour gérer ça !

    Évidemment, ces entreprises ont une domination technique qui va bien au-delà aujourd’hui de simples sites web ; notamment, on pourrait parler des voitures connectées, des montres connectées, des frigos connectés ; tout ça, aujourd’hui, fait partie de la domination technique de ces entreprises. Et alors !

    Domination économique

    C’est quelque chose qu’on a beaucoup travaillé ces dernières années. On explique aux gens et souvent ils n’ont pas forcément conscience que les cinq plus grosses capitalisations boursières mondiales, aujourd’hui, sont Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft. Ça n’est plus Walmart qui est le Carrefour américain et un des plus gros employeurs de la planète ; ça n’est pas General Electric ; ça ne sont plus les big pétroliers ; ça ne sont plus les big Pharma. Ce sont vraiment cinq entreprises du numérique qui contrôlent une énorme partie du pognon qui circule aujourd’hui dans les pays, notamment aux États-Unis.

    Je vais commencer par tout en bas, si vous n’arrivez pas à lire. Apple, Microsoft et Google détiennent à elles trois, en gros, un quart du cash des entreprises américaines. Donc là j’ai les chiffres, j’ai repris les chiffres officiels tels que marqués sur Wikipédia, des cinq principales entreprises, des GAFAM, et donc, moi le chiffre que je trouve particulièrement intéressant, c’est la partie capitaux propres. Capitaux propres, pour ceux qui ne font pas d’économie, c’est, en gros, leur trésorerie ; ça veut dire ce qu’elles ont sur leur compte en banque ; ça veut dire ce qu’elles peuvent retirer quand elles vont au distributeur. Concrètement, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que Apple, en 2015, avait 119 milliards de dollars sur son compte en banque. Pour donner une idée, 119 milliards de dollars, c’est à peu près le PIB du Maroc. Mine de rien ça calme un petit peu. J’ai comparé à Carrefour. Ils ont à peu près autant d’employés que le groupe Carrefour : le groupe Carrefour fait 1 milliard de bénéfices, les GAFAM en font 100 milliards.

    Ce qu’on ne sait pas forcément c’est que ces entreprises investissent et quand nous on parle de colonisation d’Internet par les GAFAM, les gens nous disent « colonisation c’est un mot fort, des gens qui sont morts ». Effectivement, c’est un terme qui a une véritable puissance évocatrice, mais ce qui nous nous intéresse c’est la façon dont petit à petit elles grignotent des parts du Web et comment est-ce qu’elles arrivent à s’implémenter dans Internet.

    Ce que vous ne savez peut-être pas c’est que Google est actionnaire de Uber ; ou que Amazon, enfin à travers Jeff Bezos et son fond de capital risque, est actionnaire Airbnb. Donc vous avez peut-être l’impression qu’il y a des milliers et des milliers de boîtes, mais celles que l’on connaît, celles dont vous avez installé les applications sur votre smartphone, elles ont probablement, dans leurs capitaux, des fonds qui appartiennent à Google, Facebook, Amazon ou Microsoft. Il y encore plein de gens que ne savent pas que WhatsApp appartient à 100 % à Facebook. Ils se disent « moi je n’utilise pas Facebook, j’utilise WhatsApp ». Perdu ! Même chose, même combat !

    Vous avez, à droite, la liste des 185 dernières acquisitions et je parle bien des acquisitions à 100 % par Google. Vous allez voir la page Wikipédia, acquisitions de Google, enfin d’Alphabet, c’est assez impressionnant.

    Autre point : 26 milliards 200 millions, c’est le prix qu’a payé Microsoft en échanges d’actions. Ils n’ont même pas été retirer l’argent au distributeur. Ils ont juste échangé une partie de leurs actions contre l’entreprise Linkedin. 26 milliards, encore une fois, c’est un chiffre qui est complètement faramineux et qui prouve bien que même si une entreprise marche bien — concrètement Linkedin marche plutôt bien — c’est quand même un énorme problème de se dire qu’elles peuvent racheter n’importe quelle entreprise sur la planète. Et donc, quand on dit qu’il y a une vraie diversité des acteurs, quand on dit qu’il faut pousser des start-ups, nous ça nous fait un petit peu mal au cœur et pas qu’au cœur parce que, du coup, ça veut dire qu’elles peuvent racheter toute entreprise qui commencerait à bien se porter « ah c’est intéressant, je l’achète, je fais un chèque de 26 milliards de dollars ». Si c’est une start-up avec 10 personnes, vous imaginez bien que les gens vont prendre le milliard ou les deux milliards et partir aux Bahamas avec. Oui, et alors ?

    Domination culturelle

    On en vient à un troisième type de domination qui pour nous est encore plus important et encore plus caché, et sur lequel je vais revenir encore plus dans le détail tout à l’heure, c’est la domination culturelle.

    La domination culturelle, c’est le fait que petit à petit ces entreprises, sans qu’on s’en rende nécessairement compte, et sans qu’elles le fassent avec une visée nécessairement volontaire, consciente – je veux dire il n’y a pas un mec chez Facebook qui se dit tous les soirs « ah ! ah ! Comment est-ce que je vais pouvoir changer les relations entre les gens et redéfinir la définition d’amis ». Ce n’est pas vrai. Ce n’est pas Minux et Cortex non plus, mais il y a quelque part des gens qui sont en train d’influencer la façon dont on interagit avec nos amis. C’est-à-dire que si vous avez des amis qui sont sur Facebook et d’autres qui ne sont pas sur Facebook et que vous vous avez un compte Facebook, vous allez avoir plus tendance à garder des relations avec vos amis qui sont sur Facebook. Ça paraît tout bête dit comme ça, mais ça veut dire qu’ils sont en train d’influencer la façon dont on interagit entre êtres humains. On peut résister à ça, mais franchement, c’est difficile !

    Deuxième chose, ils ont aussi une forte influence sur les aspects design. Donc là j’ai pris des interfaces type Material Design d’Apple ; concrètement, ils sont en train de normaliser la société, la façon dont on interagit avec des objets, la façon dont on fait du design. Donc aujourd’hui, quand vous êtes designer, c’est beaucoup plus simple de dire on va reprendre les codes du Material Design par exemple de Google, ou ceux d’Apple, parce que ce sont des choses que les gens connaissent et comprennent. C’est vrai, sauf qu’on n’a pas qu’une culture sur la planète. Et pourquoi est-ce qu’il faudrait faire à Dakar une application type téléphone mobile de la même façon qu’elle est faite à San Francisco ?

    Troisième chose. Ils influencent notre morale. Vous avez ici un tableau qui est pourtant mondialement connu, qui s’appelle L’Origine du monde de Gustave Courbet, qui ne date pas d’aujourd’hui, Facebook l’a censuré parce que les algorithmes de Facebook ont cru que c’était une photo et donc pour eux, comme ils ne veulent pas de sexe ou de pornographie sur Facebook – c’est leur choix, c’est tout à fait respectable –, mais, du coup, les images sont supprimées. Ça veut dire qu’il y a des erreurs. Ça veut dire que, du coup, inconsciemment, on ne va plus aller mettre des images de ce type sur Facebook, alors que c’est un tableau de maître français, ce n’est pas rien, quand même, Gustave Courbet, et ça veut dire que potentiellement ces entreprises sont en train d’influencer et de diffuser leur morale au niveau planétaire.

    Le problème, comme je le disais avec le tableau de Courbet, c’est que ces entreprises sont situées dans un tout petit territoire du monde ; j’aurais dû refaire un zoom de zoom de zoom, parce que Google, Facebook et Apple sont dans un carré qui fait un petit peu plus d’une centaine de kilomètres sur une centaine kilomètres autour de San Francisco et que Amazon et Microsoft, l’un et l’autre, ont leur siège social qui est situé à Seattle.

    Ça veut dire que ce sont les gens qui sont dans ces deux villes qui décident pour le reste du monde de comment est-ce qu’on va interagir avec nos amis, comment est-ce qu’on va concevoir des interfaces, comment est-ce qu’on va devoir gérer la morale, etc.

    Donc une partie de ce qu’on porte aujourd’hui comme message, c’est de dire que sur cette domination culturelle, Internet par les GAFAM, c’est un petit peu comme le cinéma par Hollywood : il est porteur, il véhicule des valeurs sociales et morales qui sont diffusées sur la planète, sauf que c’est Hollywood puissance 10. Hollywood nous vendait un modèle à l’American way of life avec un mari, une femme, deux enfants, une voiture, voire deux voitures tant qu’à faire parce qu’il fallait faire tourner l’économie américaine, et puis voilà, les congés ; enfin l’image est assez parlante. Et du coup, on est quand même un certain nombre aujourd’hui à penser qu’Internet est en train de véhiculer quelque chose de beaucoup plus fort. Ils sont en train de réussir à faire ce qu’on appelle le village mondial, mais ce sont uniquement cinq entreprises étasuniennes avec des dirigeants qui sont des hommes, blancs, souvent protestants, qui décident petit à petit de comment est-ce qu’on doit diffuser de l’information et quel est le modèle de vie qu’on devrait avoir.

    Vous êtes vraiment un public difficile !

    Capitalisme de surveillance

    Je vais vous parler là d’une autre découverte, enfin quelque chose qui a évolué ces dernières années et nous on essaye de faire de la sensibilisation autour de la notion de capitalisme de surveillance. Capitalisme de surveillance, ça fait un petit peu peur comme mot, mais vous allez voir que je vais dérouler en quoi ça consiste et potentiellement vous allez assez vite comprendre ce que c’est.

    Premier point, capitalisme de surveillance, ce qu’on appelle les dérives publicitaires. Comment est-ce que les GAFAM utilisent la publicité comme un levier, tous les jours, pour nous pister. Là je suis allé sur le site du Parisien il y a quelques semaines ; l’article en Une c’était l’attaque au couteau à Marseille ; 92 traceurs sur le site du Parisien. 92 ! 92 petits logiciels qui vont pister est-ce que je suis déjà venu ; potentiellement ils vont recouper des informations personnelles sur mon âge, mon sexe, est-ce que je reste longtemps sur la page, d’où est-ce que je viens, sur quelle page je vais aller, etc.

    Évidemment, si vous avez un bloqueur de pubs, vous allez me dire « moi je m’en fiche, les traceurs je ne les vois pas ! » Sauf que du coup, potentiellement, si vous mettez un bloqueur de pubs, peut-être que Le Parisien n’aura plus de modèle économique. Nous, personnellement, avoir un modèle économique non éthique on estime que c’est leur problème et que c’est à eux de le régler ; mais aujourd’hui, ils vivent de ça. Donc ils vont vous dire, ils vont essayer de vous culpabiliser en vous mettant des gros panneaux « merci de ne pas activer votre bloqueur de publicité ». Ce qui est quand même assez fou parce que ce n’est pas de la publicité comme quand on ouvre un journal et qu’il ne sait pas qui vous êtes ? On est bien d’accord que ces traceurs vous suivent réellement et précisément.

    Petit point important parce que ça tout le monde ne le sait pas, les petits boutons Facebook, Twitter, etc., qu’on voit tout en bas, même si on a l’impression qu’ils sont sur le site web, en fait, ils sont techniquement liés à Facebook ; ça veut dire que lorsque j’affiche cette page, Facebook, alors que c’est bien le site du Parisien et que, à priori, aux dernières nouvelles, Facebook n’est pas actionnaire du Parisien, Facebook sait que j’ai lu cet article, combien de temps je suis resté, quel était le titre de cet article. Donc petit à petit Facebook acquiert de l’information sur moi.

    Je vais aller assez vite sur cette slide qui est très laide en plus, c’est du fait main. Le principe du capitalisme de surveillance est assez simple, les utilisateurs c’est nous. On génère des données à travers un certain nombre de choses qui génèrent du trafic, pas qui génèrent du trafic, mais petit à petit plus on fait de trafic plus ils peuvent valoriser ces données-là au travers de la publicité. Et il y a un autre point. Évidemment, aujourd’hui, il y a ce qu’on appelle des data brokers, c’est-à-dire des gens qui récupèrent les données, qui en font un traitement, qui les revendent. Ils revendent, en fait, vos profils publicitaires à des annonceurs qui veulent vous vendre une paire de chaussures, une voiture, un voyage aux Bahamas, etc. On est très Bahamas aujourd’hui ! Je reviendrai dessus plus tard. Évidemment, malheureusement, ça ne leur suffit pas.

    J’en viens à la question de la dérive de la surveillance. Là c’est un vieux schéma mais très académique, de 2011, qui regroupe un certain nombre de types de données personnelles qui existent pour un individu. Vous avez les données type universitaire, enfin votre parcours scolaire. Vous avez les nom, prénom, adresse. Vous avez le type d’outils que vous avez chez vous, par exemple un téléphone portable ou pas. Vous avez les données démographiques, l’adresse, l’âge, le sexe, éventuellement la religion, etc. Les relations avec vos amis, votre famille, les communications, les données financières, les données de santé, etc. Je vais revenir sur ce schéma tout à l’heure.

    Évidemment, ces entreprises il faut qu’elles puissent vous tracer sur un maximum de plans pour récolter de l’information. Un outil assez simple qui a été un des premiers qu’elles ont pu mettre en place pour ça, c’est, par exemple, le navigateur. Donc Google Chrome récolte de l’information sur votre navigation et envoie ces informations à Google. Si vous avez un compte Google, c’est encore pire : ils peuvent récolter vraiment vos déplacements, enfin où est-ce que vous vous connectez ; le navigateur peut envoyer ce type d’informations.

    Un des premiers mouchards et des plus importants c’est le téléphone auquel aujourd’hui viennent s’ajouter les montres que ça soit l’Apple Watch ou les montres type Android. Ça ne se développe pas trop pour l’instant en France. Vous avez vu des pubs peut-être pour l’Apple Pay où le papa et sa petite fille passent devant une boulangerie, mais le papa n’a pas de pièces dans sa poche ! C’est trop triste ! Mais heureusement il a son téléphone dans la poche et du coup il peut payer à sa petite fille un croissant, une chocolatine vu qu’on est à Toulouse ! Je ne vais pas dire pain au chocolat ! Merci ! J’ai fait gaffe ! Yes! Achievment unlocked!

    [Applaudissements]

    Donc c’est quelque chose. Aujourd’hui 60 % des paiements à Mac Donald aux États-Unis sont faits par le téléphone, directement. C’est-à-dire il y a une puce NFC comme vous avez probablement une puce NFC dans votre Carte Bleue, qui peut être détruite ou désactivée d’ailleurs, et qui permet, du coup, de payer votre burger directement sans avoir de monnaie sur vous. Évidemment, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que Google va savoir que vous êtes dans tel Mac Donald, que vous avez mangé tel burger, que c’est la quatrième fois que vous venez cette semaine et donc, potentiellement, il va pouvoir vous classer dans certaines catégories.

    Ça va plus loin aussi, puisque, évidemment que ça soit Google ou d’autres sociétés s’intéresse beaucoup à la question de la voiture autonome. La voiture autonome c’est potentiellement bien, il y a aura peut-être moins d’accidents, donc potentiellement des morts en moins ; c’est évidemment une très bonne chose. L’inconvénient c’est que ce n’est pas un nouveau modèle classique. Elles vont vouloir évidemment gagner de l’argent sur la partie logicielle qu’il y a dedans et donc votre voiture vous préviendra probablement en vous disant « tu sais que tu as une réduction sur les carottes à Carrefour dans 500 mètres, est-ce que tu veux qu’on s’arrête ? » C’est complètement intégré dans cette vision-là.

    La question des robots, je la traite ici ; on pourra revenir dessus plus tard. Là vous avez des robots qui ont été développés, au départ, par une boîte qui s’appelle au départ Boston Dynamics. Boston Dynamics a été rachetée par Google. Le problème c’est qu’ils ont fait des vidéos montrant ce sur quoi travaillait Boston Dynamics. Au départ ce sont des robots qui étaient prévus plutôt pour l’armée. Ils continuent d’ailleurs à développer des robots pour l’armée, mais du coup Google, quand il a vu la réaction vis-à-vis de ces robots du grand public a dit : « Il vaut peut-être mieux revendre la boîte sinon on va se faire pourrir la vie. Ça rappelle un peu trop Terminator ». Et donc ça commence à bien marcher : pour ceux qui suivent un peu, le robot qui est en bas, la semaine dernière, a réussi à effectuer un saut périlleux arrière, ce qui est quand même extrêmement compliqué pour un robot, sans se casser la figure.

    Il y a des outils qui sont beaucoup plus pernicieux. Vous avez le Google Wifi. Google Wifi c’est un petit appareil que vous posez chez vous et qui va permettre d’avoir le Wifi, si vous êtes dans une grande maison dans laquelle le Wifi ne passe pas bien, ça marche très bien. Vous posez votre Wifi et c’est Google qui va répercuter. Évidemment, Google récolte des données.

    Vous avez les caméras Nest. Nest est une filiale de Alphabet. Alphabet c’est la maison-mère de Google. Je n’ai pas précisé mais Google, aujourd’hui, n’est qu’une petite boîte qui pèse quand même 500 milliards de dollars, mais qui appartient à une maison-mère qui s’appelle Alphabet qui elle fait de la Recherche et Développement, qui fait de la recherche sur l’ADN, etc. Donc ils ont une filiale à 100 % qui appartient à Alphabet, qui s’appelle Nest et qui permet de filmer en temps réel, par exemple, qui sont les personnes qui rentrent chez vous ; qu’on peut coupler à un thermostat pour que ça monte la température quand vous quittez le boulot ou quand vous avez quitté votre maison : ça marche assez bien. Je trouvais cette photo intéressante parce qu’elle est mise à côté des parfums ! Ça, ce sont les types d’appareils qu’on voit de plus en plus. Vous avez à gauche Amazon Echo ; donc quand vous dites « Alexa, quel est le titre – je ne sais – de musique des années 50 que je préfère, je l’ai oublié, est-ce que tu peux me le jouer ? », ça va aller chercher la bonne musique chez Amazon Play, hop ! et vous la jouer automatiquement.

    Et le Google Home, derrière, fait exactement la même chose. On a déjà vu pas mal de dérives du Google Home qui est sorti il n’y a pourtant pas très longtemps mais qui, en fait, se déclenchait tout seul même quand on ne lui posait pas la question. Là il faut dire « OK Google » ; le Google Home se « réveille » entre guillemets et il est capable de « répondre » entre guillemets à vos questions ou d’activer des choses chez vous. Ça veut dire que cet outil doit écouter en permanence si vous dites « OK Google » ou pas. Je ne dis que les informations sont systématiquement envoyées, mais demain elles pourraient l’être.

    Exemple qui fait un peu flipper, qui est un cas réel, la Barbie qui est capable, évidemment, d’écouter les paroles de l’enfant, de les envoyer à un service en ligne qui va répondre, qui va donner une réponse contextuelle. Du coup, à l’enfant, ça ne va pas répondre « oh oui il fait beau aujourd’hui » systématiquement, ça va donner une réponse contextuelle. Sauf qu’il a été démontré quelques semaines après la sortie de cette Barbie qu’il était possible d’écouter en permanence ce qui se passait dans la chambre et, évidemment, ça fait un peu flipper. Pourquoi est-ce qu’il se passerait des trucs ? Non, tout va bien se passer, c’est normal.

    Le dernier truc que nous on voit arriver, ce sont les Google Glass qui avaient été écartées parce que ça faisait trop flipper les gens à San Francisco, là où les Google Glass avaient d’abord été testées, mais elles sont en train de revenir en mode, c’est la Google Glass Enterprise Edition. Là ce n’est plus du tout la même chose, même si c’est exactement la même chose. Vous êtes chirurgien, ça peut vous afficher de l’info, etc. Et évidemment, c’est un très bon modèle parce que, en passant d’abord par l’entreprise, ça va être finalement le grand public qui va récupérer ça et qui, en plus, va être ravi d’aller payer pour aller choper, pour pouvoir acheter ces nouvelles Google Glass.

    Donc si je reprends ce schéma que je vous montrais tout à l’heure, je vais commencer par les activités : vous avez déjà tout ce qui est votre activité notamment en ligne, donc Chrome, Windows, iOS, les Google Car, etc., tout ça déjà récupère votre activité. Les données académiques, Linkedin ou Google Education les récupèrent. Les comptes Google, à peu près tout, de votre montre, de votre e-mail, etc. ; souvent ce sont eux qui gèrent votre mail. Vos intérêts sont récupérés par Facebook, Google Plus, Amazon. Je vais continuer un peu plus vite. Globalement on a à peu près fait le tour de tous les types de données personnelles qu’ils pouvaient choper. Il en reste à peu près deux mais qui vont assez vite arriver.

    Il y a les données financières. Ils sont tous en train d’essayer de monter des systèmes de banque en ligne. Comme ça ce sera beaucoup plus simple, ils sauront tout ce que vous dépensez, tout ce que vous achetez. Ils vont probablement vous proposer un service de banque 100 % gratuit ; pas bête ! De toutes façons, ils ont 100 milliards de dollars sur le compte en banque, ça ne va pas leur coûter trop cher.

    Les données de santé, ça commence, il y a déjà des projets qui commencent à arriver pour lesquels Google va suivre votre santé. D’ailleurs on a tendance à dire, même Google le dit, quand vous êtes malade, la première personne à le savoir ce n’est pas votre conjoint ou votre conjointe, c’est Google. Parce que si vous avez mal au coude vous dites « mal au coude » et, du coup, Google sait que potentiellement vous avez un problème de santé, donc il va pouvoir stocker cette information et la réutiliser plus tard.

    Et les données gouvernementales, j’ai cru que ça n’arriverait pas, mais si ! C’est en train d’arriver aussi. Je vais en reparler dans une minute, tout à l’heure.

    Donc finalement les GAFAM ont réussi en quelques années à se placer en tant qu’intermédiaires sur la production de données, sur la distribution des données, sur la diffusion des données et sur les contributions puisque c’est nous qui leur fournissons nos propres données et qui les diffusons derrière. Très malin ! Ça pose quand même un certain nombre d’autres problèmes derrière.

    Évidemment, les révélations d’Edward Snowden, en juillet 2013, démontrent une chose dont on se doutait ou qu’on savait dans les milieux activistes et du logiciel libre, mais on n’avait pas de preuves. Ce qu’apporte Edward Snowden c’est, au travers d’un programme de surveillance qui s’appelle PRISM, il démontre qu’il y a une véritable collusion entre des services de renseignement étasuniens essentiellement et des États. Concrètement, il démontre que plutôt que d’aller se casser la tête à aller surveiller chaque personne individuellement comme en France on pouvait le faire, on n’était même pas trop mauvais à ça avec les Renseignements généraux de leur temps, eh bien c’est beaucoup plus simple d’aller taper à neuf portes ; ces neuf portes sont Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, Cisco, Yahoo et il m’en manque toujours une ou deux, c’est un peu comme les sept nains, mais bon, peu importe vous avez compris le principe. Déjà on retrouve les GAFAM dedans.

    Ce que démontre PRISM c’est que, finalement, en allant toquer à la porte de Google on a beaucoup plus d’informations qu’en faisant de la surveillance à l’ancienne auprès des gens.

    Deuxième dérive type démocratique, c’est que ça fait rêver les hommes et femmes politiques. Les gens de pouvoir ont envie d’avoir ce pouvoir qu’ont les GAFAM et, du coup, ils ont une tendance depuis maintenant quelques années à vouloir entourer, mettre des barrières autour des citoyens de façon à suivre au mieux quelles peuvent être leurs activités. L’idée, évidemment, qu’ils vont avoir derrière la tête c’est de dire, et c’est comme ça qu’ils nous le font passer, « oui mais c’est pour mieux lutter contre le terrorisme ». Sauf que, et les militants de La Quadrature du Net vous l’expliqueront beaucoup mieux que moi, on voit bien que ces projets de lois et ces lois ne sont pas là uniquement pour le terrorisme ; elles visent des champs d’application beaucoup plus larges qui peuvent être tout ce qui va porter atteinte aux intérêts majeurs scientifiques et économiques de la France. Sauf que est-ce que, je ne sais pas, le foie gras c’est un intérêt majeur économique ou scientifique de la France ? On peut dire que c’est un intérêt majeur économique et donc il faut défendre le foie gras. Donc quelqu’un qui voudrait promouvoir le foie gras en France et qui viendrait de l’étranger, on pourrait le mettre sous surveillance pour ça.

    Les cas, évidemment, les plus courants que l’on voit, ce sont les surveillances d’activistes. À peine la loi était-elle votée en France que des militants de la COP 21 étaient mis sous surveillance et on a pu les empêcher d’aller militer en leur disant « non vous, vous portez atteinte… », en gros vous foutez le bordel et nous on ne veut pas de bordel en France, donc restez chez vous.

    Je continue sur des dérives démocratiques parce que ne pas payer d’impôts est une dérive démocratique selon moi. Le fait qu’ils payent très, très peu d’impôts et là les Panama Papers, je vous encourage à lire, il y a eu pas mal d’articles sur les Panama Papers. Il y en avait un que je trouvais très intéressant : des journalistes se sont rendus au Conseil d’administration de Facebook qui visait à valider le montant, la capitalisation boursière, comment est-ce qu’ils allaient répartir tout ça, etc. ; ça se passait aux Bahamas, ce n’était pas fait exprès. Et il y avait deux juristes juniors qui étaient là et qui ont été très surpris de voir débarquer des dizaines de journalistes. Il montrait bien que, en fait, Facebook, son principal intérêt c’est de défiscaliser, de payer le moins d’impôts possibles et pour ça, évidemment, il y a des mécanismes assez complexes où l’argent va transiter par l’Irlande qui, elle-même, va reverser de l’argent à une société aux Bahamas qui, elle-même, va le renvoyer en Irlande. Et comme ça, petit à petit, ces entreprises vont payer de moins en moins d’impôts.

    Et c’est un vrai problème démocratique parce que ça veut dire que l’argent qui est fait par Google en France ne contribue pas à améliorer les routes, les écoles et à faciliter la vie des différents citoyennes et citoyens.

    On voit un autre dérive démocratique, c’est la puissance des lobbies. Là, en plus, les chiffres datent un peu, mais ça continue à augmenter doucement mais sûrement. Un des plus gros lobbyistes du numérique c’est Google, avec 16 millions de dollars dépensés, là c’est en 2013 aux États-Unis. Ce sont les chiffres officiels, c’est-à-dire qu’aux États-Unis ils sont relativement transparents sur ces choses-là, c’est l’argent qui a été dépensé pour pousser une loi en allant rencontrer des sénateurs américains, par exemple, et donc ces chiffes-là sont notés et déclarés par Google. Et ça, ça n’est que la partie émergée de l’iceberg. 16 millions de dollars, autant vous dire que le budget de La Quadrature du Net2, 320 000 euros qui sont demandés dans la campagne actuelle, à côté c’est un peu du pipi de chat !

    Leur lobbying à eux dépasse le montant d’entreprises y compris type tabac. Je crois qu’il y a les ventes d’armes qui sont quand même au-dessus aux États-Unis, parce il ne faut pas déconner ! Mais autrement voilà, dans le numérique, clairement, on voit bien qu’ils dépensent de plus en plus d’argent.

    Autre dérive démocratique, je vous présente le site de l’Élysée. Je ne déconne pas, vous pouvez aller sur le site elysee.fr, vous ne voyez peut-être pas parce que c’est trop clair, en haut à droite, vous avez des petits boutons Facebook, Twitter, etc., qui envoient de l’information à Facebook, Twitter, etc. Vous avez juste au-dessus la flèche rouge, là, plus en haut à droite, qui vous dit « en poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies ou autres traceurs pour réaliser des statistiques de visites. » . Ils ne savent pas foutre un Piwik3, un logiciel libre, pour suivre les statistiques du site de l’Élysée ? Ils sont obligés de passer par des sites tiers type Google Analytics ? Franchement ! Pour avoir travaillé un peu dans le milieu, les informaticiens dans le milieu des ministères, etc., ils sont bons quoi ! On leur a dit : « Ce n’est pas grave ! Ne t’embête pas avec ça, utilise donc Google Analytics ! » Et puis ça ne vous a pas échappé, vous ne pouvez pas naviguer sur le site de l’Élysée tant que vous n’avez pas liké la République française, 393 000 amis sur Facebook, ou tant que vous n’avez pas dit « fermer ». C’est le genre de truc ça nous fait vraiment flipper.

    Autre point sur lequel on est aussi en mode YOLO. Un article du Guardian, donc c‘est assez récent, ça fait quelques semaines que c’est officiel, ça faisait longtemps qu’ils en parlaient : Google va gérer tout un quartier de Toronto qui s’appelle Quayside je crois et, du coup, ils vont pouvoir faire un petit peu ce qu’ils veulent. Donc la gestion de la ville, ce qui est au départ politique, politis, la vie de la cité, comment est-ce qu’on vit ensemble, du coup va être déléguée à une entreprise étasunienne ! Vive les Smart Cities ! All your base are belong to us.

    Autre dérive démocratique. Pour bien la comprendre il faut qu’on fasse une petite parenthèse par ce qu’est l’économie de l’attention. Les interfaces et là, du coup, je sais qu’il y en a dans la salle, je m’adresse notamment aux designers et « designeuses », l’économie de l’attention c’est quoi ? C’est concevoir une interface pour capter l’attention de l’utilisateur. Si vous regardez l’interface de Facebook, c’est assez pensé par rapport au bandit manchot, c’est-à-dire vous avez des nouvelles notifications donc vous avez envie de savoir quelles sont ces nouvelles notifications. Vous avez la possibilité — comme dans le bandit manchot on va tirer pour refaire tourner les chiffres —, vous allez slider vers le bas pour remettre à jour les informations : qui m’a envoyé une nouvelle news, etc., alors que ça pourrait s’afficher, techniquement on sait faire pour que ça s’affiche au fur et à mesure. Mais c’est le fait de slider : vous allez avoir une action qui va déclencher du plaisir et donc vous avez votre petite hormone de dopamine qui arrive et qui déclenche du plaisir, exactement comme sur un bandit manchot.

    Ça c’est ce qu’on appelle l’architecture de la persuasion qui a été théorisée il y a des dizaines d’années ; ça fait partie des bases du marketing. L’architecture de la persuasion, vous avez là un magasin quelconque à droite, donc les couleurs, l’éclairage, la disposition des lieux est faite pour que vous alliez… Dans un magasin c’est assez clair, par exemple les produits de base type, je ne sais pas, lait, farine œufs, sont loin, ne sont pas du tout à l’entrée du magasin. Pourquoi ? Parce qu’il faut vous faire traverser tout le magasin ! Donc le principe de l’architecture de la persuasion c’est un petit peu ça. C’est comment est-ce qu’on va capter votre attention, on va travailler votre intérêt, on va essayer de provoquer du désir, que vous en ayez ou pas au départ, mais il faut essayer de le pousser au maximum, le tout pour que vous achetiez.

    Quand c’est un magasin qui reçoit 300 personnes par jour, ça marche, les Tic Tac et les chewing-gums sont près de la caisse, eh bien voilà, de temps en temps vous craquez, vous achetez. Mais quand vous avez 1,3 milliard de personnes qui viennent tous les jours là-dessus, forcément ça a une capacité d’action et une capacité d’influence qui est hyper-vaste.

    Un excellent exemple de ça, c’est le coup des fake news, fake adds, qui est beaucoup en débat en ce moment aux États-Unis. La Russie aurait, je mets du conditionnel, je crois que ce n’est pas encore tranché, aurait acheté pour 100 000 dollars de publicité sur Facebook qui aurait permis de diffuser 3 000 types de publicités différentes, qui ont été extrêmement ciblées. Or, ce que montrent des études très sérieuses, c’est que quand on rajoute de l’information, par exemple sur Facebook, ça influence les gens. Donc la publicité ça marche. Si ça ne marchait pas il n’y aurait pas de publicité. La publicité, qu’on le veuille ou non, on se dit moi je suis plus fort que la pub, mais non ! La publicité ça marche ! Donc le fait de mettre des pubs a pu orienter un certain nombre de votes aux États-Unis sur le vote, notamment de Trump-Clinton. Or ce vote s’est joué quand même à peu près à 100 000 voix. Et donc toute la question c’est est-ce qu'en dépensant 100 000 dollars ce qui est peanuts, vraiment peanuts, est-ce qu'en dépensant 100 000 dollars la Russie n’aurait pas pu influencer l’élection de la première puissance économique mondiale ?

    Je vous ai calmés ! Ça fait peur ! Oui, je sais, je suis spécialiste pour casser l’ambiance !

    L’autre point qui me paraît important, je l’ai appelé « hanounisation », j’aurais pu trouver d’autres acteurs pour moi, du comment est-ce qu’on va travailler le temps de cerveau disponible des gens et comment est-ce qu’on va leur expliquer que tu rentres du boulot, tu es fatigué, ton employeur est un con, parce que ton collègue est chiant. Voilà ! Tu rentres chez toi, tu as juste envie de te poser devant la télé, de regarder Cyril Hanouna, le tout de préférence en ayant des objets que tu auras achetés dans le magasin d’à côté et dont tu n’avais pas spécialement besoin. Et c’est assez important parce qu’en fait on a beaucoup cette image de big brother de 1984 de George Orwell, avec une société qui serait extrêmement de surveillance, oppressive, répressive, et qui nous gérerait par la peur.

    Notre point de vue c’est que ce n’est peut-être pas ça qu’on doit le plus craindre ; ça ne veut pas dire qu’on ne doit pas le craindre, mais ce n’est peut-être pas le principal souci. Aujourd’hui, c’est que les GAFAM ne sont pas des États, même s’ils sont aussi puissants que certains États, voire plus puissants que certains États, mais c’est plutôt qu’ils nous ont sur le divertissement. Et donc là, je vous encourage à lire Le Meilleur des mondes d’Aldous Huxley ; les deux auteurs, en plus, se connaissaient et échangeaient pas mal et qui dit en gros, je vais le résumer très court : « du pain et des jeux ». Quand on a du pain et des jeux, c’est très bien, le peuple ne se soulève plus. Pourquoi est-ce que j’irais me rebeller contre la loi travail alors que je suis fatigué et que, finalement, ce dont me parle BFMTV c’est d’une joggeuse assassinée — ce qui est évidemment catastrophique, je ne dis pas —, mais on est dans quelque chose qui va occuper l’espace médiatique et on ne s’occupe plus, finalement, des questions sociales qui nous posent évidemment souci.

    Et donc le dernier petit tweet d’Emmanuel Macron en réponse à Mélenchon qui machin, tout ça occupe de l’espace, tout ça fait que vous avez l’impression de vous intéresser aux questions politiques, mais, en fait, tout ça n’est que du divertissement, tout ça n’est qu’un écran de fumée pour vous éviter de vous engager.

    Pendant des années on a expliqué est-ce que Google c’est le Terminator ? Je vais un petit peu pitcher quelques films pour ceux qui ne connaîtraient pas bien.

    Terminator on est en 1992, une société californienne qui s’appelle Cyberdyne invente une super puce. Cette super puce permet de faire tourner une intelligence artificielle. Cette intelligence artificielle s’appelle SkyNet. SkyNet est implémentée dans des robots comme ceux que je vous ai montrés tout à l’heure. Au départ les robots sont au service de l’être humain. Et puis évidemment, au bout d’un moment, ça part en vrille ; les robots se disent « c’est chiant quand même de cadrer les êtres humains, autant tous les zigouiller ; ce sera beaucoup plus simple et on pourra vivre heureux et en paix en bons robots que l’on est. » Évidemment Google n’est pas SkyNet, mais par contre, ce qui est intéressant, c’est que Google a le potentiel pour devenir SkyNet ou pour créer SkyNet. Ce ne sera pas en 2028, enfin je n’espère pas, la singularité n’est pas pour demain.

    Autre pitch de film, Bienvenue à Gattaca, qui parle de l’eugénisme. Donc là aussi, c’est assez peu su, il y a une filiale à 100 % de Google qui s’appelle Calico, Californian Life Company ; Calico, son boulot, c’est d’essayer de tuer la mort. Ils ont une filiale transhumaniste dans Google. Le transhumanisme c’est une vision qui dit que la biologie limite l’être humain et qu’il faut améliorer l’être humain parce qu’on est limité et qu’on ne vivra jamais plus de 150 ans ; donc il faut faire appel à la technologie pour vivre mieux, pour vivre plus longtemps, etc., ce qui est un point de vue. J’essaye de ne pas avoir de jugement. Enfin j’ai un point sur le transhumanisme que vous pouvez sentir en creux, j’imagine, dans mon discours, mais c’est quand même assez catastrophique et donc ils travaillent. Google est un des principaux investisseurs sur les questions de l’ADN, enfin Alphabet est un des principaux investisseurs sur les questions de l’ADN à travers Calico et sa filiale santé dont j’ai oublié… Pardon ?

    Public : Verily.

    Pierre-Yves : Verily, tout à fait. Verily, merci, avec l’accent ça marche mieux, Verily. Donc ce sont deux filiales de Google qui travaillent sur les questions de l’ADN, de la santé, etc. Donc Bienvenue à Gattaca, le pitch c’est un type qui est né sans avoir subi un tri de ses gènes et souhaite partir dans l’espace, va prendre la place d’un autre type qui lui a été issu d’une sélection extrêmement rigoureuse des gènes donc il est fort, il est beau, il est jeune, c’est Jude Law, que même moi je trouve quand même canon, quoi ! Et du coup voilà, c’est la question de est-ce que, à un moment donné, ces entreprises seraient en capacité de nous proposer de faire le tri dans nos gènes, au départ sur certains gènes, ce qui se pratique déjà aujourd’hui, mais peut-être plus tard sur d’autres gènes et en disant, si on arrivait, si demain vous êtes parent et on vous disait « oui mais là, votre enfant a possiblement 30 % de risques d’avoir d’avoir une malformation cardiaque, est-ce que vous ne voulez pas qu’on choisisse les gènes qui vont bien pour réduire ce risque-là ? » Quel parent ira dire non ? Et tout le principe de Gattaca est basé là-dessus. Je vous encourage à le voir, très bon film, vieux, mais qui marche encore très bien.

    Minority Report, avec Tom Cruise que, par contre, je ne trouve pas beau du tout. Minority Report c’est basé sur le fait de pouvoir détecter des événements avant qu’ils n’arrivent, chose que, potentiellement, peut nous promettre l’intelligence artificielle, de détecter les grands mouvements avant qu’on s’en rende compte. Google, par exemple, a un outil qui s’appelle Google Flu, donc Google c’est, pardon ! C’est la grippe, merci, je ne trouvais plus le nom en français, donc qui permet de détecter : en fait, quand les gens tapent « symptômes de la grippe » dans Google, Google l’enregistre et, à partir de ça, uniquement des recherches sur le mot-clef grippe, va créer une carte qui est presque aussi fidèle que le système qui s’appelle Sentinelles, je crois, chez nous, qui permet de suivre l’évolution de la grippe auprès des médecins, parce que chaque médecin qui détecte un cas de grippe doit le rentrer dans un fichier qui s’appelle Sentinelles. Donc on a ici quelque chose qui est assez intéressant c’est potentiellement, est-ce que la masse des données qu’on fournit aux GAFAM ne permet pas de deviner des événements ou, en tout cas, de les voir venir avant qu’ils n’adviennent ?

    Matrix, je passe. C’est un grand classique. Évidemment c’est est-ce que, du coup, l’intelligence artificielle n’asservirait pas les êtres humains. Dans Matrix, finalement, on a inversé le rôle, ce ne sont plus les machines qui sont au service de l’homme, ce sont les hommes qui sont au service des machines et qui fournissent la bio-électricité nécessaire à faire tourner les machines. Ce n’est pas pour moi, du tout, le meilleur exemple.

    On commence à entrer là dans des exemples qui sont assez probables. Si vous ne l’avez pas vu je vous conseille le film Her, très bon, où un être humain tombe amoureux d’une intelligence artificielle. Et après tout, aujourd’hui on n'en est qu’au tout début. Siri, voilà, il y a des gens qui échangent avec Siri et qui ont l’impression que Siri est leur ami. Peut-être que dans dix ans, dans vingt ans, on pourrait tomber amoureux d’une intelligence artificielle.

    WALL-E. Le pitch de WALL-E-E est assez simple, c’est un peu le rêve d’Elon Musk : dans 700 ans, la Terre est devenue un immense dépotoir, les humains ne peuvent plus y vivre et ils se cassent. En gros, le plan B, c’est on va coloniser Mars, on va coloniser l’espace, de toutes façons la planète Terre on s’en fout. Ce qui est quand même une vision ! Si vous écoutez Elon Musk qui est le PDG de Tesla, de SpaceXe, de The Boring Company et d’autres sociétés, son truc c’est de dire « mais la Terre ça commence un petit peu à sentir mauvais, autant partir coloniser Mars ». Est-ce qu’on ne ferait pas mieux d’investir pour essayer de sauver notre planète plutôt que d’aller essayer de coloniser d’autres planètes. Donc évidemment, dans WALL-E, c’est le petit robot qui est chargé de nettoyer la planète Terre pendant que les humains sont… Évidemment vous repensez à l’« hanounisation » de la société, ils ne pensent à rien !

    Je ne l’ai pas mis là, mais j’aurais dû, il y a une excellente série anglaise qui s’appelle Black Mirror, trois saisons, je vous conseille vraiment de regarder les quatre saisons maintenant, bientôt, et je vous conseille vraiment de la regarder. Chaque épisode décrit une dystopie, c’est-à-dire un tournant négatif possible de la société, notamment vis-à-vis des écrans, et c’est hyper intéressant ; c’est parfois très dur, notamment quand on connaît les questions qui sont derrière ; ça fait un peu flipper tellement ça peut être réaliste.

    Pour moi le film le plus probable, c’est Idiocracy. Idiocracy, le principe est assez simple, on a un type qui dans les années 2000 est mis en hibernation ; il se réveille 500 ans plus tard et c’est la merde ! C’est la merde parce que les humains ont oublié comment prendre soin de leur planète, de leur agriculture, de leur cerveau, de leur culture. Et donc c’est une société, alors là complètement de la débilisation et ça me permet de caser un mot savant qu’on appelle la déprolétarisation. La prolétarisation c’est le fait de se faire enlever ses savoirs ; ce n’est pas le fait d’être pauvre. Être prolétaire ce n’est pas être pauvre, c’est le fait de ne pas avoir suffisamment de savoirs pour pouvoir les exprimer correctement. Ce qui intéressant, c’est comment on peut éviter, comment est-ce qu’on peut déprolétariser les êtres humains de façon à ce qu’on ne devienne pas cette société débile où il y a un type qui est un catcheur qui devient président des États-Unis. Là aussi je vous encourage à le voir, c’est rigolo.

    Donc évidemment, on est mal barrés ! Il est mignon. Oui, je sais je mets du chaton pour vous attendrir, il n’en fallait pas beaucoup. Vous êtes un public facile, en fait. Évidemment on se détend !

    Là je vais parler un petit peu des solutions qu’a mises en place Framasoft et je vais en arriver enfin à « Contributopia ».

    Quand on a vu notamment les révélations d’Edward Snowden, on s’est dit on n’est pas contents, mais on ne savait pas trop quoi faire. Donc on a comparé : Google 90 milliards de chiffre d’affaires, 20 milliards de bénéfices, 72 000 employés. Là je ne prends que Google ; je ne vous refais pas le tableau avec les cinq GAFAM.

    Le dernier chiffre officiel que j’ai trouvé et je vous encourage, éventuellement, à chercher parce que si vous avez l’info ça m’intéresse énormément, c’était 2 millions de serveurs en 2008. J’ai une petite extrapolation, j’arrive à 10 millions en 2017, mais, à mon avis, la courbe est exponentielle, ils doivent avoir plusieurs, aujourd’hui, centaines de millions de serveurs.

    Google est un des principaux constructeurs informatiques aujourd’hui, ils produisent leurs propres machines.

    Framasoft

    Framasof est une association qui se porte plutôt bien, il ne faut pas pleurer, je vous inviterai quand même à faire des dons à la fin, il ne faut pas rigoler !

    317 000 euros de recettes, essentiellement des dons, les 12 % en fait c’est parce qu’on avait des emplois aidés encore en 2016 et que du coup, l’État, quelque part, nous subventionne en aidant ; emplois aidés qui ont disparu, évidemment. 57 000 euros de bénéfice parce que, justement, on est arrivé plutôt à bien gérer notre argent, le vôtre au passage. Huit salariés, 35 membres. Donc petite association et une cinquantaine de serveurs, enfin 29 serveurs physiques qui permettent de gérer une cinquantaine de machines qui, elles-mêmes, hébergent une centaine de sites web différents.

    Pour donner encore une fois une image, 90 milliards c’est le PIB de la Croatie, ça représente 15 000 kilomètres d’autoroutes. Les 317 000 euros de recette de Framasoft représentent un deux-pièces dans Paris 10e ou 51 mètres d’autoroute. Autant vous dire qu’on relie à peine ce bâtiment-là à l’autre ; on ne fait pas 15 0000 bornes.

    On est donc 350 817 fois plus petit que Google. Nous sommes le petit point. Vous êtes ici et on s’est dit on va quand même y aller.

    Octobre 2014 - Dégooglisons Internet

    Donc on a lancé en octobre 2014 une campagne qui s’appelle « Dégooglisons Internet » qui avait trois objectifs :

    • sensibiliser le public aux logiciels libres et aux solutions libres en lui expliquant que c’était une solution ;
    • démontrer en mettant des solutions parce que quand on disait aux gens « n’utilise pas Google Docs, tu peux utiliser un truc ça s’appelle Etherpad et tu vas voir c’est super, c’est trop bien ! — OK comment je fais ? — Tu te loues un serveur dédié et puis tu vas faire dessus « apt-get install nodejs » et puis derrière tu vas taper un « node install Etherpad » et je ne vous cache pas que c’est beaucoup plus compliqué que ça ; ça se saurait si ça marchait de façon aussi simple ! Forcément, dès que j’ai dit « loue-toi un serveur dédié », j’ai déjà perdu 99,99999 % du public auquel on s’adresse ;
    • et la troisième chose c’est qu’on s’était dit il faudra de toutes façons essaimer puisqu’on ne veut pas devenir le Google du Libre. On ne savait pas du tout si ça allait marcher, mais on s’est dit si nous on n’avait plus d’argent, il faut que d’autres puissent prendre le relais.

    Donc très rapidement normalement on passe beaucoup de temps à expliquer ces histoires de sensibilisation, de démonstration. Je vais aller très vite.

    Aujourd’hui on fait environ une centaine d’interventions par an, comme je suis en train de le faire aujourd’hui ici, conférences, ateliers, projections-débats, etc. On a à peu près quasiment une à deux invitations par jour, aujourd’hui, pour participer ; je vous rappelle qu’on est 35 membres donc on ne peut pas répondre à toutes les demandes, on est désolés, mais on espère justement que l’essaimage fonctionnera assez bien pour que vous, même si vous n’êtes pas membre de Framasoft, vous puissiez aller parler et sensibiliser le public à ces questions. Niveau médias on a fait à peu près tout ce qui était possible et imaginable côté presse ; un petit peu côté télé, mais on n’aime pas trop ça parce que, pour nous, ça entretient ce capitalisme de surveillance puisque les chaînes vivent de la publicité.

    On a quand même réussi à faire passer l’idée que les GAFAM étaient potentiellement toxiques. Alors ce n’est pas nous tout seuls, je précise, mais on a participé à faire prendre conscience de ça. Aujourd’hui vous lisez le titre du Monde d’il y a quelques jours sur les Panama Papers, c’était justement sur Facebook et sa défiscalisation. Si vous achetez un Usbek & Rica qui est un magazine trimestriel c’est « Faut-il démanteler Google et comment ? », etc. Donc tous ces gens-là se rendent bien compte de la puissance extrêmement forte de ces acteurs.

    Ici vous avez mon collègue Pouhiou qui était au FOSDEM, donc un événement très technique, mais où, du coup, c’était chouette de pouvoir parler de notre initiative vis-à-vis d’un public qui est non francophone, puisqu’on est très français.

    Ça c’est fait.

    Les résultats de la partie démonstration, c’est fait aussi. On a aujourd’hui 32 alternatives fonctionnelles qui sont des alternatives aux services de Google, Facebook, etc. Fonctionnel ça ne veut pas dire que ça soit à niveau, mais au moins c’est fonctionnel.

    On a entre 200 et 400 000 personnes par mois qui viennent utiliser nos services. Donc là, ce qui est chouette, c’est qu’on a réussi à montrer que le logiciel libre était une solution. Donc du coup, l’image que j’ai ici c’est un calendrier public partagé par une députée française qui s’appelle Paula Forteza, qui est du groupe La République En Marche et qui publie, par exemple son agenda sur un logiciel libre qui s’appelle NextCloud. Ce qui nous fait plaisir particulièrement c’est que le fait de pouvoir rendre cet agenda public c’est une contribution financée par Framasoft, pas pour elle en particulier. C’est qu’on avait quelqu’un, et on a toujours quelqu’un dans l’asso, qu’on avait missionné pour rajouter à NextCoud la possibilité de rendre les agendas publics. Il était stagiaire à l’époque, on l’a fait travailler deux mois sur ce sujet-là. Il a publié le code. Aujourd’hui son code se retrouve dans les dix millions d’installations, enfin pour les dix millions d’utilisateurs minimum identifiés sur NextCloud et Owncloud. Donc ça prouve bien qu’avec un tout petit peu d’argent, en gros 1200-1500 euros, puisque nos stagiaires sont payés malheureusement au tarif stagiaire, c'est intéressant de voir qu’avec très peu d’argent mais quelqu’un de motivé, on peut avoir une réelle influence et un réel changement sur le monde.

    Donc on avait commencé ; voilà le résultat, un petit peu, de nos actions de ces dernières années. On avait identifié une trentaine de services qui étaient issus du capitalisme de surveillance et qui prenaient, exploitaient vos données. Et on a fini, du coup, quasiment de dégoogliser la carte4. À ça on rajoute maintenant Google Slides, bientôt YouTube et Blogger ; c’est fait aussi avec Framasite, et donc on a plutôt réussi.

    Il y a un échec, Gmail. Pendant longtemps les gens nous ont dit : « Ça vient quand Framamail ? » On a expliqué il y a quelques semaines que ça ne viendrait pas. Le coût est trop cher. Si on veut gérer du mail pour 1000 personnes on sait faire, pour 5000 personnes on sait faire, pour 10 000 personnes ça devient casse-pieds, pour 100 000 personnes on ne sait plus faire ! Donc on ne proposera pas d’alternative à Gmail. Et on s’en est assez vite rendu compte et du coup on s’est dit il faut trouver une autre solution. Et cette autre solution ce sont ce qu’on appelle les CHATONS qui veut dire Collectif des Hébergeurs Alternatifs Transparents Ouverts Neutres et Solidaires, merci Henri pour l’acronyme quand même c’est plutôt chouette ! Et ce collectif vise à essayer d’essaimer notre démarche. Or il y avait déjà des CHATONS avant l’heure, des gens qui proposaient des services au public, je pense à Lautre.net qui fait ça depuis très longtemps, à Ouvaton, à sudouest.org, mais l’idée c’est de se regrouper dans un collectif de façon à, en suivant une charte, à la fois une charte technique mais aussi une charte éthique, proposer des services au plus près, un petit sur le principe des AMAP. Vous voyez ce qu’est une AMAP, Association pour le maintien d’une agriculture paysanne où, au lieu de fournir des carottes et des patates, eh bien nous on essaye de favoriser l’émergence notamment d’associations, mais ça peut être des entreprises aussi, qui fournissent du service localement.

    Donc CHATONS est toujours en développement. Ça a un an. Aujourd’hui on a une cinquantaine de structures dans ce collectif et ça augmente à peu près de dix-quinze pour l’instant tous les mois. Donc super ! Parce qu’on est trop forts. Vous noterez la deuxième allusion à Arnold Schwarzenegger, que je ne trouve pas beau d’ailleurs !

    Là j’en viens aux difficultés qu’on a pu identifier.

    « Le Libre a gagné ! »

    Premier problème on va se dire le Libre a gagné. Ça c’est quelque chose qu’on entend aujourd’hui. J’ai cru l’entendre hier « le Libre a gagné ! » Non ! L’open source a gagné. Pour moi c’est faux. Pourquoi ? Vous avez à gauche ce qu’on appelle le logiciel propriétaire ou logiciel privateur qui est constitué de code propriétaire et de ce qu’on appelle des enclosures. Les enclosures sont des barrières que l’on va mettre en place autour de projets pour filtrer qui peut les utiliser, quand, comment, etc. Qui peuvent être des barrières de prix, qui peuvent être des formats qui sont fermés donc qui empêchent l’interopérabilité c’est-à-dire la capacité de deux logiciels de fonctionner ensemble, etc. ; la propriété intellectuelle est un type d’enclosure aussi. Donc vous aviez le logiciel privateur.

    D’un autre côté vous aviez le logiciel libre, donc j’en reviens à ma définition pour ceux qui étaient là hier où je définis le logiciel libre comme étant de l’open source, c’est-à-dire des logiciels avec des qualités techniques, fonctionnelles et autres, et des qualités éthiques et sociales. Et pour nous, évidemment, quand on défend le logiciel libre, on défend normalement les deux, les qualités techniques mais aussi les qualités sociales.

    Or, le capitalisme de surveillance a eu cet effet qu’on n’avait pas forcément anticipé c’est qu’effectivement, le capitalisme de surveillance pour marcher, pour être hyper-réactif parce qu’il faut réagir tout le temps, a beaucoup investi dans l’open source. Aujourd’hui, un des principaux contributeurs à l’open source en termes de lignes de code, c’est Microsoft. Ça fait quand même flipper ! Aujourd’hui React, il me semble, est fait par Facebook ; Angular est fait par Google au départ ; et donc on se retrouve avec des projets qui sont des contributions à l’open source mais qui ne font pas du tout augmenter les valeurs éthiques et sociales. Donc petit à petit, moi j’ai l’impression qu’on voit disparaître ce qu’on appelle le logiciel libre au profit de l’open source qui lui marche bien.

    D’un autre côté vous avez le code propriétaire qui lui voit potentiellement sa base se réduire, mais, par contre, les enclosures qui elles continuent.

    Donc est-ce qu’on a vraiment gagné ? Là je vais citer un pote qui s’appelle Lunar et qui me disait : « Est-ce que si on retrouve du Linux dans un drone qui balance des bombes sur des bébés en Irak, est-ce qu’on a gagné ? » Mais c’est une vraie question parce qu’il y en a qui vont vous dire oui et je peux entendre ce oui ; évidemment je ne suis pas d’accord avec eux ! Moi je ne suis pas devenu militant du logiciel libre pour ça ! Ce qui m’intéressait c’était comment est-ce qu’on peut changer la société ; comment est-ce qu’on peut faire en sorte qu’elle corresponde plus à certains idéaux et non pas qu’on parte sur « il faut du Linux partout ». Non ! Moi ça ne m’arrange pas forcément si on ne fait pas passer un message derrière. Donc le premier problème c’était celui-là.

    « Le Libre, c'est simple, je vais t'expliquer ! »

    Le deuxième problème. Les lumières se rallument, merci. Le deuxième problème c’est qu’on commence à dire en plus « oui, mais le logiciel libre c’est simple, je vais t’expliquer ». Non ! Toujours pas !

    Voici le premier dessin, en gros, que vous trouvez si vous allez sur la page Wikipédia France/logiciel libre5. C’est ce graphique-là. Je ne dis pas qu’il est faux ; il est très juste. Mais merde ! Comment est-ce que vous voulez qu’on envoie des gens sur la page, on leur explique « non mais intéresse-toi à la question du logiciel libre, tu vas voir c’est super ! » et, en fait, ils se retrouvent avec ça ! Je me mets à leur place. On manque totalement d’empathie avec les gens à qui on veut faire découvrir le logiciel libre !

    Pour ceux qui penseraient que sur la version anglaise c’est mieux vous avez ici la page free_licence de Wikipédia. Et puis en plus il n’y a pas de légende, on ne sait pas ce que décrit le vert, ce que décrit le rouge. Vous avez des petits trucs, ces bags, c’est entouré oui parce que ça se rapproche de la BSD [Berkeley Software Distribution]. Non je ne suis pas d’accord ! Super ! Trop bien !

    « Le Libre, c'est pareil ! »

    Troisième problème. On dit : « Oui, mais avec le libre c’est pareil. Ne t’inquiète pas, tu vas voir que c’est aussi bien que le logiciel propriétaire. » Faux ! Voilà une page d’accueil d’un projet, d’un logiciel qui s’appelle Discord qui permet, pour ceux qui connaissent TeamSpeak aussi, c’est un logiciel qui permet, notamment au départ aux gamers de discuter entre eux. Et puis cet outil a été approprié, il y a plein de groupes aujourd’hui sociaux qui montent des projets, y compris très chouettes, qui utilisent Discord. Sauf que Discord n’est pas du tout libre.

    Voilà la page de son équivalent libre, enfin d’une alternative, pas équivalente, mais d’une alternative libre qui s’appelle Mumble. Vous avez un site sur un outil qui s’appelle MediaWiki, qui est un super outil, sauf que c’est dégueulasse, c’est plein de texte. Moi, encore une fois, si j’envoie quelqu’un sur le site Discord et si je l’envoie sur la page Mumble, je m’excuse s’il y a des gens qui travaillent sur Mumble, en plus, vraiment sincèrement, je ne leur en veux pas ! Par contre il faut être conscient de ce que ça peut provoquer comme réaction chez ceux qu’on vise c’est-à-dire des utilisateurs. La personne qui voit ça, elle doit se dire attend c’est quoi la différence entre Windows et Windows x64. Moi je sais, mais l’utilisateur qu’est-ce qu’il en sait ?

    Voilà les deux interfaces des utilisateurs. À gauche Discord, alors qu’on peut trouver bordélique, machin, etc., mais au moins qui est propre, et à droite un bon vieux GTK 3, pour ceux qui voient ce que c’est, de Mumble avec une ergonomie ! Pour tous ceux qui utilisent Mumble au quotidien, en termes d’ergonomie c’est très compliqué. Il faut chercher où est-ce qu’on va aller cliquer pour activer telle ou telle chose et pourtant je pense que les développeurs ont vraiment passé du temps dessus. Et c’est quand même un peu dommage !

    Donc on arrive, voilà, à des problématiques de design de ce type-là. Je ne sais pas qui conçoit ça. Il y en a qui peuvent aimer ! Mais quand même !

    « Les technologues du Web sont libres, alors tout va bien ! »

    Quatrième problème qu’on a identifié, c’est que les technologies du Web sont libres alors tout va bien. Non ! Les technologies du Web sont libres ? Oui pour la plupart. Tout va bien ? Non !

    Ça c’est un article, c’était la couverture d’un magazine très répandu aux États-Unis, qui s’appelle Wired, de 2010, qui disait « le Web mort ». Le Web est mort, pourquoi il disait ça ? Il faut bien faire la différence entre Internet et le Web. Internet est une infrastructure de communication, sur laquelle il peut se passer plein de choses. Le Web est un ensemble de technologies qui permettent d’échanger et d’afficher des informations sur Internet.

    Ici vous avez, et ça a évidemment augmenté depuis, la courbe des utilisateurs qui utilisent des ordinateurs type portables, ordinateurs de bureau et les utilisateurs de mobiles. Pensez notamment aux pays en voie de développement ; aujourd’hui beaucoup de choses passent par le mobile bien plus que par les ordinateurs fixes. Et donc, sur le mobile, on peut afficher des sites web, ce que vous faites probablement tous et toutes régulièrement, mais on peut surtout utiliser des applications. Des applications, quand vous utilisez Messenger, WhatsApp, et., ça n’est pas du Web. C’est Internet, ça utilise Internet, effectivement derrière il faut Internet pour utiliser WhatsApp, mais vous n’avez pas une couche web. Et donc quand nous, développeurs de logiciels libres, on fait des applications web, petit à petit on voit bien que les gens ce qu’ils veulent c’est de l’application mobile ; et on a beaucoup moins de prise sur ces questions-là qu’on voudrait en avoir. Nous on disait : « Le Web c’est la plateforme », sauf que la plateforme est en train de se faire saucissonner, régulièrement, et que, petit à petit, ce sont les applications qui sont en train de gagner. On pourra discuter des questions après.

    « Le Libre, ce sont des millions de contributeur·ices·s ! »

    Le Libre, ce sont des millions de contributeurs et de contributrices. Vous doutiez de ma réponse ! Faux ! Ce sont des millions de consommateurs et de consommatrices, ce qui n’est pas une insulte, ne partez pas, ne me jetez pas des tomates tout de suite, attendez la fin !

    « Le Libre, ce sont des millions de consommateur·ices·s ! »

    Ce sont des gens qui utilisent mais qui, souvent, contribuent peu. On pourra discuter de pourquoi est-ce que ça ne marche pas. Et là, j’ai pris quelques-uns des logiciels libres les plus utilisés par les utilisateurs finaux. Vous avez LibreOffice, VLC, Inskape, Gimp, Thunderbird, Diaspora, Etherpad.

    Un commit c’est une contribution en code. On peut contribuer de plein de façons différentes à un logiciel libre : on peut travailler sur la documentation, on peut faire un logo, on peut accueillir les gens, mais on peut contribuer, évidemment, en termes de code. Et donc une contribution en termes de code ça s’appelle un commit.

    Si je prends les logiciels les plus utilisés, LibreOffice c’est 22 personnes qui ont fait plus de 100 commits ces douze derniers mois. Ça veut dire qu’il y a vraiment 22 personnes qui bossent réellement, mais vraiment je vais dire presque à temps plein, enfin pas à temps plein, malheureusement, mais une grosse partie de leur temps, sur LibreOffice. Il y en a même quelques-uns qui sont payés par une boîte qui s’appelle Collabora et c’est très bien ; heureusement qu’il y a des développeurs qui sont payés sur LibreOffice, mais 22 !

    VLC c’est dix. J’ai eu confirmation de Jean-Baptiste Kempf qui était là hier soir, avec qui on débattait, et qui confirmait que oui, le noyau de VLC c’est une dizaine de contributeurs réguliers.

    Et après, on tombe sur des logiciels que vous connaissez et que vous utilisez probablement et peut-être que vous promouvez à l’extérieur, vous dites : « Tu utilises Photosohop et Illustrator, tu pourrais utiliser Gimp et Inskape. » La vérité c’est qu’on est totalement indigents en termes de contributeurs et de contributrices, en termes de code sur ces logiciels.

    Gimp : six développeurs à plus de 50 commits.

    Thunderbird avec lequel on accède au mail pour des millions et des millions de personnes : six personnes à plus de 50 commits sur les douze derniers mois.

    Diaspora : quatre. En fait ils étaient trois, mais comme on a un membre de Diaspora qui développe sur Diaspora, il était à 49, je me suis dit je vais le mettre dedans – Fla si tu me regardes – voilà. En fait ils sont quatre à plus de 49, mais du coup c’est peanuts. Diaspora est une alternative, enfin ce qui se veut être une alternative, en termes de réseau social, à Facebook et Twitter.

    Etherpad, là du coup, j’ai fait le test hier, mais si vous avez déjà utilisé un pad dans votre vie, levez la main. Pas plus que ça ! Hier on était à plus que ça, là on est à 70, peut-être 80 %. Donc Etherpad c’est le logiciel, par exemple, qui fait tourner Framapad, il n’y a pas de contributeurs à plus de 50 commits. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’aujourd’hui, l’infrastructure sur laquelle nous rédigeons nos documents de façon collaborative en temps réel n’est plus développée. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas des patchs, etc., il y a des contributeurs en termes de code, mais il n’y pas grand-chose.

    Et pour ceux qui se demanderaient « oui mais vous, Framasoft, vous avez des développeurs, ils doivent travailler sur Framadate, Framacalc, Framaform, Framaslide, etc. » Non. Non ! On n’a pas ! Nos développeurs essayent déjà de maintenir l’ensemble des outils existants et ils essayent d’en proposer de nouveaux. Du coup, on a échoué sur le fait de créer des communautés de développeurs et développeuses, évidemment. De plus, l’immense majorité de ces gens sont des bénévoles.

    Le logiciel libre est un « commun ». Il faut en prendre soin.

    Donc on dit que le logiciel libre est un « commun », un bien commun immatériel, sauf qu’on n’en prend pas soin ! Ça pose énormément de soucis et on réfléchit ; j’étais content de voir qu’on est vraiment plusieurs communautés à se poser cette question-là. On réfléchit à comment est-ce qu’on peut prendre soin de ce « commun » parce qu’on est en train de scier la branche sur laquelle on est assis, on ne prend pas soin de notre infrastructure numérique et notamment l’infrastructure numérique libre ; on la laisse à d’autres. Ce qui nous a amenés, quand on a identifié l’ensemble de ces problèmes, à se dire « dégoogliser ne suffit pas, il faut aller plus loin, il faut faire autre chose », parce que proposer des alternatives mais ne pas être fichu de les maintenir et de les développer et de les faire croître vis-à-vis du capitalisme de surveillance, c’est un échec.

    J’en viens à Contributopia. Oui, ça y est ! C’était long, une heure normalement ! Une heure et quart.

    Contributopia

    [Applaudissements]

    Merci. Je vous avais dit que je vous prendrais un petit peu de temps, mais je voulais tout détailler.

    On en vient à Contributopia. Contributopia c’est une feuille de route qu’annonce Framasoft. Une feuille de route c’est bien parce que ça nous permet de faire une pirouette et de dire "si on ne tient pas la feuille de route il ne faudra pas nous jeter des cailloux ! » On va essayer de le faire, c’est un engagement, mais ce n’est pas nécessairement un engagement ferme. Feuille de route de quatre projets sur trois ans.

    Les objectifs généraux de Contributopia sont de répondre aux problèmes, finalement, dont je vous ai parlé.

    • Première chose, premier objectif : proposer des alternatives concrètes, palpables, au capitalisme de surveillance. Je reviendrai dessus un petit peu plus tard.
    • Deuxième chose : essayer de rendre le Libre plus accessible. Éviter de se retrouver avec ce qu’on voit aujourd’hui sur les pages Wikipédia-logiciel libre. Quand bien même, encore une fois, c’est de travailler juste mais ce n’est peut-être pas le plus adapté.
    • Troisième objectif qui est vaste et qui est partagé aujourd’hui par d’autres communautés, notamment La Quadrature du Net avec qui on organise, petit coup de pub, un Fabulous Contribution Camp, la semaine prochaine à Lyon. Du coup ça y est c’est fermé, les inscriptions sont closes. L’idée c’est d’essayer d’identifier un petit peu quels sont les freins et dans ces idées-là il y a évidemment comment est-ce qu’on peut mixer les communautés de codes, de codeurs, codeuses et d’autres communautés ? Ça peut être des designers, des graphistes, des médiateurs, des utilisatrices, etc. Donc à Framasoft aussi, ce qu’on veut essayer de pousser c’est la notion de cheerleading dans la communauté du logiciel libre, donc avoir des gens, des personnes qui vont pouvoir accueillir le public et qui vont pouvoir discuter avec lui.

      Ça veut dire « dire bonjour ». Quand quelqu’un dit : « Je voudrais contribuer à Framaform », il faut lui dire « bonjour », il faut lui dire : « Tu es qui ? Tu veux faire quoi ? Qu’est-ce qui te fais envie ? Qu’est-ce que tu sais faire ? » Et si on n’est pas capable de lui répondre tout de suite peut-être lui répondre plus tard, enfin lui répondre tout de suite qu’on reviendra vers lui ou vers elle plus tard. Et aujourd’hui, c’est quelque chose qu’on fait très peu. Il y a des communautés du logiciel libre qui font ça, mais il y en a assez peu. Un chat bot ? Pourquoi pas ! Pas un chat bot quand même !

    • Quatrième point : promouvoir le Web réellement comme un « commun » et faire pousser cette idée qu’il faut défendre le Web et le promouvoir comme un « commun » qui appartient à toute l’humanité et non pas quelque chose qui peut se faire évacuer sous forme d’applications type WhatsApp, Google Apps, etc.
    • Enfin dernier point : encourager et faciliter la contribution, ce qui est le sujet même de fond de Contributopia : comment est-ce qu’on va contribuer au logiciel libre ? Et surtout, quand je dis pour et par le Libre, pour nous c’est ne pas rester juste à dire, comme on le disait hier, « il faut aller chercher des contributeurs », c’est plutôt leur parler et se mettre aussi à leur service ; et on espère que petit à petit on travaillera d’autant plus avec des gens qui sont potentiellement intéressés par le logiciel libre mais qu’on travaillera pour eux et non pas qu’on ira les chercher en leur disant « ce serait bien si tu développais sur Git ». En gros c’est « tu n’es pas content, tu n’as qu’à le faire toi-même ! » On a même un site qui s’appelle yakafokon.detected.fr, les gens qui viennent nous voir en disant « ce serait bien si ». Aujourd’hui on répond « tu n’as qu’à le faire toi-même ! » Ça n’est plus une réponse acceptable aujourd’hui.

    Donc sur le détail un petit peu de cette feuille de route, je vais aller assez vite parce qu’il commence à se faire tard, sur le détail un petit peu de Contributopia d’abord vous pouvez applaudir David Revoy qui est là, c’est lui qui a fait les dessins.

    [Applaudissements]

    Merci pour lui. Dessins qui sont sous licence Creative Commons, vous pouvez aller les récupérer, les télécharger si vous voulez les réutiliser, les imprimer, etc. Vous devez citer l’auteur. On est ravis, du coup, d’avoir pu financer ce travail-là.

    Au niveau des services, donc première année, c’est une année un petit peu de transition, c’est à la fois finir complètement cette époque Dégooglisons Internet, mais aussi changer la façon dont on propose les services. Pourquoi ? Parce que jusqu’à présent on vous sortait un service, je ne sais pas, par exemple Framapad ou Framadate, et on vous disait :« Eh bien voilà, c’est là, utilisez-le ! » Et vous utilisiez le service du jour au lendemain comme vous utilisez, je ne sais pas, un Doodle ou autre, et vous ne vous posiez pas forcément la question de savoir comment est-ce qu’on peut contribuer à ce service-là.

    On s’est dit que pour vous encourager, pour ne pas dire pour vous forcer, mais pour vous encourager à participer au code, il fallait qu’on sorte les services en version presque alfa, c’est-à-dire pas totalement fonctionnels. Donc vous allez râler et on va perdre des utilisateurs qui pourraient se dire « ça pourrait être vachement mieux », mais on espère déclencher cette envie de vouloir contribuer aux logiciels qu’on va sortir, du coup, sur l’année qui vient.

    Services

    Dans ce qui est déjà sorti vous avez Framasite.

    Framasite est une alternative à Blogger, Tumblr, etc. En gros, c’est comment est-ce qu’on répond à la demande de, je ne sais pas, du boulanger ou de la boulangère du coin qui veut monter un petit site web sans se prendre la tête, qui ne sait pas ce qu’est un serveur, qui ne sait pas ce qu’est un espace mutualisé, qui ne sait pas ce qu’est le FTP, qui ne sait pas ce qu’est SSH, qui ne sait pas ce qu’est WordPress. Aujourd’hui, ces gens-là, soit ils se créent une page Facebook et donc ils vont directement dans l’infrastructure de capitalisme de surveillance ; soit ils vont sur Blogger, Tumblr ; alors Blogger c’est Google, Tumblr c’est Yahoo. Et donc, l’autre sortie c’est aussi du capitalisme de surveillance. On n’a pas, aujourd’hui, réellement d’espace où on peut facilement se créer des sites juste en cliquant. Donc c’est l’objectif de Framasite qui est un service qu’on a sorti il y a un mois et qui va continuer à être amélioré parce qu’aujourd’hui il n’est pas suffisamment grand public. Mais vous voyez on a bien, j’allais dire un shift, un retournement de situation dans la façon dont on propose les différents services.

    Framameet sera une alternative à Meetup, parce que même nous, en tant que développeurs, souvent on reçoit des invitations « est-ce que tu viens au hackathon, à machin, inscris-toi sur Meetup ». Meetup est le pire service de réunion qu’on puisse imaginer ! C’est-à-dire que vous avez 20 personnes qui viennent à votre rendez-vous, vous organisez un événement, elles veulent venir, les gens s’inscrivent, vous ne pouvez pas les contacter en dehors de la plateforme Meetup. Vous ne pouvez discuter avec eux que sur Meetup ; vous ne pouvez pas récupérer leurs adresse mails, vous ne pouvez pas discuter, ce qui est absolument dégueulasse comme méthode et donc, il faut qu’on trouve des solutions pour ça et on va faire, probablement, un logiciel autour de ça.

    Framapétition en alternative à Change.org. Je passe rapidement dessus et Framatube.

    Framatube, on va vous en reparler à partir de mardi, mercredi si tout va bien, parce qu’on va lancer une nouvelle campagne autour de Framatube. L’idée c’est de briser l’hégémonie de YouTube en fonctionnant de la façon suivante. On s’est dit aujourd’hui il n’y a pas de possibilité, quand vous mettez, quand vous voulez mettre une vidéo en ligne, c’est soit vous êtes capable d’héberger votre MédiaGoblin, votre MediaCore ou d’autres logiciels qui permettent de partager de la vidéo ; c’est très bien, mais, du coup, il faut savoir utiliser ce logiciel, il faut le maintenir, etc., c’est compliqué. Et puis, surtout, vous avez votre petit silo de vidéos, mais il ne parle pas à d’autres sites qui hébergent des vidéos.

    Le principe de Framatube c’est d’être basé sur un logiciel libre qui s’appelle PeerTube et dont on vient d’embaucher le développeur. Là aussi, on investit en se disant il faut contribuer. Donc plutôt que d’attendre que le développeur ait fini ce logiciel sur son temps libre, le soir, après avoir couché les enfants, on préfère l’embaucher, le payer pour lui dire « voilà, mets un coup d’accélérateur sur PeerTube », parce que PeeerTube permettra à différentes personnes d’héberger des vidéos, mais avec des sites qui vont être capables de se parler entre eux, ce qu’on appelle la fédération. Ça veut dire que depuis FramaTube vous pourrez voir les vidéos hébergées sur le Médiakit de La Quadrature ; vous pourrez voir les vidéos hébergées par l’April ; vous pourrez voir les vidéos hébergées, pourquoi pas, par la Fédération des motards en colère qui a aussi un chaton et qui pourrait monter son instance PeerTube.

    Donc depuis un point d’entrée, on va pouvoir voir plein d’autres vidéos amies et, inversement, il y aura des gens qui vont monter, probablement, des centres de ressources vidéos, communautaires, par exemple l’Éducation nationale, plutôt que de tout mettre sur un seul serveur, peut avoir plein de petits serveurs qui sont capables de parler entre eux. Il y a d’autres avantages techniques à FramaTube, mais on pourra en discuter dans les questions.

    Essaimage

    Sur le côté essaimage, personnellement je suis à l’origine du collectif CHATONS, pour moi c’est un petit peu un échec. On a monté le collectif, ça marche bien, il y a 50 chatons, mais on n’a pas réussi à animer cette communauté. Donc, quand on dit essaimage c’est à la fois transmettre nos savoir-faire, nos méthodes, etc., mais c’est aussi savoir mettre en place des communautés et de la gestion de communautés de façon efficace et qui ne reposent pas sur Framasoft. Encore une fois, nous on est largement débordés, et ça va être, concrètement, comment est-ce qu’on va faire ? Aujourd’hui, on n’a pas trop d’idées sur comment est-ce qu’on va faire ; personnellement je ne sais pas, mais il faut qu’on arrive à trouver des gens qui vont faire de la gestion de communautés et qui nous permettront, petit à petit, d’avoir de l’essaimage à large échelle.

    Donc premier projet sur lequel on va continuer sur l’essaimage, c’est travailler sur la gestion de communautés de chatons, qui n’est pas un projet de Framasoft. Plutôt c’est un projet de Framasoft, mais ça n’est pas un projet à Framasoft ; c’est un collectif indépendant. Donc il faut continuer à impulser cet essaimage de façon à ce que chaque nouveau chaton puisse trouver de l’information facilement et se créer, se monter, se développer.

    On va travailler, c’est déjà le cas aujourd’hui, sur une distribution qui s’appelle YunoHost. YunoHost6 c’est une distribution en Linux qu’on retrouve dans la Brique Internet7 et qui permet de, très rapidement, déployer son petit cloud à soi, qui peut être donc sur un petit boîtier que vous branchez chez vous, qui peut être dans les nuages. Là aussi on a financé : Framasoft, aujourd’hui, paye une partie du temps d’un des salariés de Framasoft qui, tous les vendredis, fait du packaging d’applications, des applications type Framaform, etc., pour YunoHost. L’idée c’est que début 2018, donc c’est très bientôt, quand vous allez télécharger YunoHost, vous pourrez pousser un bouton pour dire « je veux Framadate ; je veux du Etherpad ; je veux Framaform, etc. » Vous poussez un bouton et le logiciel est automatiquement déployé. L’idée c’est évidemment d’abaisser la barrière à l’entrée parce qu’aujourd’hui, monter un serveur sur lequel vous avez dix outils différents c’est extrêmement complexe et donc on veut faciliter ça.

    Les projets d’internationalisation, je vais aller très vite dessus. Le principe c’est que Framasoft est une association francophone et on a fait le choix, volontaire et assumé, de travailler avant tout en français. Et maintenant, aujourd’hui, l’Europe, enfin les pays européens notamment, s’intéressent à ce qu’on fait. Ils font : « Ouais, mais du coup, si je vais sur le site CHATONS, c’est tout en français, c’est compliqué, etc. ! » C’est vrai. Comme on ne veut pas devenir le Google du Libre et devenir de plus en plus gros, moi je ne veux pas me dire qu’on va accueillir demain des Polonais, des Estoniens, des Anglais, etc., sur les serveurs de Framasoft. On préfère qu’ils le fassent chez eux. La difficulté c’est qu’on travaille évidemment en réseau, les uns avec les autres. On ne veut pas exclure des pays étrangers, je vois les grands yeux qui s’ouvrent, mais du coup, ce qu’on veut partager, c’est notre expérience pour que les gens puissent se réapproprier culturellement, enfin en fonction de leurs contraintes culturelles et de leur histoire, leurs projets. Je discutais avec un Allemand, récemment, qui monte un projet proche de CHATONS en Allemagne et il me disait : « Chez nous le mot CHATONS ça ne marchera pas, même si on traduit en allemand, ça ne fait pas sérieux, etc. — Si tu veux le faire avec un autre nom, etc., il n’y a pas de problème. Monte ton propre collectif, avec des structures allemandes qui veulent travailler là-dessus, on se mettra en réseau et, depuis le site CHATONS, on pourra trouver l’équivalent allemand. Nous ça nous va très bien. »

    Un projet assez ambitieux qui s’appelle Winter of Code dont le principal intérêt aujourd’hui c’est d’avoir comme baseline Winter is coding et ça, quand même, ce n’est pas mal !

    [Applaudissements]

    Et du coup, l’objectif c’est d’avoir un site web sur lequel on pousserait les organisations du Libre, par exemple je ne sais pas Gimp, je vais prendre Gimp, sur lequel il n’y a que des développeurs bénévoles et pour qui c’est compliqué de rajouter des fonctionnalités à Gimp, d’identifier déjà leur organisation proprement ; de dire voila, Gimp c’est un logiciel qui fait ça, ça et ça ; ça existe déjà, mais le décrire proprement et surtout décrire des fiches missions. Ces fiches missions, vous venez dessus et vous pouvez décrire « dans Gimp il y a une difficulté, je ne sais pas, on ne gère pas très bien la couche CMJN [Cyan, Magenta, Jaune et Noir] » ; je vais peut-être me faire jeter des pierres parce que je ne sais pas où en est la couche CMJN de Gimp aujourd’hui ! Pardon ? Il y a un plugin, OK ! Super. Pas de bol, du coup ça n’est plus vrai aujourd’hui. ; il faudrait que je trouve un autre exemple. Mais on décrit un problème que rencontre la communauté Gimp et sur lequel ils n’ont pas nécessairement le temps ou les compétences pour travailler dessus tout de suite. On décrit ça et puis derrière on dit : « Il nous faudrait soit tant d’heures de développement qui seraient payées tant et du coup ça fait tel prix pour développer ça ; soit on a besoin que des étudiants, par exemple en informatique ou en design ou autre, se penchent sur le problème. » Puis on publie cette fiche mission qui reste un certain temps en ligne et, du coup, c’est clair pour par exemple des étudiants qui peuvent venir et se dire « eh bien voilà, moi je suis étudiant en informatique, je vais essayer de m’attaquer à cette mission-là et faire progresser le logiciel libre. » Plutôt que d’aller sur chaque site et d’aller interroger les développeurs, au moins on a quelque chose de clair et d’affiché clairement sur Winter of Code.

    L’autre avantage c’est qu’on peut dire « moi je veux bien contribuer au logiciel libre et je suis prêt à mettre 50 euros, 100 euros, 1000 euros sur cette fonctionnalité-là parce qu’elle me paraît importante ». Framasoft ne prendra pas d’argent, c’est juste une déclaration d’intention et à charge au développeur et à la communauté derrière d’aller re-solliciter les gens.

    C’est quelque chose qui, pour nous, est très important d’essayer, encore une fois, de favoriser la contribution en faisant se rencontrer les différents acteurs du Libre.

    Éducation populaire

    Enfin, et c’est pour nous évidemment l’objectif le plus ambitieux, c’est de continuer et poursuivre notre mission d’éducation populaire mais aussi de faire un peu rêver les gens en leur disant, parce que là j’ai été très anxiogène sur la présentation jusqu’à présent, mais c’est aussi de dire que le numérique ça peut être hyper-positif. Ça permet de faire des choses ensemble. Ça permet de mieux nous rencontrer, de monter des projets, etc. Mais jusqu’à présent on n’est pas très bons — et quand je dis « on » ce sont les communautés du logiciel libre et j’inclus Framasoft dedans — notamment sur les questions de médiation. Ce sont typiquement les problèmes que je vous citais tout à l’heure où on ne sait pas rendre le Libre accessible. Il y a assez peu de formations au logiciel libre et à la question du logiciel libre derrière et, du coup, on tourne un peu en rond parce qu’on est des communautés hyper-techniques. Et faire des actions de médiation, par exemple nous on va aller voir les espaces publics numériques, les bibliothécaires, etc, et leur dire « si vous voulez nous on vous forme à ces questions-là du logiciel libre et c’est vous qui irez parler ensuite à vos publics et vous n’aurez plus besoin de faire appel à Framasoft », ce qui fera qu’on sera beaucoup moins fatigués.

    Et autre partie, autre projet : Git, donc Git c’est notre outil qui nous sert de base en tant qu’outil pour les développeurs, avec Git on peut travailler à 500 sur du code logiciel, c’est super. L’outil est vachement bien foutu, mais il est absolument insupportable, je cherche un mot poli, à utiliser pour quelqu’un qui n’est pas développeur ou développeuse.

    [Applaudissements]

    Merci. Or Git pourrait permettre à des petites assos de rédiger des statuts ensemble. L’objectif de ce projet-là, que Pouhiou appelle le guide pour les moldus, que je trouve très bon, c’est d’éviter, vous savez, le truc avec l’asso ou même l’entreprise qui fait « fichier, statut de l’association relu par Pierre, . doc, ou .odt », et puis on l’envoie à la liste de discussion et puis c’est relu par Pouhiou et puis ah ! trop tard mais ça a été modifié entre temps par David. Du coup c’est trop tard, on a perdu, on ne sait plus qui a fait quelle modification, à quel moment, etc. Le pad n’aide pas vraiment sur des documents un petit peu poussés et ça pose une vraie difficulté.

    Donc rendre Git accessible à tous juste en pétant l’interface et en gardant le moteur derrière mais en faisant une interface pour le grand public, pourrait avoir des effets intéressants : ça peut être pour rédiger des statuts d’associations, pour rédiger une constitution. On peut avoir, du coup, des milliers de personnes qui viennent rédiger une constitution sur Git, sans avoir cette barrière de l’outil complexe.

    Ça on va voir si c’est possible. On voudrait faire des MOOC. Des MOOC ce sont des cours massivement diffusés en ligne, ouverts à tous et à toutes, sur lesquels vous allez pouvoir apprendre par exemple à monter un chaton. Parce qu’un chaton ça n’est pas que de la technique, c’est aussi du juridique : qu’est-ce qui se passe quand on reçoit une requête de police judiciaire disant qu’on héberge une photo, je ne sais pas, d’une kalachnikov, qui est réutilisée sur un site terroriste ; ça nous est déjà arrivé ce type de choses. Quelle est la procédure à suivre ? Comment est-ce qu’on peut faire, etc. ? Quelles sont les bonnes pratiques à avoir ? Donc il y a les questions techniques, il y a les questions juridiques et il y a surtout les questions organisationnelles. Aujourd’hui, dans CHATONS, la principale difficulté que j’ai ce n’est pas qu’il y ait des problèmes techniques pour monter des chatons, c’est que les gens ont beaucoup de mal à se mettre d’accord sur les statuts, sur le modèle économique et des choses comme ça. Nous on a une certain expérience de ce côté-là, on voudrait pouvoir la partager avec d’autres au sein d’un MOOC, donc au sein d’un cours en ligne pour chatons.

    Le dernier projet, probablement le plus ambitieux, et celui sur lequel j’aurais beaucoup de mal à vous donner de l’info aujourd’hui ; il ne commencera probablement pas avant 2020 : c’est une université populaire du Libre, ouverte, accessible et décentralisée. L’objectif ce n’est pas seulement d’accueillir des cours en ligne, donc une université populaire en ligne qui va accueillir des MOOC, mais dont l’objectif un peu caché et que j’annonce trois ans à l’avance, c’est un peu d’aller casser les pattes aux certifications, que ça soit Microsoft ou Éducation nationale. C’est-à-dire essayer de revaloriser les compétences non formelles des gens : je sais réparer une machine à laver ; je sais écrire un bouquin ; je sais, je ne sais pas, changer une ampoule, soyons fous ! Ces compétences pourraient être valorisées, pourraient être connues, pourraient être partagées. Aujourd’hui c’est capté par, je ne sais pas, du Linkedin, ce type de sites ; surtout les gens disent ce qu’ils savent faire, mais aujourd’hui on n’a pas une vision globale et on a du mal à se mettre en relation. Par exemple moi, si je cherchais demain quelqu’un qui est « web designeuse », webdesigner eh bien j’ai du mal à trouver cette personne-là. Du coup, comment est-ce qu’on fait pour se rencontrer ? Comment est-ce qu’on fait pour aller boire une bière ou un café ou un thé ou deux bières ? Donc on a vraiment cette problématique-là.

    Donc UPLOAD [Université Populaire du Libre], même si le projet est très flou pour l’instant, vise un petit peu à répondre à ça

    J’en arrive à ma conclusion puisqu’il est temps, oui il est temps. On rentre dans quelque chose d’un petit peu plus politique, mais vous aurez bien compris que pour nous le logiciel libre c’est politique. Vous avez, d’un côté, ce qu’on va appeler le monde ou le continent de la société de consommation ou de surconsommation basé sur les enclosures, sur le contrôle, sur la marchandisation de tous les secteurs, sur l’intérêt privé, sur l’économie extractive et, notamment, sur la propriété intellectuelle. Et, d’un autre côté, il y a d’autres possibilités. Ce qu’on souhaite c’est explorer, ce qu’on met derrière comme titre c’est la société de contribution, on souhaite explorer cette société de contribution – qui est un terme notamment employé par un philosophe qui s’appelle Bernard Stiegler – qui est une société du « commun », du partage, où on va défendre l’intérêt général et la diversité et qui est une économie, cette fois-ci, plutôt générative et où les licences libres ont complètement leur place.

    Donc l’objectif de Framasoft va être d’outiller cette société de la contribution en proposant un certain nombre d’outils qui permettront aux gens qui ont envie de changer la société de pouvoir le faire avec des outils libres.

    La place de Framasoft, en gros, jusqu’à on va dire 2004, j’aurais même pu mettre plutôt 2012 : on était porte d’entrée du logiciel libre francophone. Il y en avait d’autres ; on était une des portes d’entrée du logiciel libre francophone. On disait aux gens : « Venez voir, le Libre, c’est bien ! » Les gens découvraient au travers de Framasoft puis ils allaient voir d’autres associations, etc. Il y en a qui sont restés, mais il y en avait beaucoup qui repartaient parce que ce n’était pas toujours très bien présenté comme je vous l’ai expliqué.

    Sur 2014-2017, avec Dégooglisons Internet, on a vu, petit à petit, beaucoup de gens de cette société de contribution arriver et nous dire « ah c’est super ce que vous faites, etc. », parce que, disons, on partage des valeurs communes avec ces gens-là. Du coup, ils venaient nous voir, c’était très bien sauf que le Libre n’est toujours pas beaucoup plus adapté à ces personnes-là qu’il y a dix ans, qu’il y a vingt ans ou qu’il y a même trente ans.

    Donc l’objectif, maintenant avec Contributopia, c’est tout comme Framasoft était une des portes d’entrée du logiciel libre, on veut être une porte de sortie et c’est un petit peu ici à Toulouse Capitole du Libre qu’on en profite pour faire cet appel, en disant il faut non plus se dire on va aller chercher des contributeurs et des contributrices, ce n’est pas vrai, il faut que nous on sorte de notre bulle technique pour se mettre au service des projets de la société de contribution. Parce que réinventer pour la cinquantième fois le système de gestion de contenus alternatif à WordPress c’est cool, c’est sympa, on sait le faire, « moi je l’ai fait en React, moi je l’ai fait Python, moi je l’ai fait en Django, en Ruby on Rails », que sais-je, c’est cool sauf que c’est beaucoup d’énergie dépensée qui ne sert pas à grand-chose pour la société.

    Donc nos partis pris c’est d’abord de faire ensemble, avec les utilisateurs et les utilisatrices, ce qui est un énorme pari, parce que ça ne va pas être simple du tout, parce qu’on ne parle pas le même langage. Donc il va falloir qu’on apprenne à se parler, il va falloir qu’on boive des coups ensemble et ça ne va pas être toujours très simple.

    Deuxième point, et ça nous tient beaucoup à cœur, j’en discutais avec Yann qui est un des membres de Framasoft qui disait lui, sa prochaine conf ce sera de faire « Pour les poètes libres » parce que la poésie c’est important dans une société et que, aujourd’hui, c’est quelque chose qui est complètement oublié : comment est-ce qu’on peut faire pour inventer un imaginaire du numérique positif ? Aujourd’hui, cet imaginaire positif, est vendu par Facebook, Google, avec des objets qui sont extrêmement beaux, qui nous vendent du rêve, etc. Aujourd’hui, le Libre, on voit bien qu’il ne vend pas ça. Donc notre problématique ça va être comment est-ce qu’on peut inventer avec des auteurs, des créateurs, des écrivains, des écrivaines, je ne sais pas, qui voudra, participer à inventer un imaginaire du numérique positif.

    Ça je l’ai déjà dit c’est comment est-ce qu’on peut utiliser ceux et celles qui veulent faire des « communs » et qui veulent participer à la société de contribution.

    Autre point : on veut décloisonner le Libre de son ornière technique. C’est violent de dire ça lors d’une conf où il y a quand même beaucoup de libristes, mais on est dans une ornière technique, on tourne en rond ; c’est très bien on creuse ! Encore une fois, l’open source va très bien, mais il faut sortir de cette ornière technique pour développer les valeurs éthiques et sociales et donc politiques du logiciel libre et des valeurs qu’on partage avec d’autres. Et pour ça, pour nous, là encore je vais citer Pouhiou qui disait : « Il ne faut pas dire convergence des luttes, ça peut faire peur ; on va dire convergence des buts » ; donc la convergence des buts ça peut se faire avec, par exemple, le journalisme citoyen, les associations, les ONG, les mouvements écologistes, etc. Il faut qu’on apprenne à parler avec ces gens-là, il faut qu’on discute avec eux. Parce que, selon nous, ce sont eux qui vont être contributeurs et contributrices au logiciel libre. Ça ne va pas être la société de consommation. Toucher plus de monde pour toucher plus de monde n’est plus une bonne idée. Aujourd’hui, il faut plutôt essayer de voir avec qui est-ce qu’on a des valeurs communes pour dire « OK, travaillons ensemble et voyons ce qu’on peut faire pour changer la société ».

    Est-ce qu’on va y arriver ? Non. J’annonce, clairement, en tout cas pas sans vous. Donc c’est un vaste programme Contributopia qui se lance sur trois ans. Aujourd’hui, il y a des gens qui nous disent : « Ah, c’est trop bien, comment est-ce qu’on contribue ? » Pour l’instant la réponse est : « On ne sait pas trop ! » Ça va venir. On va essayer de travailler ça. Et pour ça, évidemment, on a toujours besoin de fonds, puisque je rappelle que Framasoft c’est basé quasi exclusivement sur des dons de particuliers, donc vos dons, et évidemment, ces sommes-là nous permettent d’embaucher des développeurs pour travailler sur des sujets, mais permettront aussi de travailler justement et de décloisonner, d’organiser des rencontres avec d’autres personnes comme on le fait la semaine prochaine avec La Quadrature du Net, pour rencontrer d’autres personnes et comprendre quels sont les problèmes, pourquoi est-ce que le Libre ne décolle plus alors que l’open source se porte très bien.

    Voilà. J’ai fini. Merci.

    [Applaudissements]

    Organisateur : Merci beaucoup. Effectivement on a pris un tout petit peu de retard, juste 40 minutes, ce qui nous laisse à peu près un quart d’heure de questions avant de laisser la place à la conférence suivante.

    Public : J’ai juste une petite remarque. Je pense que tu as oublié d’expliquer la façon de dupliquer la dernière page. C’est-à-dire si tu veux essaimer, il faut aussi que tu essaimes auprès des chatons. Comment obtenir des dons ?

    Pierre-Yves : Ça commence déjà à être le cas, c’est-à-dire sur la liste de discussion CHATONS, il y a beaucoup de questions sur les modèles économiques. Le truc c’est que nous on n’a pas de parti pris sur les modèles économiques. Par exemple CHATONS est directement inspiré du fonctionnement de la FFDN, la fédération FDN, la Fédération des fournisseurs d’accès associatifs, on a repris leur idée, appliquée cette fois-ci à l’hébergement plutôt qu’à l’accès à Internet. Par contre la FFDN, eux ce sont uniquement des associations. Nous, dans CHATONS, on accepte des entreprises, parce que ça parait difficile de dire qu’il faut que ça soit absolument une association. J’avais cette réflexion hier sur le débat « La place du Libre dans la société », quelqu’un qui disait : « On peut être personnellement éthiquement libre, mais quand on travaille pour son entreprise c’est plus compliqué ». Non ! Tu n’es qu’une seule personne, tu n’es pas schizophrène : si tu es entrepreneur tu peux avoir une éthique et l’avoir dans ta vie privée comme dans ta vie professionnelle. Moi je pense qu’il y a des entrepreneurs du Libre qui sont tout à fait éthiques, comme il y a des entrepreneurs du pas Libre qui sont tout à fait éthiques et à eux de trouver les modèles économiques, etc.

    On va essayer de promouvoir : sur la page de dons, on va probablement ajouter un bouton Liberapay, bientôt, pour expliquer comment est-ce qu’on peut participer, du coup, à un système de dons mensuels sans prélèvement derrière par les banques, en tout cas pas de prélèvement automatique. Peut-être la Ğ1 de Duniter avec des monnaies alternatives. Voilà. On va essayer de mettre ça en place. Ça va prendre du temps, ça n’est pas quelque chose qu’on vous livre tout fait. Donc je suis d’accord avec toi ; je ne sais pas comment est-ce qu’on le fera, mais on essayera de le faire.

    Public : Belle présentation.

    Pierre-Yves : Merci. Un peu longue, mais je vous avais prévenu que ça allait être long.

    Public : Mumble, ça date de 2005, il y a des trucs qui existent comme Riot, c’est une bonne alternative.

    Pierre-Yves : Notamment, tu peux re-citer le nom ?

    Public : Riot sur le protocole Matrix.

    Pierre-Yves : Matrix oui, du coup, ce n’est pas tout à fait, ça fait partie. OK

    Public : La question c’est est-ce qu’il y a déjà un retour ou un bilan sur la campagne de dégooglisation ?

    Pierre-Yves : Le bilan c’est un petit peu ce que je disais tout à l’heure. On a aujourd’hui pas loin de 400 000 utilisateurs qui viennent tous les mois. Le bilan, concrètement, ça marche. Le problème c’est que les gens attendent toujours plus de nous et que nous on est une association comme une AMAP, on ne veut pas grossir ; il n’y a que moi qui ai pris du poids, enfin non, pas le seul, Pouhiou lève la main aussi. Effectivement, on est une association qui ne souhaite pas devenir le Google du Libre. On a évidemment cette problématique-là de dire il faut qu’on essaime et donc le bilan sur la dégooglisation est hyper positif, mais, du coup, tous les regards sont tournés vers nous en disant vous devez nous aider à nous émanciper numériquement. On ne veut pas le faire seuls. Du coup moi j’étais encore content de voir dans la revue stratégique de La Quadrature du Net qu’ils ont intégré dans leurs propositions, dans leur feuille de route, la possibilité de travailler aussi ces questions d’émancipation numérique. Ils le feront de façon complémentaire avec nous, et tant mieux. Et il y a plein d’autres assos qui veulent faire ça aussi.

    Public : Bonjour. Je viens pour une question. Vous avez dit souvent que c’était l’interface graphique qui fait rebuter les gens « du commun » entre guillemets sur tout ce qui est logiciel libre. Pourquoi il y a si peu de partenaires, de partenariats avec tout ce qui est les écoles de design, de graphisme, etc. ?

    Pierre-Yves : Genre on va pouvoir transmettre la réponse du coup à Maiwann qui va parler de ça je pense.

    Public : Pour le coup moi ça m’est arrivé pour ma licence pro où je devais faire un projet. Les profs ne nous proposaient que des projets avec des entreprises privées ; c’est moi qui ai dû aller chercher et faire vraiment la croix et la bannière avec l’entreprise parce que je faisais du logiciel libre, parce qu’ils ne savaient pas du tout faire ça quoi !

    Pierre-Yves : Je suis évidemment complètement d’accord. Si tu veux transmettre le micro, pour l’instant je commence à répondre. Pour moi c’est un problème de langage, de communication. On ne sait pas se parler. Moi j’ai participé à un certains nombre de débats, vous avez pu suivre des fois des choses en ligne, sur ces questions-là et juste on ne parle pas la même langue. Ça ne veut pas dire qu’on n’a pas les mêmes buts, ; on a les mêmes valeurs, on a les mêmes buts, mais juste on ne se parle pas de la même façon. Du coup, tant qu’on sera, j’allais dire presque agressifs dans notre façon de juger nous, développeurs, développeuses, des designers, « designeuses » : ils arrivent, ils se prennent des baffes, ils repartent. Ils ne vont pas rester pour nous faire plaisir. Maiwann si tu veux.

    Maiwann : Pour compléter un peu, je suis assez d’accord avec ce que tu dis, sans surprise. Je trouve que la façon par exemple de Framasoft qui a de communiquer ça rend inclusives les choses, ça donne envie aux personnes qui sont extérieures au monde des devs de venir. Pour être plus précise sur les designers, moi en école de design, on était en recherche de développeurs pour avoir des projets, parce que les profs nous disaient : « Il faut avoir des tas de projets, il faut faire des choses ». On était là en mode « oui, mais on ne connaît pas de devs, on sait rien ! » Quand ensuite, trois ans après, on découvre le monde du Libre et on voit à quel point il y a besoin de designers, on pète un peu un boulon. Et c’est surtout parce qu’on parle d’essaimage, pour le grand public, il faut essaimer aussi dans les écoles de design, parce que nous a une culture de droits d’auteur. On nous apprend, à l’école, qu’en fait si jamais on ne met pas des droits d’auteur sur nos créations, si jamais on ne borne pas bien les choses, ça veut dire qu’on va se faire flouer, qu’on va se faire voler ; et la notion de logiciel libre, de « communs » elle est complètement absente et donc je vous assure que si jamais n’importe qui va dans une école de design en disant « écoutez j’ai 50 projets qui n’attendent que vous pour améliorer leur interface », si vous leur faites une vraie place, il y a 50 personnes qui arrivent de suite !

    Pierre-Yves : Tu auras vu que, du coup, on a un projet pour ça. Pour moi le Winter of Code c’est un petit peu ça ; on a identifié ça et on se dit ce qu’on sait faire ce sont des projets en ligne et bien peut-être qu’à travers du Winter of Code on pourra expliquer ce qu’est Mumble ou d’autres projets et leur dire « voilà, on a des outils, par contre on manque d’aide et travaillons ensemble ». Et non pas « travaillez pour nous », ce qui a longtemps été le discours du Libre vis-à-vis des designers.

    Public : Bonjour. Moi je ne viens pas du tout du monde de l’informatique.

    Pierre-Yves : Moi non plus !

    Public : J’arrive globalement à comprendre tout ce que tu racontes, mais je suis incapable de taper une ligne de code sur Linux. Ce que je trouve marrant, tu vois, c’est que j’ai déjà utilisé des Framadate dans ma vie, il y a quatre-cinq ans, pour telle ou telle asso et tout, et je trouve que c’est génial et que c’est très intéressant. Après je comprends bien ton histoire de vouloir démocratiser ou passer la main ou rendre accessible et que chacun ait ses outils. J’ai été très sensible à tout ce que tu disais pour ne pas dégoûter ceux qui viennent de l’extérieur, mais dans ce monde où, finalement, il y a une énorme demande et une société qui crée cette demande, nous, on vous voit comme des gens qui proposez un service et, de mon point de vue, je ne pourrais pas vous voir autrement quoi !

    Pierre-Yves : Tout change !

    Public : C’est-à-dire que, finalement, que vous soyez une association ou une entreprise, qui faites le job pour 20 ou pour 200 ou pour 20 000 personnes, pour moi, mon contact et mon attente sera un petit peu toujours la même ! Je voulais te dire ça et en même temps remercier pour ce que vous faites.

    Pierre-Yves : Merci. Je l’entends complètement. On en discutait hier avec Jean-Batiste Kempf le président de VidéoLan et fondateur de la société VidéoLab qui aujourd’hui paye des gens pour travailler sur VLC ; il me disait : « Vous devriez vendre du service ». Je l’entends complètement qu’on est perçus comme ça aujourd’hui. Mais nous sommes, nous avons toujours été, une association d’éducation populaire. Nous, notre boulot c’est la sensibilisation. On a fait Dégooglisons Internet parce que personne ne le faisait. Moi je suis économiste, Pouhiou est guide touristique. On n’est pas des informaticiens ; ce n’est pas notre boulot ! À la base c’était juste un pari parce qu’il fallait le faire. Gandi disait : « Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait ». C’est cool, on l’a fait. Tout est libre. Je redis ce que je disais hier soir pendant la table ronde, « entreprises du Libre, prenez les logiciels que nous on a mis en place, etc., installez-les et vendez du service avec une condition de qualité de service qui soit supérieure. » Pour ceux qui utilisent Framacalc dans la salle, vous vous rendez compte que ça plante à peu près 100 fois par jour. Pourquoi ? Parce que Ethercalc qui est le logiciel qui motorise Framacalc a 0,0001 développeur annuel, à l’année, juste on ne s’en sort pas ! Nous on ne peut pas développer de front 32 logiciels et ce n’est pas notre objectif. C’est quelque chose qui est important à comprendre. Nous, notre mission, c’est porte d’entrée, porte de sortie. Pour moi la société de service qui proposerait du service payant, gratuit, peu importe, il y a toutes les compétences, mais il faut qu’elle vienne du milieu du logiciel libre et pas de cette interface qu’est Framasoft. Sinon j’entends complètement ce que tu dis, mais désolé, ça ne sera pas nous.

    Public : Juste pour répondre un peu sur les liens entre le militantisme et puis le logiciel libre, il y a eu une conférence ce matin [« Militantismes et logiciels libres »] d’une personne qui expliquait pas mal de choses là-dessus. Elle s’appelle Malory, je vous invite à la regarder. Sinon j’avais une information : on est en train de créer un chaton toulousain. Le nom n’est pas définitif.

    [Applaudissements]

    Merci. C’est un chaton toulousain. On aimerait le faire en direction des associations et des collectifs, justement, militants. Le nom n’est pas définitif donc ça ne sert à rien que je vous le donne maintenant. Merci.

    Pierre-Yves : Merci Manuelle. Il y a une question tout au fond. J’en ai vu une autre.

    Public : Bonjour. Moi je suis une grande fan de Framasoft comme tu le sais déjà. J’ai une question sur la culture du Libre, au sens de culture comme on parlerait de culture d’entreprise. Moi je viens d’une école de commerce, c’est encore un monde qui n’a rien à voir, et aujourd’hui, ce que je vois, c’est que des produits comme Google, comme Dropbox, certes ce sont d’excellents produits je veux dire en termes d’utilisabilité, mais ils ont aussi bien fonctionné parce qu’ils ont un impact marketing qui est énorme. Et de fait, ce sont des choses que je sais faire, ce sont des choses qu’on m'apprend à faire, mais j’aurais l’impression d’essayer d’imposer une culture très étrangère à la culture de Framasoft si je proposais des idées de cet acabit. Finalement, je me demande si l’avenir de Framasoft ne passe pas aussi par le fait de parler aussi le langage des marketeux — désolée, je sais que c’est un gros mot — et accepter d’utiliser des moyens qui ne sont pas les moyens les plus glorieux du monde pour toucher des publics qu’on n’aurait pas touchés autrement. C’est une vraie question que je me pose.

    Pierre-Yves : Je l’entends complètement. Marketing, on a utilisé, nous, le mot communication. Quand on propose à David Revoy est-ce que tu accepterais, pour nous, de réaliser des dessins comme ceux-ci parce que derrière on identifie que nous, ce qu’on veut toucher, c’est la société de contribution. On n’a pas fait un design à la French Tech, on est allé voir quelqu’un dont on savait, en plus de son côté libriste, – oui tu n’es pas très French Tech David, excuse-moi de te l’apprendre –, du coup, quand on va voir quelqu’un comme David et qu’on lui dit : « Voilà, nous notre problématique c’est ça, qu’est-ce que toi tu pourrais faire ? », ce n’est pas nous qui dessinons ça dans un coin. Donc si vous voulez appeler ça marketing, moi ça ne me pose pas plus de problème, mais pour nous c’est de la communication au sens vaste du terme et du coup c’est d’essayer de faire ça.

    J’ai évidemment cette problématique à cœur de travailler ces aspects communication. On essaye d’y réfléchir et d’en discuter tous ensemble dans Framasoft, mais ce n’est pas toujours simple. Aujourd’hui, clairement, l’argent aide. Désolé, je refais un appel aux dons, mais concrètement, pouvoir payer quelqu’un comme David qui, en plus, nous a fait un bon tarif – merci –, mais du coup pouvoir le payer plutôt que de lui dire « ouais, tu pourrais être sympa nous faire ça ! » Si on vit tous là-dessus ça va être compliqué. Pouvoir dire « on est capables de financer des actions sur de la communication qui est un métier, qui n’est pas le nôtre, eh bien tant mieux ! » Donc j’espère que ça se développera et que ça pourra profiter à tout le monde. C’est pour ça que les dessins aussi sont sous licence libre. Dernière question, il reste une minute.

    Public : Moi j’ai une question sur Framabee que je n’utilise, je suis désolée, que depuis un mois et demi ou deux, depuis que je suis passée sur votre stand à Alternatiba. J’étais très enthousiaste quand je suis partie du stand et je le suis un petit moins aujourd’hui. Je continue à l’utiliser mais là j’avoue que depuis hier ou avant-hier j’ai très envie de retourner chez DuckDuckGo parce que, d’après ce que j’ai compris, c’est plus un portail ; enfin vous faites appel à un certain nombre d’autres moteurs de recherche dont Google pour fournir les informations. Et je pense que le problème des retour d’informations qu’on a, c’est que Google et les autres voient très bien d’où viennent les demandes, que ce ne sont pas des particuliers. Du coup, ce qu’ils vous envoient comme réponses, alors moi je n’ai que de réponses en anglais déjà pour commencer, je parle très bien anglais, mais il y a des fois où je cherche des informations françaises, liées à ce qui se passe en France. Enfin bon bref !

    Pierre-Yves : Qu’est-ce qu’on peut faire contre ça ?

    Public : Qu’est-ce qu’on peut faire contre ça, oui, parce qu’en plus, avant d’avoir une information pertinente, je suis des fois obligée de faire deux pages ou voilà ! C’est un peu rude !

    Pierre-Yves : Un, ne soyez pas désolée ! Vous n’avez pas à être désolée. Vous êtes utilisatrice d’un service, vous n’avez pas à être désolée à dire il ne correspond pas à mon besoin et c’est bien dommage. Deux, Framabee est ce qu’on appelle un métamoteur de recherche. Aujourd’hui, en fait, le problème c’est le coût. C’est comme pour YouTube. Vous voulez monter une infrastructure parallèle ou alternative à YouTube, ça va vous coûter des millions et des millions d’euros parce qu’il faut héberger des serveurs, etc. Ça coûte juste une fortune. Le problème du moteur de recherche c’est le même. Il faut énormément d’argent pour faire un vrai moteur de recherche ; aujourd’hui, je crois qu’il n’y en a que 9 ou 10 sur la planète, qui sont des vrais moteurs de recherche.

    Framabee utilise un logiciel libre qui s’appelle Searx. Searx est un métamoteur c’est-à-dire que vous tapez « chaussures », il va chercher « chaussures » sur Google, sur Yahoo, sur Wikipédia, etc. Il récupère les résultats de façon anonyme pour vous et vous les affiche. Évidemment on est, du coup, dans des résultats qui sont souvent moins pertinents. Concrètement, aujourd’hui, nous on promeut des services typiquement comme DuckDuckGo, effectivement un bon moteur, malheureusement pas libre-libre, il y a des parties libres ou Qwant qui, là aussi, n’est pas libre mais, au moins, qui a des engagements assez forts sur la question de l’exploitation des données personnelles.

    Il y a des possibilités de faire des moteurs de recherche fédérés en pair à pair, c’est possible. Il y a une expérience, par exemple YaCy, ça fonctionne, mais, par contre, c’est encore très expérimental et voilà ! Et tant qu’on n’aura pas de contributeurs et de contributrices pour développer ce type de solutions, comme nous on veut le faire avec Framatube qui, du coup, fonctionnerait en mode pair à pair et où on s’échange de l’information les uns les autres, on n’aura nécessairement pas de réponse sur la question du moteur de recherche. J’en suis à la fois désolé, enfin déso, pas déso ! Pour l’instant ce sont des questions d’investissement donc pas mieux à vous proposer aujourd’hui. Effectivement, si ça ne vous convient pas, il faut essayer autre chose tant qu’on n’a pas de meilleure solution à vous proposer.

    Merci à toutes et à tous.

    [Applaudissements]

    Benoît SIBAUD: LinuxFr.org : seconde quinzaine de janvier et première quinzaine de février 2018

    17 février, 2018 - 16:27

    Huitante neuvième et nonantième épisode dans la communication entre les différents intervenants autour du site LinuxFr.org : l’idée est tenir tout le monde au courant de ce qui est fait par les rédacteurs, les admins, les modérateurs, les codeurs, les membres de l’association, etc.

    L’actu résumée ([*] signifie une modification du sujet du courriel) :

    Statistiques

    Du 16 au 31 janvier 2018 :

    • 1650 commentaires publiés (dont 6 masqués depuis) ;
    • 246 tags posés ;
    • 115 comptes ouverts (dont 4 fermés depuis) ;
    • 53 entrées de forums publiées (dont 1 masquée depuis) ;
    • 22 dépêches publiées ;
    • 18 journaux publiés (dont 0 masqué depuis) ;
    • 6 entrées dans le système de suivi (dont 0 fermée depuis) ;
    • 1 sondage publié ;
    • 1 page wiki publiée (dont 0 masquée depuis).

    Du 1er au 15 février 2018 :

    • 1462 commentaires publiés (dont 2 masqués depuis) ;
    • 238 tags posés ;
    • 78 comptes ouverts (dont 6 fermés depuis) ;
    • 62 entrées de forums publiées (dont 3 masquées depuis) ;
    • 19 dépêches publiées ;
    • 25 journaux publiés (dont 1 masqué depuis) ;
    • 1 entrée dans le système de suivi (dont 0 fermée depuis) ;
    • 1 sondage publié ;
    • 0 page wiki publiée (dont 0 masquée depuis).
    Listes de diffusion (hors pourriel)

    Liste linuxfr-membres@ — [restreint]

    • [membres linuxfr] Plus d'un an de retard de cotisation pour LINUXFR.ORG

    Liste meta@ - [restreint]

    • R.A.S.

    Liste moderateurs@ - [restreint]

    • [Modérateurs] Pull Request #218 : CSS Steelblue
    • [Modérateurs] Fermer mon compte
    • [Modérateurs] message suspect sur linux fr [*]
    • [Modérateurs] PROGRAM RIGHTS FOR FRENCH TV SERIES
    • [Modérateurs] spam
    • [Modérateurs] Précision importante pour votre site Linux concernant l'Artesi

    Liste prizes@ - [restreint]

    • [Prizes] LinuxFr prizes recap du samedi 3 février 2018, 13:05:25 (UTC+0100)
    • [Prizes] LinuxFr prizes recap du samedi 3 février 2018, 13:03:32 (UTC+0100)

    Liste redacteurs@ - [public]

    • R.A.S.

    Liste team@ - [restreint]

    • [team linuxfr] Pull Request #218 : CSS Steelblue
    • [team linuxfr] Message de service
    • [team linuxfr] Célébrez avec nous le printemps et le Libre : organisez un événement dans le cadre du Libre en Fête 2018 (du samedi 3 mars au dimanche 8 avril inclus)

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    • Des idées de dépêches : VLC 3.0, CoreOS et Red Hat
    • Signalement de spam
    • Avis de grand calme sur la tribune de rédaction
    Tribune de modération (résumé)
    • du spam à gérer
    • un modérateur veut rejoindre l'équipe d'adminsys pour bosser sur les serveurs
    • constat : l'espace de rédaction est en difficulté actuellement: manque ou absence des animateurs, empilement de vieilles dépêches. Du ménage a été fait dans les dépêches en rédaction.
    • les urgences du moment : mises à jour côté serveurs d'une part, et bilans financiers de l'association d'autre part
    • peu de réponses reçues pour les prix
    • demande inhabituelle de consulting pour une série TV
    • un problème de cache entre la version publique et l'édition sur une dépêche, non reproduit.
    Commits/pushs de code https://github.com/linuxfrorg/

    Branche before-redesign

    • Fix display of equations on blink
    • Fix for anonymous
    • Fix the redaction page
    • Merge remote-tracking branch 'origin/pr/218' into before-redesign
    • CSS Steelblue
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    Tristan NITOT: Facebook sans boussole morale

    16 février, 2018 - 12:16

    Mise à jour du 19/02/2018 : Le magazine Usbek & Rica me fait l’honneur de reprendre mon article : Facebook, un navire dont le capitaine a perdu sa boussole.

    Je titrais récemment la mauvaise réputation de Facebook, qui vient juste derrière Marlboro quand on demande aux américains de choisir les entreprises qui sont toxiques pour la société. Cette semaine continue dans la même veine, avec Wired qui balance une couverture choc :

    “Réparer Facebook”

    Début janvier, Zuckerberg, qui apparaît abimé sur le photomontage ci-dessus, promettait qu’il choisissait comme objectif personnel pour 2018 de “réparer Facebook”.

    Un mois et demi plus tard, on constate à quel point Facebook ne peut pas être “réparé”, pour la raison toute simple que la notion même d’éthique a toujours été absente de la culture d’entreprise. Le slogan de départ chez Facebook était “move fast and break things”, “aller vite et casser des choses”. Et on le voit à l’œuvre : casser des règles, des lois, des concurrents, et même des gens.

    Mais continuer à piller les gens en misant sur leur besoin de sécurité

    Aujourd’hui encore, on constate deux choses qui sont graves à mon sens, à savoir exploiter le besoin de sécurité des utilisateurs en vue de tirer plus d’eux. Deux exemples récents le prouvent :

    1. Facebook, aux USA, a utilisé le numéro de téléphone que vous pouvez fournir pour sécuriser votre connexion[1] pour vous spammer par SMS. Et si vous répondez, Facebook publie vos réponses sur votre page
    2. Depuis quelque temps, Facebook vous propose — pour être plus en sécurité — d’utiliser gratuitement un service de VPN. Seulement voilà, Facebook est propriétaire de ce service et en profite pour pomper encore plus de données, comme par exemple le temps que vous passez chez les services concurrents (voir aussi en français) ;

    Si Zuckerberg était si impatient de “réparer Facebook”, ne croyez-vous pas qu’il aurait pu mettre fin à ces deux pratiques scandaleuses qui visent à faire levier sur le sentiment d’insécurité des gens pour leur soutirer plus de data et plus d’attention ?

    Pour moi, Facebook est un navire dont le capitaine a perdu sa boussole et son compas. Il affirme à qui veut bien l’entendre qu’il sait où il va, sans savoir où cela se trouve.

    Un manque éthique ancré de longue date : l’affaire de la dopamine

    L’errance morale de Facebook est profondément ancrée dans l’entreprise, la preuve en est dans l’affaire de la dopamine, qui date de 2004.

    La dopamine est un neurotransmetteur qui est émis par le cerveau et provoque du plaisir quand on reçoit des likes, des citations ou des commentaires sur les réseaux sociaux. Sean Parker, ancien président de Facebook en 2004 et 2005, expliquait comment les neurosciences et les pics de dopamine étaient utilisés pour rendre les gens accros à Facebook.

    Expliquer cela au grand public

    J’en ai fait une ou plutôt deux conférences :

    Argent partout, éthique nulle-part

    Voilà, s’il fallait résumer le business de Facebook, on pourrait dire qu’ils se sont inspirés de la bonne vieille économie de l’attention (vous savez, quand le patron de TF1 expliquait qu’il “vendait à Coca Cola du temps de cerveau humain disponible”, en 2004) qui s’est transformée, grâce au numérique, en économie de l’addiction. Rendre les utilisateurs accros pour les gaver de publicité. Prendre leurs textes, leurs photos, leurs vidéos, leurs contacts, leurs données personnelles, filer de la dopamine en échange, pendant qu’on monétise les données avec de la publicité ciblée auprès d’annonceurs parfois douteux (russes ou racistes).

    C’était déjà ça le modèle de Facebook en 2004. Alors retrouver une boussole morale pour “réparer Facebook” ? Bonne chance, Mark…

    Note

    [1] Les spécialistes parlent de 2FA / 2-Factor Authentication.

    Isabelle DUTAILLY: Un planning annuel vite fait bien fait avec Calc et Excel

    14 février, 2018 - 12:04

    Pour la conception de ce planning, les fonctionnalités de remplissage, de mise en forme conditionnelle et les formats de nombre personnalisés sont à l'honneur pour une exploitation optimale des données.

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