Quand les informaticiens se rebiffent - Décryptualité du 20 mai 2019

A racist version of the raised fist

Titre : Décryptualité du 20 mai 2019 - Quand les informaticiens se rebiffent
Intervenant : Nolwenn - Nico - Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 20 mai 2019
Durée : 14 min
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Revue de presse pour la semaine 20 de l'année 2019
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : A racist version of the raised fist - Wikimedia Commons de Williamcasey - Licence Creative Commons Attribution Share Alike
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

L'actualité des GAFAM montre que la main d’œuvre des GAFAM peut parfois faire entendre sa voix pour contester la politique de l'entreprise. Y-aurait-il une éthique spécifique dans le milieu ?

Transcription

Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 20. Salut Manu.

Manu : Salut Nico.

Nico : Salut Nolwenn.

Nolwenn : Salut Luc.

Luc : Sommaire.

Manu : C’est un sommaire un peu embêté avec beaucoup d’articles qui viennent du même site.

Nolwenn : Ce n’est pas grave, on fera de la pub !

Luc : Allons-y.

Nolwenn : La Tribune, « Open source : quand internet révolutionne le partage », par la rédaction.

Manu : Ça parle de partage au niveau philosophique. Un article qui n’est pas trop mal surtout sur un site qui parle surtout d’économie d’habitude. Là ils se sont un peu ouverts pour parler de sujets qui nous intéressent.

Nolwenn : Developpez.com, « Le gouvernement sud-coréen veut migrer vers Linux à la fin du support de Windows 7 », par Michael Guilloux.

Manu : C’est un gros sujet parce qu’il se trouve que le gouvernement sud-coréen était bloqué avec IE6, Internet explorer 6, depuis des années. Notamment si vous êtes Sud-Coréen, vous deviez utiliser Internet Explorer 6, il semblerait, pour remplir vos impôts.

Nolwenn : C’est légal avec la convention de Genève tout ça ?

Manu : La convention de Megève dit que non. On est embêtés. Là en tout cas, ils vont essayer de profiter de la fin du support de Windows 7 pour pousser à d’autres systèmes.

Luc : Il parait qu’il y a avait des Sud-Coréens qui partaient au Nord parce que c’était trop abominable.

Manu : C’était vraiment affreux. On espère que c’est pour de vrai qu’ils vont passer potentiellement à Linux. Il est aussi possible qu’ils nous fassent une sorte de munichoise, c’est-à-dire de dire : « On va passer à un autre système d’exploitation. Faites-nous des rabais pour qu’on reste avec vous ! » On va voir.

Nolwenn : Public Sénat, « Les propositions du Sénat pour adapter la France au changement climatique », par Ariel Guez.

Manu : Le changement climatique et le logiciel libre, oui, il y a un rapport, ça passe par les données libres, l’open data et là il est proposé par les sénateurs que les données qui viennent de Météo-France soient libérées et accessibles à tous les citoyens.

Luc : Eh bée !

Nolwenn : Mais les données n’étaient pas déjà plus ou moins ouvertes ?

Manu : Elles sont accessibles, mais je ne crois pas qu’elles soient accessibles gratuitement. Je pense que ça fait une grosse différence.

Luc : C’est un vieux truc. Depuis des années Météo-France dit : « Filez-nous de la tune parce que ces données ont de la valeur ! » Il y a des gens qui disent : « On vous paye déjà avec les impôts ». Ils disent : « Ce n’est pas suffisant, etc. », donc c’est un truc interminable. Donc si ça bouge, c’est bien.

Nolwenn : Developpez.com.

Manu : Encore !

Nolwenn : « France : quels sont les logiciels libres que l'État recommande en 2019 ? », Olivier Famien.

Manu : Ce n’est pas un nouveau sujet. C’est le SILL [Socle Interministériel de Logiciels Libres].

Luc : C’est la troisième fois qu’on en parle.

Manu : Exactement. Mais bon, ça veut dire que le sujet est important et qu’il continue à être discuté dans les médias. Donc on peut apprécier cela.

Nolwenn : Developpez.com

Manu : Encore !

Luc : Quelle surprise !

Nolwenn : « Pourquoi Linux n'a-t-il pas de succès sur desktop ? Entretien avec Mark Shuttleworth », par Michael Guilloux.

Manu : C’est un sujet à troll. Ce gars, Mark Shuttleworth, est un trolleur même s’il fait aussi Ubuntu, ce qui n’est pas mal. Il se trouve que là il se plaint qu’il y a de la fragmentation, c’est-à-dire qu’il a plein de gens qui font plein de trucs différents, mais que lui-même a largement contribué à cette fragmentation. Il se plaint que tout le monde ne le suive pas. Il veut que tout le monde s’unifie, tout le monde suive la même chose.

Nolwenn : C’est un Ouin-Ouin quoi !

Manu : C’est un classique, c’est un grand classique.

Luc : C’est un classique du : comme j’ai vu que tout le monde était divisé, j’ai créé un projet supplémentaire pour que tout le monde s’unisse derrière moi.

Nolwenn : Nouvelle République, « Poitiers : Loïc Soulas, coworker de Cobalt, spécialiste en open source », un article de la rédaction.

Manu : Ça parle de militantisme au niveau de Poitiers, c’est un peu de là-bas que je viens, donc ça me plaît bien.

Luc : Tout s’explique !

Manu : Effectivement, ils discutent notamment d’un tiers-lieu Cobalt où ils parlent un petit peu de se spécialiser dans le Libre et de monter des choses autour de ça.

Nolwenn : Developpez.com.

Manu : Toujours !

Nolwenn : « L'April se mobilise pour donner la priorité au logiciel libre dans l'éducation », un article de Michael Guilloux.

Manu : Ça reparle du Sénat, parce qu’il est en train d’être discuté des choses qui parlent de l’enseignement et de la priorité au logiciel libre dans le cadre de l’enseignement. L’April se mobilise1 et on essaye de mobiliser plein de gens pour contacter les sénateurs et qu’ils fassent avancer le sujet.

Luc : Donc allez sur le site de l’April pour voir ce que vous pouvez faire. N’importe qui peut intervenir. Si le sujet vous intéresse2, vous pouvez obtenir là-bas des contacts, aller démarcher des gens, faire du bruit, plus on est nombreux mieux c’est.

Le sujet du jour ça ne sera pas l’événement qui a marqué cette journée – on est lundi quand on enregistre : Huawei qui est un constructeur de téléphones chinois a perdu le droit d’utiliser les Google services. On se garde ça sous le coude pour la semaine prochaine, pour laisser décanter un petit peu. Aujourd’hui on va parler d’une révolte.

Manu : La révolte des développeurs.

Luc : Ça ne se voit pas, mais je vais faire toute l’émission avec le poing gauche au-dessus de la tête. Donc la révolte des développeurs.

Manu : Ça comprend plutôt des entreprises, notamment les GAFA, et c’est intéressant. Les GAFA c’est Google, Amazon, Facebook, Apple et on a tendance à rajouter le « M » de Microsoft pour dire GAFAM.

Luc : Oui.

Manu : Donc ce sont les grosses compagnies qui font fonctionner en grande partie Internet. Il se trouve que dans ces grosses compagnies il y a plein d’informaticiens et que, on le voit encore aujourd’hui, encore récemment, ces informaticiens ne se laissent pas juste mener par le bout de nez, ils n’acceptent pas de suivre tels quels tous les ordres qui leur sont transmis.

Nolwenn : Ils ont enfin compris que sans eux personne ne tourne.

Manu : Il y a de ça. Ce sont un petit peu des travailleurs de la mine, mais tellement mieux payés qu’à d’autres époques. Il y a eu des révoltes, on a constaté ça, notamment à Facebook où on se rend compte que les recrutements ont beaucoup baissé et que la désirabilité d’aller travailler à Facebook s’est complètement écroulée.

Nico : Ça a été surtout lié à Cambridge Analytica qui a pété il y a déjà pas loin d’un an je crois.

Manu : Deux ans.

Luc : Deux ans.

Nico : Deux ans. Ça a été un vrai scandale, personne ne s’attendait à ça. Du coup tous les développeurs ont pris conscience de ce à quoi servait leur boulot quotidien : à espionner les gens et que leurs données n’étaient pas contrôlées.

Manu : À influencer.

Nico : Ou à influencer parce que ça a vraiment eu des impacts même au niveau politique. Du coup les développeurs se sont dit c’est quoi ça ? Pourquoi est-ce qu’on bosse dans ces boîtes-là ? Pourquoi est-ce qu’on a fait ces monstres-là ? Autant la direction fait ce qu’elle veut et elle fait tourner son produit comme elle l’entend, mais les développeurs, du coup, disent : « On n’est plus d’accord avec ça et on arrête de bosser pour ces boîtes-là. »

Luc : La direction est aussi très critique puisque je rappelle qu’il y a quand même deux très hauts cadres de Facebook…

Manu : Un des anciens fondateurs aussi.

Luc : Oui, ça c’est venu après. Mais il y a déjà plus d’un an il y a deux cadres, dont un qui était était directeur général, qui ont claqué la porte et qui ont dit : « Facebook est une horreur absolue ; on ne sait pas ce que ça fait au cerveau des gens, on a tout optimisé pour les rendre complètement dépendants au fait de recevoir des like et des choses comme ça. Tout est fait pour qu’ils reviennent le plus souvent possible. »

Manu : Avec des conséquences parfois même sur l’humeur qu’on a dans la journée. Ça peut nous rendre dépressifs.

Luc : Tout à fait. Oui. Très récemment, il y a une semaine ou deux, un des fondateurs de Facebook a dit que Mark Zuckerberg avait trop de pouvoir, qu’il y a fallait éclater Facebook, puisqu’il y a Facebook, mais il y a également d’autres services. Il y a quoi ? Il y a Instagram.

Nico : Il y a Instagram, WhatsApp, et il y a plein d’autres services autour, de publicités ou autres, qu’ils ont rachetés. Allez voir la page Wikipédia, il y a une litanie de boîtes rachetées par Facebook.

Luc : Il dit : « Il est trop gros. Zuckerberg contrôle tout ça et il a trop de pouvoir ».

Manu : Dans les grosses universités américaines, l’Ivy League, la ligue, je ne sais plus que ce c’est, la plante en français, ce sont les gens les plus supposément intelligents. D’habitude à 85 % ils étaient pour aller travailler dans une entreprise comme Facebook et chez Facebook et là c’est descendu jusqu’à 35 % dans certains lieux, donc le recrutement est plus difficile et quand ils vont recruter, ils ne vont pas avoir forcément les gens les plus brillants tout de suite.

Luc : Plus brillants et aussi les plus riches, puisqu'il y a maintenant des affaires de corruption pour rentrer dans les grandes universités américaines.

Manu : Va savoir ! Il y a peut-être un lien !

Luc : Facebook ça a été un festival parce que ces dernières semaines, je crois qu’ils avaient réussi la performance d’avoir deux scandales dans la même journée.

Nico : C’est en permanence. Tous les jours il y a une qui sort, ça a été Cambridge Analytica.

Luc : Mais dans les trucs récents, dans les dernières semaines, ça a été les données de 500 millions de personnes à poil sur Internet.

Nico : Les mots de passe dans la nature, le mot de passe qui était demandé pour accéder à ses comptes mails. C’était une véritable horreur.

Luc : Il y a des trucs où on s’aperçoit qu’ils ont donné les données à n’importe qui et qu’il y a des tas de boîtes qui ont récupéré des tonnes et des tonnes de données de millions, de centaines de millions de personnes, qu’elles les stockent n’importe comment sur Internet et c’est juste n’importe quoi.

Manu : Mais enfin ! Vous êtes méchants. N’oubliez pas : à chaque fois Mark Zuckerberg vient s’excuser. Et ça, franchement, on ne peut pas lui retirer, il s’excuse à chaque fois !

Luc : Tu penses que c’est ça qu’il a dit à Macron quand il est passé ?

Nolwenn : Il s’excuse à chaque fois qu’il n’ait pas les moyens de mettre des billets dans la sécurité. C’est tout !

Luc : Ça coûte moins cher !

Manu : Oui. En fait il s’est excusé. Récemment il y a eu des pages de toutes les excuses qu’il a dû sortir au fur et à mesure des semaines et il semblerait que c’est assez conséquent. Il y a des gens qui ont codé un excusotron pour Mark Zuckerberg parce qu’il est tout le temps en train de dire : « Désolé, on ne le refera plus ! »

Nico : On l’a même vu pour acheter des pleines pages dans les journaux en Angleterre et aux États-Unis pour faire des mea culpa de Facebook : « On ne le refera plus, c’est vrai, on n’était pas bien, on était désolés. »

Manu : « On est désolés. Notre priorité ça va être votre vie privée » et ça il l’avait dit il y a encore un an et patatras ! Régulièrement.

Nolwenn : Mais ça a toujours été leur priorité !

Luc : C’est privé, c’est à eux !

Nolwenn : Voilà !

Manu : Nos vies privatisées, c’est moche ! Donc là, maintenant, les techniciens qui sont au service de cette entreprise, eh bien ils se rebellent, c’est-à-dire par leurs pieds, ils n’utilisent pas leurs pieds pour aller chez Facebook.

Luc : Voilà ! Il y a ceux qui sont éventuellement partis de Facebook, mais il y en a beaucoup dont on ne sait pas où ils vont. C’est-à-dire que s’ils vont bosser pour faire des missiles ou aller bosser, je ne sais pas, pour Monsanto, enfin ils ont été rachetés, ils ne s’appellent plus Monsanto maintenant.

Manu : Non. Ils s’appellent encore Monsanto, mais ils sont sous l’étendard de Bayer.

Luc : Tu peux imaginer qu’ils soient allés faire plein d’autres trucs dégueulasses mais dans une boîte qui a moins de casseroles aux fesses, enfin de marmites maintenant à ce niveau-là.

Nico : Moins visibles en tout cas, moins à la pointe de l’actualité.

Luc : Voilà ! Ouais.

Manu : C’est tout à fait possible.

Luc : Ça ne va pas dire qu’ils se rebellent, ça veut peut-être juste dire que la réputation de Facebook est en berne.

Manu : Tout à fait possible. Mais il y a d’autres contextes qui nous montrent que ça ne fonctionne pas que comme ça, la morale, l’éthique, joue quand même, on le voit chez Google

Nico : C’est un peu un moins visible, ça ne finit pas dans la presse comme en ce moment.

Manu : Pas autant !

Nico : Ou pas autant, mais il y en a beaucoup qui commencent à se poser des questions sur l’usage des technologies faites par Google puisque on les a vu, par exemple, entraîner leurs drones de combat avec des CAPTCHA. Du coup vous appreniez, en fait, aux drones à cibler les personnes sur les territoires de guerre. Ils ont commencé à se poser des questions. Il y a eu aussi Boston Dynamics qui est le gros leur fer de lance de Google.

Luc : Ils ont revendu, ils ne sont plus chez Google.

Manu : En tout cas des robots qui aideraient au combat.

Nico : Des robots de guerre. Il y en a beaucoup qui ont commencé à se poser des questions en disant à Google : « Arrêtez vos conneries, là vous êtes en train de mettre le doigt dans quelque chose qui n’est vraiment pas top. Si vous continuez dans cette direction-là, nous on arrête de bosser pour ça. »

Manu : Sachant qu’il y avait notamment un gros contrat qui était en train d’être ouvert par le département de la Défense américaine, ce sont des milliards, et Google s’était proposé de faire des data centers pour ce département. Les développeurs ont gueulé, ils ont marché et ils ont fait une petite manifestation pour dire : « Non ! Nous on ne veut pas travailler pour le département de la Défense, pour tuer des gens. » Ils ont forcé l’entreprise à reculer sur ce sujet-là. Il y a eu d’autres sujets, tout aussi intéressants, notamment sur le harcèlement au travail, le harcèlement sexuel. Des développeurs se sont plaints du traitement qui avait été fait à certains des cadres, qui avaient été poussé dehors à coups de millions, eh bien ça a fait un scandale interne assez conséquent, ça a fait bouger un petit peu les lignes et aujourd’hui ils ont promis de faire…

Luc : Des gens poussés dehors, c’est-à-dire des hauts cadres qui avaient là encore des marmites aux fesses suite à des comportements de harcèlement et plutôt que de les virer pour harcèlement, pour faute, on leur a dit : « Prends cette liasse de billets et va voir ailleurs si on y est. »

Manu : Voilà. Ce n’est pas très propre, mais ça a fait scandale, ça a fait gueuler. Il y a eu aussi tout un circuit pour essayer de contrôler l’intelligence artificielle qui avait été mise en place chez Google et qui a fait beaucoup jaser en interne. Les développeurs se sont plaints aussi des manques et des blocages qui n’étaient plus en place sur l’intelligence artificielle. Ça va assez loin chaque fois. Chez Google on peut voir qu’il y a une culture d’entreprise qui à l’origine était très libertaire, était très anti-autorité et qui est en train de changer. C’est-à-dire que la direction elle-même est peut-être plus fan, pour faire croître l’entreprise, d’aller suivre des contrats militaires, d’aller suivre des optiques un peu plus dirigistes, mais pas les développeurs.

Luc : Et puis il y a les trucs dont on parlait il y a quelques semaines avec les soupçons d’avoir flingué les concurrents en jouant de leur position dominante pour ça, ce qui n’est pas très éthique non plus. En tout cas, là-dessus, les employés de Google n’ont pas grand-chose à dire, manifestement ça n’a pas l’air de les chagriner plus que ça.

Manu : On est encore au niveau des soupçons.

Nico : Mais Google a quand même aussi changé sa politique de recrutement là-dessus. Avant, effectivement, ils essayaient de recruter les cadors au niveau technique avec des vrais fers de lance et maintenant ils sont plus dans la stratégie commerciale, donc ils cherchent plus des moutons, des gens un peu plus modulables et malléables. Forcément les tests d’entrée ont aussi beaucoup chuté, ce n’est pus du tout les mêmes objectifs visés lors du recrutement. Ça change aussi énormément la donne.

Luc : Tu peux être super fort techniquement, très intelligent et rester une raclure, je veux dire. Il n’y a aucun lien de cause à effet entre être intelligent et…

Nico : Oui. Là ils visent vraiment des personnes capables d’être modelées à la volonté commerciale de l’entreprise et plus des personnes qui allaient porter des projets et de l’éthique.

Manu : Ça se voit peut-être un peu, notamment avec leur moteur de recherche qui, en Chine, est supposé faire de la censure, on ne peut pas chercher ce qu’on veut.

Luc : C’était aussi un des sujets de rébellion.

Manu : Et Google était parti de la Chine à un moment donné, il y a quelques années, notamment sous la pression des développeurs ; ils avaient dit : « Non, on ne veut pas accepter cette censure, donc on sort du pays », mais finalement ils y sont retournés, il n’y a pas très longtemps il me semble. Je ne sais pas à quelque point ils ont accepté de se compromettre avec le gouvernement, mais c’est un marché qui est gigantesque et refuser de rentrer sur des gros marchés, ce n’est pas facile pour les dirigeants.

Luc : Est-ce qu’on pourrait oser prétendre qu’il y aurait une sorte d’esprit éthique chez les informaticiens ? On rappelle ce bouquin écrit il y a quelques qui s’appelait L'Éthique hacker [L'Éthique hacker et l'esprit de l'ère de l'information], qui faisait une sorte de parallèle avec l’éthique protestante de Max Weber. Est-ce que c’est du pur mythe ou quoi ?

Nico : On a surtout l’avantage d’être dans un métier qui est plutôt bien payé. On a des opportunités, donc on peut effectivement plus facilement mettre en avant notre éthique : on sait que si on dit non à un projet, si on se fait virer, on n’aura pas trop de problèmes pour retrouver un boulot derrière. Ça permet d’être plus à l’aise, on n’a pas non plus de problèmes financiers, donc ouvrir notre gueule c’est quand même plus facile que quand on est sur une chaîne, à devoir être payé un SMIC pour vivre et nourrir sa famille.

Manu : Il y a peut-être un autre point à mettre en avant c’est qu’on est très informés. On travaille dans la mer de l’information Internet, on est en contact avec tout ce qui circule aujourd’hui, donc dire qu’on ne fait pas quelque chose parce qu’on n’était pas au courant, c’est plus difficile.

Luc : Oui, mais il y a plein d’informaticiens qui font des avions de chasse, des missiles, des bombes, des trucs comme ça et ça ne les chagrine pas plus que ça.

Manu : Et il en aura probablement encore toujours.

Nolwenn : Les psychopathes ça existe.

Luc : Il y en a plein !

Manu : Ce sera toujours une couche de gris entre le blanc et le noir. À part faire vraiment don de soi-même à 100 %, se sacrifier, sacrifier tout ce qu’on a, on est tous en train de faire des formes de compromis et d’accepter qu’on va aider un peu jusqu’à un certain point et après c’est juste une question de où est-ce qu’on met le curseur.

Nico : Et aussi où est-ce qu’on met le chèque à la fin. Il y en a beaucoup qui peuvent être achetés. C’est vrai que dans les milieux qui sont moins éthiques, on va dire, généralement on est mieux payé. Allez dans le bancaire ou dans l’armée, vous aurez beaucoup plus de salaires à cinq ou six chiffres que si vous êtes développeur dans une petite SS2L [société de services en logiciels libres] du coin.

Manu : On pourrait même dire que l’éthique permet de diminuer les tarifs. Je connais des développeurs et j’en fais partie qui sont capables d’accepter un boulot : s’il est éthique eh bien je veux bien être moins payé que de faire un travail où je ne vais faire que du propriétaire toute la journée et faire du boulot pour des banques ou des choses comme ça. Ça s’est déjà fait pas mal et il y a des gens qui mettaient même ça dans leur contrat de travail.

Luc : OK. Donc une petite poignée de gens qui ont une éthique et effectivement, une situation qui permet d’avoir les moyens de se la payer. Donc les informaticiens ne sont pas des surhommes.

Nolwenn : Ni des sur-femmes.

Luc : Exact. Donc tant mieux. On va essayer de trouver…

Nolwenn : On va essayer de trouver notre sens éthique et notre sens moral !

Luc : Oui. Moi j’en avais quelque part, mais je ne sais pas où je l’ai mis. Je vais essayer de les retrouver d’ici la semaine prochaine. Salut tout le monde.

Manu : Salut. À la semaine prochaine.

Nolwenn : Salut.