Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 6 novembre 2018

Frédéric Couchet

Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 6 novembre 2018 sur radio Cause Commune
Intervenants : Frédéric Couchet - Thierry Bayoud - Paul Kocialkowski - Aurélien Couderc
Lieu : Radio Cause commune
Date : 6 novembre 2018
Durée : 1 h 26 min
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Licence de la transcription : Verbatim
Illustrations : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo radio Cause Commune, avec l'accord de Olivier Grieco
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenants mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

logo cause commune

Transcription

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous. Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site cause-commune.fm. La radio dispose d’un webchat, n’hésitez pas à utiliser votre navigateur web et rendez-vous sur chat.libre-a-toi.org ou sur le site de la radio, vous cliquez sur « chat » et vous nous retrouvez sur le salon dédié à l’émission ; j’y suis présent et certains de nos invités également.
Nous sommes mardi 6 novembre 2018, nous diffusons en direct l’émission mais vous écoutez peut-être un podcast dans le futur.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, délégué général de l’April.
Je vais vous rappeler le site web de l’April, c’est simple, c’est april.org, a, p, r, i, l point org, et vous y trouvez dès maintenant une page consacrée à cette émission avec les liens, les références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission. Si on rajoute des références, la page sera mise à jour après l’émission. Nous vous souhaitons, une excellente écoute.

On va passer maintenant au programme du jour avec trois sujets :

  • nous allons commencer par une courte présentation du dernier hors série Les dossiers du Canard enchaîné qui est consacré à la question de la vie privée ;
  • nous aurons ensuite une présentation de la Semaine des libertés numériques qui a lieu au Bar commun, à Paris, du 21 au 25 novembre 2018
  • et ensuite notre sujet principal sera « téléphonie mobile et libertés », d’ici 15-20 minutes.

J’ai le plaisir d’avoir en studio avec moi Thierry Bayoud, bénévole au Bar commun. Bonjour Thierry.

Thierry Bayoud : Bonjour Frédéric.

Frédéric Couchet : J’ai également Paul Kocialkowski, contributeur à différents projets libres de prise en charge du matériel. Bonjour Paul.

Paul Kocialkowski : Bonjour tout le monde.

Frédéric Couchet : Et Aurélien Couderc, responsable d’équipe informatique et de longue date promoteur et défenseur des libertés informatiques. Bonjour Aurélien.

Aurélien Couderc : Bonjour à tous.

Frédéric Couchet : À la réalisation de l’émission il y a notre ami Olivier Fraysse dit Olive.

Olivier Fraysse : Salut.

Frédéric Couchet : Assisté de Charlotte qui est à ses côtés.
Tout de suite nous allons passer au premier sujet. C’est un petit sujet qui concerne la presse. Le Canard enchaîné consacre son dernier hors-série Les Dossiers du Canard d’octobre 2018 à la question de la vie privée. Les hors-série du Canard c’est trimestriel.
Je vais vous citer la description de ce hors-série pour vous donner envie de le lire :

« Bienvenue dans ce monde merveilleux des GAFAM – Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft – les rois de l’Internet qui chassent vos données personnelles à tout-va et les revendent aux publicitaires et aux entreprises pour leur plus grand profit. Le pire c’est que leur commerce très enrichissant et liberticide se fait avec l’assentiment de chacun d’entre nous. Nos données personnelles, désormais, sont récoltées partout et par tous, dès que l’on utilise un moteur de recherche, un objet connecté, son téléphone — et on y reviendra tout à l’heure bien sûr —, mais aussi sa voiture, sa montre, son compteur électrique.
Les assureurs adorent ces mouchards qui renseignent sur nos petites manies. Ils calculent déjà leurs primes en fonction de notre mode de vie et tous les imitent, de l’Assurance maladie au fisc. Si l’on ajoute à cette traque le goût des autorités pour le fichage et la vidéosurveillance, on comprendra qu’on n’a plus une once d’intimité.
Autant de bonnes raisons de se précipiter sur le nouveau numéro des Dossiers. »

Nouveau numéro des Dossiers qui fait 120 pages, 6 euros, garanti sans pub, avec un certain nombre de sujets qui ont été un peu cités dans la description du hors-série : le fichage à la maternelle, les assurances-vie via les sites de coaching, la santé, les objets connectés, les cartes de fidélité dont on parlait à l’instant hors micro, les GAFAM ou géants du Web, c’est-à-dire ces grandes entreprises du secteur informatique qui font payer leurs services avec nos libertés, la vidéosurveillance, l’intelligence artificielle, l’usage des données personnelles à usage électoral pour influencer les résultats. Et ça finit par une petite histoire de la surveillance avec un rappel, notamment, de l’histoire des plombiers du Canard à l’époque de la présidence Pompidou.

Pourquoi je vous parle aussi de ce hors-série ? Tout simplement parce qu’il y a un article qui nous concerne. Pour les personnes qui écoutent Libre à vous ! ou qui suivent les activités de l’April, vous connaissez notre dossier Open Bar Microsoft/Défense, eh bien j’ai eu le plaisir d’être interviewé par la journaliste Marjolaine Koch, qui est une journaliste freelance et qui travaille pour plusieurs médias. Donc dans l’article intitulé « Microsoft Power », pages 64 et 65, le Canard revient à cette occasion sur l’emprise de Microsoft sur les ministères français, en particulier celui des Armées mais également le ministère de l’Éducation nationale, donc « pantouflage, marchés publics opaques, rapports opposés aux contrats, enjeux de souveraineté et de sécurité », le Canard rappelle sur deux pages l’accumulation de couacs concernant l’Open Bar Microsoft au ministère des Armées.

L’article commence par une citation de la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam dont le nom vous dit peut-être quelque chose, car c’est en effet la Secrétaire de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées au Sénat et qui a déposé, en octobre 2017, une proposition de résolution visant à la création d’une commission d’enquête parlementaire.
L’article commence ainsi : « On m’a dit qu’il y avait eu quand même des pressions importantes du ministère de la Défense pour que cette commission d’enquête ne soit pas établie et, sauf miracle, elle ne sera pas établie ; mais il y a longtemps que je ne crois plus aux miracles. »

Si vous avez écouté la première émission Libre à vous ! diffusée fin mai 2018, ces propos vous disent peut-être quelque chose car oui, c’est un extrait de notre première émission ; nous avions en effet interviewé la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam à l’époque ; nous avions consacré environ une cinquantaine de minutes à cet Open Bar Microsoft/Défense afin d’en expliquer les enjeux, les dangers et les parts d’ombre. Nous étions également en compagnie de Marc Rees rédacteur en chef de Next Inpact.
Je vous invite, si vous n’avez pas écouté cette émission ou si vous avez envie de la réécouter, à consulter le podcast de cette émission ou à en lire également la transcription qui est disponible. Pour cela vous allez sur le site de l’April, vous cliquez sur la page consacrée à l’émission d’aujourd’hui et vous y trouvez un lien vers le podcast de l’émission consacrée à l’Open Bar, ce qui vous permettra de reprendre connaissance de ce dossier.

Je vous encourage à acheter ce hors-série, 6 euros. Je peux même vous citer des noms de journalistes dont certains que vous connaissez peut-être. Comme vous le savez les articles des hors-séries du Canard ne sont pas signés, mais on trouve page 121 la liste des journalistes qui ont contribué. Je vais juste vous citer trois noms :

  • le premier Marc Rees, rédacteur en chef de Next Inpact, qui était notre invité lors de la première émission.
  • Antoine Champagne, journaliste, peut-être plus connu pour son pseudo kitetoa, qui a travaillé pour plusieurs journaux et, plus récemment, a cofondé Reflets.info, journal d’investigation en ligne et d’information-hacking ;
  • et, dernier nom, Jérôme Thorel. Jérôme Thorel s’est intéressé très tôt à la portée disciplinaire des techniques numériques. Il s’est engagé dans divers collectifs de veille sur la société de la surveillance ; il a participé à l’organisation des Big Brother Awards France il y a quelques années qui remettaient des prix Orwell à ceux qui nous surveillent et il fait partie de l’ONG britannique Privacy International.

Voilà ! Je vous encourage à acheter ce numéro, 6 euros, 120 pages ; il va être encore disponible en kiosque je pense encore pendant un mois ou deux, donc le hors-série du Canard enchaîné consacré à la vie privée.

Nous allons passer à notre deuxième sujet qui n’est pas si éloigné que ça en fait du premier. Nous allons avoir un échange avec Thierry Bayoud qui est avec nous aujourd’hui, bénévole au Bar commun et qui fait partie de l’organisation de la Semaine des libertés numériques au Bar commun qui aura lieu du mercredi 21 au dimanche 25 novembre 2018. Rebonjour Thierry.

Thierry Bayoud : Rebonjour Frédéric.

Frédéric Couchet : Première question : je vais te laisser te présenter en quelques mots et présenter également le lieu d’accueil de cette Semaine des libertés numériques, Le Bar commun qui, je crois d’ailleurs, n’est pas très loin des studios dans lesquels on enregistre.

Thierry Bayoud : Tout à fait. Comme tu l’as très bien dit je suis Thierry Bayoud, je suis bénévole au Bar commun qui est situé au 135 rue des Poissonniers dans le 18e à Paris donc, on va dire, à un bon quart d’heure à pied des studios de Cause commune.
Qu’est-ce que Le Bar commun ? C’est un café associatif comme il en existe pas mal en France, quelques-uns à Paris. Le but est évidemment de remettre au goût du jour la solidarité, de remettre plus d’humanité dans notre économie, donc c’est un projet économique. Le produit d’appel c’est le bar pour essayer d’attirer le plus de monde possible, mais ça n’est pas la finalité de ce lieu. La finalité de ce lieu est de créer des activités pour essayer de réfléchir concrètement à ce qu’on peut tous faire pour faire évoluer notre société vers des valeurs plus humaines, plus solidaires.

Frédéric Couchet : D’accord. Dans ce cadre-là, effectivement comme ce n’est pas qu'un bar, vous organisez une Semaine des libertés numériques. Première question : pourquoi organiser un tel événement et quels sont les thèmes principaux de cette Semaine des libertés numériques ?

Thierry Bayoud : Les thèmes principaux de cette Semaine sont la neutralité du Net et le logiciel libre.
Pourquoi organiser la Semaine des libertés numériques ? Déjà parce que ça rentre complètement dans l’objectif de cette association qui est de créer des activités pour réfléchir à notre société et parce que, tout simplement, moi qui suis bénévole là-bas depuis le mois d’avril de cette année, je me suis rendu déjà compte qu’au sein des adhérents et des bénévoles de ce bar le thème des logiciels libres n’était pas quelque chose de très connu ; la neutralité du Net non plus.

Frédéric Couchet : Encore moins je suppose !

Thierry Bayoud : Exactement ! Comme je sais aussi que ce sont des sujets plutôt complexes à comprendre, on va dire de prime abord, on a eu l’idée d’organiser toute une semaine là-dessus, donc de dédier cet espace qu’est Le Bar commun à cette problématique.

Frédéric Couchet : D’accord. D’ailleurs, quand j’ai consulté le programme de cette Semaine, il y a un extrait qui m’a bien plu c’est : « Si vous ne savez pas bien ce qu’englobent ces deux notions — donc neutralité du Net et logiciel libre — alors cet événement est fait pour vous ! » Justement le « vous », à qui s’adresse cet événement ? Quels sont les publics cibles ? Est-ce que toute personne peut y assister quelles que soient ses compétences ou ses connaissances sur le logiciel libre, sur l’informatique, sur la neutralité du Net ?

Thierry Bayoud : Oui.

Frédéric Couchet : Super !

Thierry Bayoud : Le public cible est le grand public, ce qu’on appelle le grand public. Le but c’est simplement d’attirer le plus de monde possible pour faire réfléchir sur ces deux sujets-là et, comme je l’indique dans les articles que je poste sur Diaspora pour communiquer autour de cet événement, même si vous, vous vous sentez tout à fait au fait de ces sujets-là n’hésitez certainement pas à venir, simplement par solidarité avec cet événement parce que plus il y aura de monde, évidemment plus on aura de chances de le reproduire, pourquoi pas une fois par an.

Frédéric Couchet : D’accord. Là c’est la première édition et effectivement, si ça se passe bien, l’objectif serait de le reconduire chaque année à peu près à la même période je suppose.

Thierry Bayoud : Ça c’est un objectif tout à fait personnel, qui n’engage que moi, mais c’est tout à fait envisageable.

Frédéric Couchet : D'acord ! En tout cas il y a cette première édition. Donc c’est du 21 au 25 novembre ; ça se passe au Bar commun, 135 rue des Poissonniers dans le 18e. Est-ce que ça se passe en journée ? Le soir ? Les deux ?

Thierry Bayoud : Le Bar commun est ouvert du mercredi au dimanche : mercredi, jeudi, vendredi que les après-midis à partir de 14 heures et, cette Semaine des libertés numériques prend vraiment, j’ai envie de dire, en otage le Bar commun. C’est-à-dire que tous les jours, à partir du moment où le bar ouvre, il y a des ateliers, il y a des activités, il y a des intervenants.

Frédéric Couchet : Donc c’est Occupy Bar en commun !

Thierry Bayoud : Exactement, du mercredi au dimanche, soirées incluses.

Frédéric Couchet : Soirées jusqu’à 22 heures, 23 heures, c’est ça ?

Thierry Bayoud : Oui, voilà !

Frédéric Couchet : D’accord. Je suppose qu’évidement sur une semaine il y a beaucoup d'événements, surtout si c’est de 14 heures jusqu’à la fin de soirée. Le programme est en ligne sur le site du Bar commun, donc c’est barcommun.fr.

Thierry Bayoud : lebarcommun.fr.

Frédéric Couchet : Excuse-moi, en plus je l’ai sous les yeux et je te regardais en parlant, donc lebarcommun.fr, tout attaché lebarcommun. Est-ce que tu peux nous parler de quelques événements ou quelques temps forts, selon toi, qui peuvent attirer différents publics pendant ces quelques jours de Semaine des libertés numériques ?

Thierry Bayoud : Eh bien déjà, il y a deux ateliers qui sont vraiment ciblés adolescents pour essayer de sensibiliser les nouvelles générations à ces thématiques. Le premier c’est le mercredi après-midi, donc le 21 novembre à 15 heures, présenté par Isabelle Dutailly qui nous propose comment faire un exposé avec LibreOffice. Le but c’est simplement de permettre à des jeunes qui sont encore au collège ou qui sont au lycée d’apprendre à utiliser libre Office pour l’utiliser ensuite au quotidien, pour rendre leurs devoirs.

Frédéric Couchet : On va rappeler que LibreOffice est une suite bureautique libre, pour les gens qui pourraient l’ignorer.

Thierry Bayoud : Tout à fait.

Frédéric Couchet : Effectivement elle est très utilisée, enfin très utilisée, elle est pas mal utilisée dans les écoles ; je sais que ma fille l’utilise dans son école. C’est assez répandu, notamment par la dynamique d’enseignants qui installent LibreOffice sur les postes de travail.

Thierry Bayoud : C’est une bonne nouvelle !
Le deuxième événement ciblé adolescents sera le dimanche 25 novembre à 14 heures, animé par l’association Le Mouton Numérique, par Yaël et Valéry ; ça sera vraiment un atelier de pratique aussi, donc on vous conseille de venir avec vos téléphones portables. Le titre de l’atelier c’est : « Les aventures du Mouton invisible qui ne l’était plus », donc pourquoi ce Mouton n’est plus invisible avec son téléphone et sur Internet ? C’est cette question qui va amener Yaël et Valéry à sensibiliser les jeunes justement aux attaques contre la vie privée.

Frédéric Couchet : Je précise que Le Mouton Numérique a une émission sur radio Cause commune, par contre je ne me souviens plus quel jour donc je vais demander l’aide d’Olive s’il s’en souvient, mais sinon on regardera sur le programme ; il ne s’en souvient pas ! En tout cas Le Mouton Numérique a une émission sur la radio Cause commune. Vous allez sur causecommune.fm et vous pourrez retrouver la date de diffusion de cette émission.

J’ai noté aussi d’autres points forts, ou en tout cas des choses qui me paraissent intéressantes, c’est notamment la présence de l’association de la distribution logiciel libre Mageia qui, apparemment, va être présente sur toute la semaine. Pour les personnes qui connaissent plus Ubuntu, parce qu’ici, à radio Cause commune, on connaît beaucoup Ubuntu, Mageia est une distribution libre portée par une association qui est d’ailleurs basée à Paris. J’ai noté qu’ils étaient présents toute la semaine ; c’est l’occasion de découvrir un système d’exploitation entièrement libre qui permet d’utiliser un ordinateur pour tous usages. Est-ce qu’il va y avoir des fêtes d’installation ou est-ce que ce sont simplement des démonstrations de Mageia ?

Thierry Bayoud : J’ai voulu organiser une fête de l’installation mais Ubuntu ne m’a pas répondu et je n’ai pas non plus énormément de contacts parmi les associations ou les structures qui gèrent des systèmes d’exploitation. Mageia a répondu et a été tout de suite partante pour faire une permanence sur toute la semaine. Donc ils seront là pourquoi ? Ils seront là tout simplement pour vous parler de Mageia. Je pense qu’on improvisera tous les jours une petite présentation d’un quart d’heure, une demi-heure, entre deux intervenants, et aussi pour vous aider à installer Mageia sur votre ordinateur si vous venez avec.

Frédéric Couchet : C’est super. Donc on a deux personnes d’Ubuntu derrière, qui sont en régie effectivement. Je précise que je trouve très bien que Mageia soit là, il ne fallait pas du tout y voir, au contraire, une critique ; je trouve ça très bien. D’ailleurs je vais en profiter pour signaler que sans doute, début 2019, nous consacrerons une émission aux distributions logiciel libre type Ubuntu, Mageia et Debian ; je suppose que les gens d’Ubuntu répondront présents ce coup-ci vu que, de toutes façons, ils sont en partie à la radio. On invitera évidemment Mageia et aussi Debian pour faire un petit peu un tour d’horizon sur ces trois distributions, pourquoi elles existent, comment on peut les installer, les utiliser, et les découvrir.

Je parcours encore rapidement le programme pour signaler deux événements qui me paraissent intéressants :

  • le vendredi 23 novembre à 20 heures il y a une conférence gesticulée « Informatique ou libertés » par Lunar. J’ai eu l’occasion de voir, en tout cas en vidéo, la première qu’il avait donnée à Rennes, je crois l’an dernier. Les conférences gesticulées c’est la rencontre entre des savoirs chauds, donc des savoirs de vie populaire, et des savoirs froids, des savoirs théoriques, politiques, pour démontrer un problème ou, au contraire, une possibilité et permettre en fait aux gens de pouvoir se l’approprier et agir. Donc c’est une conférence que je vous encourage à aller voir ; elle est très intéressante, elle soit durer peut-être deux heures mais en tout cas on ne voit pas le temps passer et c’est vraiment très intéressant.
  • Un deuxième événement c’est le dimanche 25 novembre à 17 heures : Marie Duponchelle, qui était intervenue dans notre précédente émission Libre à vous ! sur la partie DRM, va faire une présentation sur l’obsolescence programmée en informatique. L’obsolescence programmée c’est l’ensemble des techniques par lesquelles un metteur sur le marché vise à réduire délibérément la durée de vie d’un produit pour en augmenter le taux de remplacement. Malheureusement c’est une grosse tendance et pas simplement dans le monde informatique. Un autre événement intéressant et, pour les personnes qui ont écouté Marie Duponchelle à la radio il y a un mois, eh bien c’est l’occasion de la voir sur place, donc au Bar commun.

En pratique comment cela se passe pour les personnes qui veulent participer ? Est-ce qu’elles doivent s’inscrire ? Est-ce que l’accès est payant ?

Thierry Bayoud : Non, rien de tout cela : l’accès est gratuit. Vous pouvez même venir assister à un atelier, à une intervention, sans consommer et sans adhérer au Bar commun.

Frédéric Couchet : Je n’avais même pas pensé à la question de la consommation, effectivement. On vous encourage à consommer modérément, évidemment, si c’est de l’alcool. Est-ce que tu vois autre chose à ajouter à part, peut-être, rappeler l’adresse et le site web. Je vais te laisser le faire parce que tout à l’heure je me suis trompé.

Thierry Bayoud : La Semaine des libertés numériques se fera du 21 au 25 novembre prochains au Bar commun qui est situé au 135 rue des Poissonniers dans le 18e à Paris, métro Marcadet – Poissonniers. Le programme est téléchargeable sur le site lebarcommun.fr et vous pouvez aussi vous inscrire à l’info-lettre si ça vous intéresse, libertenumerique@lebarcommun.fr, pour avoir de plus amples détails sur la Semaine et éventuellement sur les suites données à cet événement.

Frédéric Couchet : Sur le site du Bar commun vous avez le programme synthétique, le programme détaillé, toutes les informations. On encourage évidemment les gens qui habitent en Île-de-France à se rendre au Bar commun ; vous allez forcément trouver un atelier ou une présentation qui vous intéressera. Écoute Thierry je te remercie et je te souhaite en tout cas une bonne fin d’organisation et un beau succès pour cette Semaine des libertés numériques, pour cette première édition et, peut-être, une pérennisation sur le long terme.

Thierry Bayoud : C’est moi qui te remercie de m’avoir invité sur cette émission Libre à vous !

Frédéric Couchet : C’est normal.
Nous allons faire une petite pause musicale. Le titre que je vous propose, en fait, vous est plutôt proposé par un de nos invités, par Paul, c’est You've Done It de l’Album Lights And Shades donc « Vous l’avez fait » de l’Album « Lumières et nuances » et on se retrouve juste après ça.

Voix off : Cause commune – cause-commune.fm – 93.1

Pause musicale : You've Done It par Richtaste

Voix off : Cause commune 93.1

Frédéric Couchet : Vous êtes de retour sur Cause commune, dans l’émission Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April. Vous venez d’entendre You've Done It de l’Album Lights And Shades par Richtaste ; vous retrouvez la référence sur le site de l’April, april.org, vous cliquez sur la petite image ou sur le lien consacré à l’émission du jour et vous retrouverez tout en bas la référence de cette pause musicale que nous a proposée Paul Kocialkowski que nous allons retrouver tout de suite pour aborder le troisième sujet et sujet principal de l’émission, en compagnie également d’Aurélien Couderc, rebonjour Aurélien et Paul.
Le sujet va être la téléphonie mobile et les libertés. C’est une première émission parce qu’on ne va pas forcément avoir le temps d’aborder tous les sujets, mais on va essayer quand même de débroussailler un petit peu le terrain.
Vous constatez, comme tout le monde, qu’il y a de plus en plus de personnes qui sont la tête penchée sur leur téléphone mobile jouant du pouce, dans le métro, quand elles marchent, même quand elles mangent à table, même avec d’autres personnes, avec des risques physiques – j’ai appris le terme du syndrome du coup-texto qui existe apparemment – de tendinite, mais également et surtout des dangers pour notre vie privée, nos données personnelles, notre intimité.
En effet, depuis ces dernières années, les appareils mobiles sont de plus en plus privilégiés pour nos communications, notre navigation sur Internet, les réseaux sociaux et conservent et surtout partagent un grand nombre de nos données personnelles.

Pour reprendre l’expression de Richard Stallman : « Les téléphones mobiles peuvent être considérés comme le rêve de Staline ; en effet ce sont les outils de Big Brother — pour reprendre ses propos ; il s’agit là de dispositifs permettant un contrôle et une surveillance des personnes comme jamais cela n’avait été possible auparavant sans doute ». Donc à défaut de se passer de téléphone portable, comme c’est le choix de Stallman et d’autres personnes pour, évidemment, éviter ces problèmes, eh bien il semble important de pouvoir réellement mieux contrôler ces appareils si cela est possible. C’est pour ça que j’ai convié Paul et Aurélien à discuter du sujet de la téléphonie mobile et des libertés.
Je propose qu’on commence par Paul pour nous faire, peut-être, un petit point, justement, sur les systèmes d’exploitation pour les téléphones mobiles et leurs degrés de liberté.

Paul Kocialkowski : Effectivement, comme tu l’as très justement rappelé, les appareils mobiles sont des appareils sur lesquels toutes les questions à la fois de liberté et de vie privée sont très exacerbées. Ce sont des appareils qu’on a avec nous au quotidien, au travers desquels, en fait, va passer une très grande partie de nos données personnelles, qui sont également au courant de notre position géographique, des individus avec lesquels on échange et, finalement, de vraiment tout un tas de choses de nos vies.
Ce qu'il est intéressant de comprendre c’est que ces appareils mobiles, que ce soit des téléphones, des tablettes ou encore d’autres formats qui apparaissent, sont vraiment très comparables à des ordinateurs classiques. On a une sorte de miniaturisation de tous les composants qu’on avait dans nos ordinateurs de bureau ou portables, qui se retrouvent dans ces appareils et, en fait, la complexité technologique qui est mise en œuvre est vraiment similaire à ce qu’on trouve sur un ordinateur classique. Ça veut dire que les problématiques de logiciel libre sont, là aussi, au cœur de l’utilisation de ces appareils et finalement, si on regarde ce qui se fait un petit peu sur le marché et ce que peuvent trouver les utilisateurs, on a une gamme de systèmes d’exploitation différents mais qui est, en fait, assez réduite. On a par exemple l’iPhone d’Apple qui est l’exemple de premier smartphone le plus connu et puis on a tout un tas d’autres fabricants qui proposent différents modèles qui sont eux, en général, équipés d’un système d’exploitation Android.

La différence qu’on va avoir c’est que dans l’écosystème Apple où on a iOS qui est le système d’exploitation pour l’iPhone, on est dans un écosystème qui est entièrement fermé, entièrement constitué de logiciels propriétaires. D’ailleurs Apple, sur ces systèmes-là, ne permet pas par exemple la diffusion, au travers de son magasin d’applications, d’applications qui seraient libres, sous une licence copyleft type GPL. Donc là on a vraiment quelque chose de très hostile au logiciel libre.
Si on regarde ce qui se fait de l’autre côté, donc au niveau d’Android où on a plusieurs autres fabricants qui vendent leurs téléphones avec ce système pré-installé, on a là quelque chose qui est plutôt sur une base de logiciels libres. Android c’est un système développé avant tout par Google et Google va libérer la base des composants qui constituent le système. Il ne s’agit pas de l’ensemble des composants, il s’agit essentiellement des couches hautes, donc ce qui va permettre aux applications d’interagir avec le matériel, mais qui exclut en général les applications elles-mêmes et qui exclut, disons, les logiciels qui prennent en charge véritablement le matériel.

Frédéric Couchet : D’accord. Aurélien, est-ce que tu veux ajouter quelque chose déjà sur cette première introduction ?

Aurélien Couderc : C’est une bonne introduction et un bon rappel des options principales qui existent. Je pense qu’on peut rappeler aussi, par rapport aux questions de liberté, qu’un certain nombre de ces acteurs vont peut-être vendre les appareils mais vont avoir des solutions qui sont essentiellement gratuites et qui, le plus souvent, sont financées par la collecte de nos données personnelles. Donc les différentes entreprises qui, notamment, publient les applications, ont un intérêt particulier à ce qu’on y passe le plus de temps possible, puisque le temps qu’on va passer c’est du temps que ces éditeurs vont être capables de monétiser et qui est basé sur les données personnelles qu’on va leur donner, en plus, de manière volontaire.
Effectivement, quand tu parlais tout à l’heure du rêve de Staline, c’est un petit ça ; ou, si on fait référence à 1984, ce n’est même plus quelque chose d’hostile qui serait installé dans les foyers mais c’est tout un chacun qui, de manière volontaire, va révéler toute une partie de sa vie privée, publique, familiale, au travers des différentes applications et que les gestionnaires de ces applications vont pouvoir monétiser.

Frédéric Couchet : Justement, est-ce qu’on peut faire un petit listing et un petit résumé, à chaque fois, des principales problématiques posées par ces téléphonies mobiles que ce soit iOS ou Android et ensuite on entrera peut-être plus dans le détail de la partie Android, parce que, de ce que je crois comprendre, c’est que côté iPhone il est difficile de s’en libérer vu que c’est totalement fermé. Par contre, du côté d’Android, il y a des étapes pour commencer un peu à se libérer et récupérer un peu de liberté. Déjà est-ce qu’on peut lister les problématiques posées globalement par ces téléphones mobiles ?

Paul Kocialkowski : En fait, ces problématiques sont surtout liées aux données qui sont accumulées par ces appareils puisque ce sont des appareils qu’on a avec nous toute la journée et qui voient donc passer toute notre vie numérique.

Si on prend les spécificités de chaque système par rapport à ça, on a, en fait, deux modèles qui sont très différents : pour iOs Apple va prétendre, justement, ne pas monétiser ces données et, en fait, vend le système tel qu’il est avec une certaine garantie, que Apple affiche, de protéger ces données. Évidemment, c’est une protection que se fait par du logiciel propriétaire donc du logiciel dans lequel la communauté et chaque individu, chaque utilisateur, ne peut pas vraiment avoir confiance dans le sens où il n’y a aucune manière de vérifier quoi que ce soit d’un point de vue de la sécurité. Mais Apple se revendique pour autant de ceux qui ne monétisent pas les données.

Chez Google on a quelque chose de complètement inverse où là, la base du système va être libre, mais c’est justement en voulant diffuser très largement ce système que Google souhaite que, par-dessus ce système, ce soient les applications Google qui soient installées et qui vont pouvoir capter la plupart des données des utilisateurs, que les utilisateurs vont donc, volontairement disons, donner à ces applications.

Donc on a là vraiment deux modèles très différents et qui ne posent pas exactement les mêmes problématiques. C’est-à-dire que dans le cas d’Apple c’est une problématique qui va être de confiance dans le logiciel qu’on utilise puisque c’est un logiciel propriétaire. Dans le cas d’Android on va avoir une base qui est libre mais des applications par-dessus qui viennent rajouter le côté propriétaire et le côté collecte de données.

Frédéric Couchet : Aurélien est-ce qu’on peut faire confiance à Apple et à iOS ?

Aurélien Couderc : C’est une question qui est assez complexe. Évidemment, comme on ne sait pas ce qui se passe puisque, en gros, c’est derrière des barrières fermées, on ne peut pas savoir ce que, en réalité, Apple va faire des données de ses utilisateurs. Ils font beaucoup de communication sur la manière dont, par exemple, ils ont résisté à certaines demandes de l’administration américaine d’accéder aux données des utilisateurs, mais, évidemment, ils ne vont pas faire de publicité pour tous les cas où ils n’ont pas résisté ou bien où ils ont été contraints d’une manière légale, réglementaire, à céder les données de leurs utilisateurs à différentes tierces parties.
C’est vrai qu’à partir du moment où l’intégralité du code de ces systèmes est cachée, est verrouillée, c’est très difficile de se faire une idée du niveau de confiance qu’on peut avoir.
Par ailleurs, il y a plusieurs exemples de failles de sécurité, connus, qui ont permis à des entreprises malveillantes de vendre à tout un chacun qui était prêt à payer des sommes assez modiques, un moyen d’accéder aux appareils Apple pour, en fait, pirater les données des utilisateurs.

Donc c’est un bon exemple du fait que le mode de fonctionnement d’Apple et cette soi-disant protection des données personnelles qu’ils ont vendue est sans doute un peu un rideau, mais on peut se poser la question du sérieux de ces affirmations.

Frédéric Couchet : Oui. Et plus globalement effectivement dans cette émission, on a beaucoup de doutes quand même sur les solutions mises en œuvre par les entreprises qui utilisent des logiciels privateurs et qui nous demandent de leur faire confiance. Les exemples sont légions : soit des failles de sécurité, soit les réquisitions judiciaires pour lesquelles ils sont contraints et aussi les pratiques, tout simplement, de ces entreprises qui peuvent être, par rapport aux données personnelles, parfaitement scandaleuses.

Aurélien Couderc : Oui. Puisque tu parles de pratiques — on était sur les problématiques que posent les appareils modernes — je pense qu’il ne faut pas perdre de vue que les entreprises qui nous fournissent ces appareils et tous les logiciels qui sont chargés dessus vont influencer la manière dont on les utilise. C’est-à-dire qu’elles vont nous proposer des types d’applications et d’interactions avec le téléphone qui sont ce qu’elles souhaitent qu’on fasse avec. Par exemple la plupart des entreprises vont fonctionner sur un modèle qui est très centralisé pour avoir la capacité à avoir tout ce qu’on échange avec nos amis, avec notre famille. Tout va systématiquement passer par elles alors qu’il est tout à fait possible, d’un point de vue technique, de faire des applications qui échangeraient de point à point, de pair à pair, et qui ne passeraient pas par un composant central. Mais c’est vrai que le contrôle que les entreprises ont sur les logiciels qu’elles chargent sur leurs téléphones font qu’elles ne vont pas du tout favoriser ce genre de pratique-là mais bien les pratiques de contrôle centralisé qui leur sont bénéfiques pour ensuite revendre des services ou des données.

Frédéric Couchet : Est-ce que tu veux ajouter quelque chose sur Apple, Paul ?

Paul Kocialkowski : Oui. Ce qu'il est intéressant de voir ici c’est qu’on a, en fait, des entreprises qui proposent des appareils, qui proposent des produits qui vont avant tout servir les intérêts de cette entreprise avant de servir les intérêts de leurs utilisateurs. C’est-à-dire que si une entreprise comme Apple veut développer ses services, veut développer des services de ses partenaires, elle va les mettre en avant et elle va, par toutes les manières, pousser les utilisateurs à utiliser ces services.
Ça se traduit de la même manière par exemple dans les applications qu’on a le droit d’installer au travers des magasins d’applications où, comme je le rappelais, on ne peut pas déposer de logiciels libres sous une licence GPL copyleft sur le magasin d’applications d’Apple et tout ça parce que, effectivement, Apple se place, en fait, en censeur et se place dans une position où elle va d’abord chercher à mettre en avant ses intérêts et l’intérêt de ses collaborateurs et ensuite l’utilisateur.

Aurélien Couderc : Il y a des exemples multiples d’applications qui ont été retirées du catalogue Apple non pas parce qu’elles avaient des fonctionnalités problématiques, mais parce qu’elles pouvaient faire de la concurrence aux services propres d’Apple. On a des exemples sur des navigateurs qui permettaient de contourner le marché d’applications en ayant des applications web, des applications de communication, qui seraient entrées en concurrence avec ce que Apple propose elle-même. Il y a un certain nombre d’exemples comme ça d’applis qui ont été purement et simplement censurées parce que ça n’arrangeait pas les affaires d’Apple.
Et on peut aussi noter que la censure s’applique sur des points plutôt culturels et ça, peut-être sur les deux marchés d’applications. C’est-à-dire que comme ce sont des acteurs américains avec quand même une certaine forme de puritanisme côté américain qu’on n’aura typiquement pas en France, on ne va pas trouver d’applications qui proposent des nus, y compris artistiques, qui sont parfaitement acceptées en France. On a comme ça des exemples d’applications de musées ou de médias généralistes qui se sont retrouvées censurées parce qu’elles proposaient des contenus qui sont parfaitement acceptables de notre point de vue, mais que les Américains et la culture américaine considéraient comme choquantes.
Donc cette capacité de censure n’est pas uniquement théorique ; elle est utilisée de manière assez régulière par ces acteurs qui contrôlent nos téléphones.

Frédéric Couchet : Paul.

Paul Kocialkowski : Juste un dernier point sur cet aspect-là qui serait un petit peu plus technique, c’est mentionner le fait que sur les appareils Apple on ne peut pas installer un autre système que iOS qui est le système pré-installé : Apple a mis en place des mesures techniques, a mis en place des restrictions pour s’assurer que seul le système d’exploitation – donc le logiciel qui orchestre toute l’activité du téléphone, de l’appareil –, seul le logiciel d’Apple puisse s’exécuter. Donc là, en fait, on ne vend plus un téléphone comme du matériel mais comme quelque chose de vraiment lié au logiciel qui est vendu avec par le fabricant. On perd toute la distinction élémentaire entre le logiciel et le matériel et on s’attendrait à ce que l’utilisateur puisse installer n’importe quel logiciel, comme bon lui semble, sur le matériel qu’il a acheté. Et là, en fait, c’est simplement impossible : Apple ne donne pas cette possibilité-là à l’utilisateur et on a des systèmes qui sont vraiment fermés dans leur écosystème et dont on ne peut pas, techniquement, sortir.

Frédéric Couchet : Donc c’est une forme de vente forcée où le matériel s’accompagne, de façon forcée, du système d’exploitation et des applications par, effectivement, un seul et même fabricant et qu’il interdit de contourner par des moyens techniques et par des moyens légaux. On peut comparer à l’achat d’un ordinateur dans le commerce aujourd’hui : si c’était pré-installé avec un système d’exploitation et qu’il nous était strictement interdit d’installer par exemple un système libre, Debian, Ubuntu ou Mageia pour en citer trois, comme ça tout le monde sera content.

Aurélien Couderc : Et même des logiciels libres sur le système d’origine. C’est-à-dire que ce qui est imposé aujourd’hui par les fabricants de téléphones on ne l’accepterait pas sur nos ordinateurs. C’est un peu le syndrome de la prison dorée, c’est-à-dire que ce sont des appareils qui sont tout beaux, tout brillants mais sur lesquels, finalement, on est extrêmement contraint dans la manière et la latitude qu’on a d’utiliser ce matériel à sa guise. Et les fabricants rajoutent régulièrement ce type de verrous pour qu’on ne puisse pas en bénéficier de la manière qui nous intéresse.

Frédéric Couchet : Juste pour finir sur ce point-là, c’est un petit peu comme si sur Windows on avait l’obligation d’utiliser Windows Media Player et qu’on ne pouvait pas installer VLC, dont on a parlé dans la dernière émission, pour visualiser ses vidéos.
Là je crois qu’on a fait le tour d’Apple et on lui a un peu, entre guillemets, « réglé son compte ». En tout cas on voit bien qu’il n’y a pas beaucoup d’espoir.

Aurélien Couderc : De libertés !

Frédéric Couchet : L’intérêt c’est l’entreprise et pas les libertés des utilisateurs et des utilisatrices !
Paul Kocialkowski : Il faut savoir qu'Android est développé tout d’abord en interne par Google, donc c’est un projet qui est avant tout, disons, interne à l’entreprise.
En fait Google va développer plusieurs versions et ces versions seront proposées à ses partenaires, en général des fabricants de téléphones qui vont, eux, avoir accès à ce code et qui vont l’utiliser pour faire leurs versions un petit peu à leur sauce, comme ils le sentent, en rajoutant des fonctionnalités, en changeant l’interface, en ajoutant des applications par-dessus. En parallèle de ça, Google va mettre à disposition du public le code d’Android sous une licence libre, qui est une licence qui n’est pas copyleft du type MIT.

Frédéric Couchet : C’est une licence libre en tout cas.

Paul Kocialkowski : Voilà ! Ça reste une licence libre et cette base-là d’Android est certes libre, mais en fait pas très utile, parce qu’on a très peu d’applications qui en font partie et il manque également tout un tas de composants pour la prise en charge du matériel, des appareils en eux-mêmes.
Donc ce qu’on a là c’est du code qui est entre deux, qui est entre les applications et le matériel, qui est certes très utile mais qui, en tant que tel, ne constitue pas un système d’exploitation vraiment utile.

Frédéric Couchet : Donc ce n’est pas utile pour la personne qui va utiliser le téléphone.

Paul Kocialkowski : C’est ça. C’est-à-dire que cette version-là d’Android que publie Google n’est pas publiée pour que des gens s’en servent vraiment en tant que telle, elle est publiée plutôt pour permettre à d’autres fabricants, qui ne sont pas les partenaires de Google, d’utiliser quand même cette base Android essentiellement pour pouvoir distribuer les applications Google et pour que Google assure, comme ça, que son magasin d'applications soit utilisé par le plus possible d’utilisateurs.

Aurélien Couderc : On peut citer plusieurs marques ; ça va être Samsung, Sony, Motorola ; il y a tout un écosystème autour d’Android ; ils vont tous utiliser cette base de code et ensuite l’intégrer dans leurs appareils.

Paul Kocialkowski : Exactement. En parallèle de ça, on a ce qu’on appelle des versions communautaires d’Android où là, en fait, des individus, des membres de la communauté se sont organisés, se sont appropriés ce code fourni sous une licence libre par Google et le transforment en quelque chose d’utilisable pour les utilisateurs, en rajoutant toutes les briques qui pouvaient manquer. On trouve de nombreuses versions communautaires d’Android. Une de plus connues s’appelle LineageOS qui a une histoire un peu tumultueuse, qui s’appelait CyanogenMod à l’époque, et qui a regroupé le plus grand nombre d’enthousiastes pour contribuer à ce système qui prend la base d’Android et rajoute les éléments qui sont nécessaires pour que ça fonctionne.
Maintenant, ce qui est intéressant, c’est que ces éléments qui sont rajoutés sont en général des composants propriétaires parce que, aussi bien au niveau de la prise en charge du matériel que des applications, on manque très souvent de composants libres qui fassent l’affaire.

Frédéric Couchet : Aurélien, peut-être que tu veux parler un petit peu de LineageOS parce que je crois que c’est le système que tu utilises sur ton téléphone ?

Aurélien Couderc : C’est le système que j’utilise sur mon téléphone et que j’ai eu l’occasion d’installer sur un certain nombre d’appareils de connaissances ou de ma famille. C’est un système vers lequel je me suis tourné. La première raison c’était parce que, comme c’est un système qui est maintenu par la communauté, ça permet d’étendre la durée de vie d’un certain nombre d’appareils. C’est-à-dire qu’on constate qu’au bout d’un certain temps les fabricants arrêtent de fournir des mises à jour pour leurs appareils puisque eux, ce qui va les intéresser, ça va plutôt de vendre de nouveaux appareils et de faire des bénéfices sur les ventes de nouveaux appareils. Donc ils vont faire ce qui est un peu le strict minimum pour ne pas être mal vus et, au bout de quelques années, mais quand on dit « quelques » ça peut être deux ans, les fabricants vont arrêter de fournir des mises à jour logicielles.
L’intérêt d’un projet communautaire comme LineageOS [prononcé avec l’accent anglais, NdT], donc LineageOS [prononcé à la française, NdT], ça va être d’offrir la possibilité à ceux qui le souhaitent, en ayant évidemment des compétences de développeur, de maintenir et de mettre à jour les appareils les plus anciens pour proposer de nouvelles versions d’Android, les dernières mises à jour de sécurité, tout ce qu’on aurait, de manière standard à nouveau sur un ordinateur de bureau, ce qu’on a aujourd’hui sur un ordinateur de bureau. Quand on finit par arrêter d’utiliser un ordinateur de bureau, surtout si on utilise un système libre, c’est vraiment qu’il est à bout de souffle et qu’il a peut-être des dizaines d’années.
Un téléphone, on a tendance à le jeter beaucoup plus tôt entre autres parce qu’il n’est pas à jour, qu’il est devenu trop lent, et un système tel que LineageOS permet de le remettre au goût du jour et de continuer à l’utiliser. Je ne vais pas citer le modèle que j’utilise, mais c’est un téléphone qui est sorti en 2012 et j’ai toujours des mises à jour hebdomadaires de ce téléphone-là avec LineageOS.

Frédéric Couchet : C’est intéressant de signaler que tu utilises encore un téléphone que tu as acheté en 2012. Le mien j’ai dû l’acheter en 2011 ; un des points forts c’est aussi de lutter contre l’obsolescence programmée, contre le remplacement carrément forcé des téléphones. Une petite anecdote personnelle entre Aurélien et moi : récemment il m’a aidé à changer le mode vibreur.

Aurélien Couderc : Le composant…

Frédéric Couchet : Le composant vibreur qui était sur mon téléphone, qui ne fonctionnait plus, qu’on achète sur Internet à 5 euros et ensuite, en 15 minutes, il a pu changer ça. C’est effectivement un des points forts, aussi, de recourir à ce genre d’outils parce qu’aujourd’hui les téléphones coûtent de plus en plus cher, on nous force à les racheter, en tout cas pour ceux qui rentrent dans ce système-là.

Aurélien Couderc : Et puis une petite remarque puisque beaucoup de gens, enfin de plus en plus de gens sont quand même conscients et intéressés par les réalités écologiques et l’impact sur la planète de tout ce qui est numérique, des appareils et de leur fabrication. Il faut rappeler que pour un téléphone mobile, l’ordre de grandeur de où se trouve la dépense énergétique c’est 95, 98 ou 99 % dans la fabrication. C’est-à-dire que l’usage au quotidien d’un téléphone va consommer quelques watts régulièrement pour le recharger, mais la quantité d’énergie qui a été nécessaire à sa fabrication est énorme et correspond à, vraisemblablement, des centaines d’années d’utilisation.

Paul Kocialkowski : J’irais même plus loin sur le côté décorréler le logiciel du matériel pour permettre, justement, à la fois de mettre à jour son système mais également, pourquoi pas, d’entrevoir des cas d’utilisation nouveaux pour son appareil, à partir de systèmes qui viseraient différents cas d’utilisation.

Je pense par exemple au serveur personnel. Sur des téléphones anciens on pourrait tout à fait installer des logiciels qui permettraient, par exemple, d’avoir un serveur web, d’avoir un serveur mail, ce genre de choses, de le relier au réseau et, en fait, de complètement changer la fonction du téléphone, simplement parce que le logiciel, qui est à ce moment-là libre, serait décorrélé de la partie matérielle. Donc on peut, finalement, avoir tous les cas d’utilisation qu’on souhaite à partir du moment où le matériel permet de réaliser ces cas d’utilisation. Et on est, à ce moment-là, plus du tout limité par le cas d’utilisation prévu par le fabricant, prévu par le système, et on peut imaginer tout un tas de choses pour lesquelles on pourrait réutiliser des appareils peut-être plus anciens, qu’on n’utiliserait pas en tant que téléphones actuellement, mais leur donner une seconde vie en tant qu’appareils numériques plus génériques et qui rendraient des services d’autres types que ceux pour lesquels ils ont été construits à la base.

Aurélien Couderc : Je pense que ça revient à ce qu’on disait tout à l’heure, c’est-à-dire qu’on reprend l’initiative sur ce qu’on souhaite faire d’un appareil. Au lieu de subir ce qu’un fabricant particulier a décidé qu’on était autorisé à faire avec ce qu’on a acheté, là, l’idée c’est vraiment de reprendre la main et de dire « non, je souhaite utiliser cet appareil pour telle et telle raison que j’ai choisie moi-même. »

Frédéric Couchet : Ce qu’on fait déjà avec nos ordinateurs types de bureau ou laptops. Par exemple, chez moi, j’ai un laptop qui date de 2009 ou 2010 qui est mon serveur.

Aurélien Couderc : Un ordinateur portable.

Frédéric Couchet : Un ordinateur portable, merci Aurélien – c’est moi qui me fais reprendre et tu as tout à fait raison – donc un ordinateur portable à peu près, je crois, de 2009-2010, qui me sert de serveur pour les audio donc la musique, pour la vidéo et aussi un serveur de sauvegarde. Donc ce qui est possible avec ces ordinateurs qu'on connaît [ordinateurs de bureau, ordinateurs portables, NdT] devrait être possible, effectivement, avec les ordinateurs-téléphones portables.

Nous allons faire une petite pause musicale. C’est le groupe Demi-sel ; le titre s’appelle Allons voir (cercle circassien) et on se retrouve juste après ça.

Voix off : Cause commune – cause-commune.fm – 93.1

Pause musicale : Allons voir (cercle circassien) par le groupe Demi-sel

Voix off : Cause commune 93.1

Frédéric Couchet : Vous êtes de retour sur l’émission Libre à vous ! sur radio Cause commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
Nous venons de danser sur le groupe Demi-sel Allons voir (cercle circassien) ; le site web du groupe c’est demisel.org ; ils ont des tas de concerts annoncés donc n’hésitez pas, allez les voir, leur musique était en licence Art libre. Vas-y Aurélien !

Aurélien Couderc : L’occasion peut-être de rappeler que toutes nos pauses musicales sont sous des licences libres qui permettent de les partager librement avec vos amis, votre famille, de les télécharger parfaitement légalement.

Frédéric Couchet : Exactement. Je pense que j’ai trouvé un partenaire d’animation des prochaines éditions de l’émission. Je vais noter ça. La référence est évidemment sur le site de l’April ; vous allez sur le site de l’April, sur la page consacrée à l’émission et vous retrouverez le lien de cette musique dont je rappelle le nom du groupe : Demi-sel.

Nous parlions juste avant la pause de LineageOS. On va maintenant parler de deux autres systèmes, d’ailleurs téléphones, Replicant et le Fairphone. Qui veut commencer par Replicant ou le Fairphone ? Paul ? Aurélien ? Aurélien.

Aurélien Couderc : Peut-être dire un mot sur le Fairphone puisque tout à l’heure on parlait d’écologie. Effectivement, l’entreprise qui commercialise le Fairphone a accès le plus possible son développement sur le respect écologique et le respect des conditions de travail et des conditions humaines. Ils vont notamment chercher les matériaux qui servent à la fabrication des microprocesseurs dans des pays dont on sait que ce ne sont pas des pays en guerre, où il n’y a pas de travail des enfants ou de formes d’esclavagisme. Ils ont mis une attention particulière dans le choix de l’origine de leurs composants pour avoir la garantie qu’ils ne sont pas issus notamment de pays en conflit.
Le Fairphone est livré avec une version d’Android qui est relativement classique et peu libre, mais on peut télécharger et installer une version alternative qui est plus libre, notamment sans toute la partie supérieure de Google qui essaie de contrôler un petit peu ce qu’on fait avec les téléphones Android.

Frédéric Couchet : Le Fairphone c’est une autre option. Paul, je crois que tu connais bien un autre projet qui s’appelle le projet Replicant.

Paul Kocialkowski : Effectivement. Replicant est avant tout un système d’exploitation qu’on a voulu entièrement libre. C’est-à-dire que dans la plupart des systèmes Android communautaires comme c’est le cas de LineageOS, comme c’est le cas du système proposé par le Fairphone qui est un petit peu plus libre et qui se débarrasse des applications Google, nous on a souhaité aller encore plus loin et, en fait, fournir un système d’exploitation qui soit entièrement libre, qui soit entièrement dénué de tous les composants propriétaires pour lesquels on n’aurait pas le code source et pour lesquels on ne pourrait pas recréer une image uniquement à partir des sources.

C’est un projet qui est assez ambitieux parce qu’il s’agit, en fait, de remplacer l’ensemble de ces composants propriétaires qui posent problème et ces composants-là, en général, sont en lien avec la prise en charge du matériel, des appareils, c’est-à-dire des composants spécifiques qui constituent chaque téléphone, chaque tablette et on va, en fait, devoir écrire du code en particulier pour s’adresser à chaque composant électronique et pour arriver à correctement interagir avec le matériel. Donc c’est un gros travail qui relève souvent de l’ingénierie inverse : il va s’agir de regarder les composants propriétaires, comprendre comment ils fonctionnent et écrire des équivalents en logiciels libres qui nous permettent de prendre en charge les fonctionnalités matérielles de ces appareils.

Aurélien Couderc : Concrètement, on peut peut-être citer les composants dont tu parles, c’est-à-dire que ça va aller dans tous les domaines du téléphone : l’affichage, l’audio, le vibreur, le GPS ; il y a vraiment beaucoup de composants qui sont très différents et avec des problématiques très différentes pour retrouver des logiciels libres qui les fassent fonctionner.

Paul Kocialkowski : Effectivement. En fait, ce qu’on constate, c’est qu’il y a certains types de composants qui sont plus compliqués que d’autres à prendre en charge. L’exemple le plus flagrant au niveau de Replicant c’est le GPS ; aujourd’hui on ne prend pas en charge les GPS des appareils qui fonctionnent avec Replicant parce que les logiciels propriétaires qui servent à contrôler les composants pour le GPS sont d’une complexité assez folle. En termes de mathématiques, de physique qu’il y a derrière, c’est quelque chose d’assez costaud, donc il faut des gens qui ont la capacité technique de mener à bien des projets de réécriture de ces composants-là. Et puis on a d’autres composants qui vont être plus simples à gérer ; l’exemple qui me vient en tête ce sont les capteurs, typiquement l’accéléromètre, le gyroscope, le capteur de champ magnétique, la boussole en fait ; ces choses sont assez simples à libérer, à prendre en charge, donc ce sont des choses qu’on a pu faire au niveau de Replicant. Effectivement, il est très juste de rappeler que toutes les fonctionnalités ne sont pas encore prises en charge dans Replicant. Il reste pas mal de travail pour arriver, sur les modèles qui nous intéressent, à avoir une prise en charge globale de tous les composants.

Frédéric Couchet : En tout cas le projet Replicant permet, effectivement, d’aller quasiment au maximum de la liberté avec, eh bien des contraintes. Tu parles du GPS. Moi j’ai un téléphone, je ne vais pas citer la marque non plus, mais c’est un vieux téléphone qui fonctionne très bien, qui est sur Replicant et effectivement il n’y a pas le GPS, mais je vis très bien sans et je retrouve toutes les applications dont j’ai besoin ; d’ailleurs bientôt on va parler des magasins d’applications, donc partie logicielle.

On voit déjà qu’entre LineageOS, Replicant, le Fairphone, il y a différents degrés de récupération des libertés qui peuvent correspondre aussi à différents besoins. Ce qu’il est important de comprendre pour les personnes qui nous écoutent, qui entendent parler de beaucoup de noms de systèmes différents, ça va dépendre de leurs besoins et de leurs attentes. Tout à l’heure, en fin d’émission, je vous parlerai d’un certain nombre d’événements. L’une des pratiques possible pour découvrir ce monde-là c’est d’aller voir les groupes d’utilisateurs et d’utilisatrices de logiciels libres ou des événements spécialisés pour rencontrer des gens qui, en fonction de vos besoins, vont vous orienter vers telle ou telle solution. Aurélien tu voulais ajouter quelque chose.

Aurélien Couderc : Pour rappeler que quand on parle de besoins, ce sont des besoins et aussi des envies. C’est-à-dire que ce qui nous a, un certain nombre d’entre nous, orientés vers le logiciel libre c’est de se dire : aujourd’hui je fais de plus en plus de choses qui sont de l’informatique de près ou de loin, que ce soit avec mon ordinateur ou mon téléphone, et je n’ai pas envie que telle ou telle société décide pour moi de ce qui est bon pour moi et me dicte, finalement, les axes de ma vie numérique. Je pense que ce qui attire pas mal de gens vers le logiciel libre c’est cette réflexion un peu philosophique sur qu’est-ce que je fais de ma vie, en l’occurrence numérique. Ce n’est pas forcément toute la vie, mais ça devient quand même une partie importante de notre vie moderne.

Paul Kocialkowski : Oui tout à fait. C’est vrai que ça relève, en fait, du choix personnel. Nous, ce qu’on souhaite au travers du projet Replicant, c’est fournir une alternative qui soit un minimum utilisable et qui se place vraiment à une extrémité du spectre. Donc fournir un système entièrement libre mais, comme on l’a mentionné, il y a différentes autres solutions qui peuvent être plus adaptées à certains choix personnels, à certains cas d’utilisation. Par exemple, si pour vous le GPS est quelque chose d’absolument indispensable alors Replicant n’est peut-être pas le système qui vous correspondra le mieux. Mais on souhaite quand même proposer ce choix-là pour les gens qui se reconnaîtraient dans ces valeurs-là.

Frédéric Couchet : Avant de parler d’un dernier système, d’un dernier téléphone qui s’annonce très prometteur, mais nous ferons ça en fin d’émission, on va changer légèrement de sujet. Là on a parlé, effectivement, de la partie système d’exploitation et de ce qui va autour, qui peut sembler peut-être un petit peu compliqué ou en tout cas pas très engageant pour changer son système, mais il y a des moyens de regagner de la liberté sur Android beaucoup plus simples, avec différents exemples qu’on va citer, que je vais vous demander peut-être de détailler : par exemple changer de moteur de recherche par défaut ; changer le magasin d’applications et c’est là où on va parler aussi d’un projet très important et très intéressant qui s’appelle F-Droid ; donc peut-être Aurélien, tu peux commencer là-dessus ?

Aurélien Couderc : En deux mots sur la partie moteur de recherche, puisque ce qu’on mentionnait plus tôt dans l’émission c’est qu’un certain nombre des entreprises qui nous vendent ces téléphones ont intérêt à garder tout l’historique de ce qu’on fait en ligne, notamment pour proposer de la publicité qui corresponde à notre activité. Le moteur de recherche, évidemment, c’est l'un des principaux candidats puisqu'au départ, pour tout ce qui vous passe par la tête, vous allez peut-être passer par votre moteur de recherche pour trouver les sites correspondants.
Sur la plupart des appareils on peut changer le moteur de recherche par défaut et il y a plusieurs alternatives de moteurs de recherche qui s’engagent à ne pas pister les utilisateurs et à ne pas suivre leurs recherches, tels que Qwant qui est un moteur français, qui fait de la communication sur le respect de la vie privée et un moteur américain, un petit plus ancien, qui s’appelle DuckDuckGo, duckduckgo.com, qui lui, également, se base sur l’excellence de ses algorithmes de recherche mais sans avoir besoin de profiler les utilisateurs. Un exemple de ce que peuvent faire les gens qui ont l’habitude d’utiliser des moteurs tels que Google qui sont connus pour pister les utilisateurs, c’est d’essayer de faire la même recherche avec deux téléphones différents et on peut être assez surpris par les différences de réponses qu’on va obtenir ; ça révèle aussi une partie de l’étendue de ce que Google peut savoir de vous lorsque vous utilisez ses services.

Frédéric Couchet : Tout à fait. D’ailleurs il y avait une émission sur France 2 récemment, malheureusement je ne me souviens laquelle, où quelqu’un justement, d’ailleurs je crois même que c’était le patron de Qwant qui faisait une démo de réservation d’hôtel en ligne avec différents téléphones et les prix n’étaient pas du tout les mêmes entre les différents téléphones ; c’est très impressionnant.
On va citer à nouveau les deux moteurs de recherche : Qwant, DuckDuckGo qui, en français je crois, se traduit par « canardcanardva » ; je crois que le site existe vraiment, je le dis de tête. Mais bon ! En tout cas une première opération c’est de changer, effectivement, le moteur de recherche par défaut ; éventuellement aussi de couper les synchronisations Google quand c’est possible. Et il y a le magasin d’applications, F-Droid. Paul est-ce que tu peux expliquer un petit peu ce qu’est un magasin d’applications et quel est l’objectif et le fonctionnement de F-Droid ?

Paul Kocialkowski : Un magasin d’applications c’est en fait, en soi, une application qui est parfois pré-installée avec le système, qui va permettre d’accéder à un catalogue d’un très grand nombre d’applications et, parmi ces applications, d’installer celles que l’on souhaite.
Pour les systèmes Android, Google fournit son Google Play Store qui est le magasin d’applications de référence, qui contient toutes les applications qui ont été validées par Google et que l’on peut télécharger à partir de cette application-là.

F-Droid c’est un équivalent, donc c’est un autre magasin d’applications, mais qui lui va proposer uniquement des applications qui sont des logiciels libres. Sur le Google Play Store, donc le magasin d’applications de Google, on trouve tout un tas d’applications qui ne sont pas particulièrement libres, qui ne sont pas particulièrement respectueuses de la vie privée.
F-Droid se place dans l’idée de créer quelque chose qui propose des applications libres et respectueuses de la vie privée et de la sécurité de ses utilisateurs.
F-Droid est une application qu’on peut installer sur à peu près n’importe quel téléphone Android. Il faudra parfois configurer son téléphone pour autoriser ce qu’on appelle les sources externes puisque, par défaut, beaucoup de systèmes Android n’autorisent que les applications validées par Google ; mais on peut, en général, désactiver cette fonctionnalité pour pouvoir installer F-Droid et par là installer tout un tas d’applications qui seront des logiciels libres, qui seront des applications qui respectent la vie privée et la sécurité de ses utilisateurs.

Frédéric Couchet : D’accord. Effectivement c’est une première étape. Comme tu le dis très bien, il faut désactiver les sources externes parce que sinon vous ne pourrez pas installer F-Droid et une fois que vous avez installé F-Droid, c’est une application ; avec le pouce ou le doigt que vous voulez vous l’activez et là vous pouvez faire des recherches pour installer des logiciels libres qui vont vous permettre, en fait, de répondre à tous vos besoins. On peut peut-être citer quelques exemples de logiciels libres pour un usage classique, Aurélien.

Aurélien Couderc : On va retrouver les grands logiciels libres que vous connaissez peut-être déjà sur vos ordinateurs, tels que Firefox le navigateur internet ou VLC le lecteur vidéo, et puis il y a un certain nombre de clients pour les réseaux sociaux comme Twitter, comme le réseau Mastodon qui est un petit peu plus récent et qui est un réseau décentralisé et libre. C’est vrai qu’on a beaucoup d’applications pour beaucoup d’usages différents. On peut trouver des applications de GPS qui, typiquement, vont être basées sur le projet de cartes libres qui s’appelle OpenStreetMap ; on peut citer OsmAnd, o, s, m, a, n, d comme comme OpenStreetMap Android ou Maps, simplement MAPS.ME, qui sont deux applications de GPS que vous trouverez sur le catalogue de F-Droid. Effectivement on peut trouver beaucoup de logiciels libres pour beaucoup d’usages différents sur ce catalogue.

Peut-être parler aussi des intérêts. Tout à l’heure on parlait de l’intérêt de faire ce genre de changement et de pourquoi quelqu’un peut être intéressé par ça. Il faut peut-être rappeler que lorsqu’on utilise un téléphone qui embarque les services de Google, Google Play Store et toute la pile applicative Google, ça veut dire que Google a accès, en tant qu’administrateur, à votre appareil et notamment peut faire à distance toutes les opérations qu’il souhaite quelle qu’en soit la raison. On présuppose que c’est ce qui a permis, par exemple aux Américains, de mettre un tracker, un système d’enregistrement sur le téléphone d’Angela Merkel ; on en avait parlé il y a quelques mois. Il faut vraiment réaliser, mais c’est vrai aussi pour le coup pour Apple dont on avait parlé tout à l’heure, qu’avoir ces marchés d’applications intégrées, gérées par les grandes entreprises, leur donne accès libre à votre téléphone et il n’y a que leurs belles paroles qui peut leur interdire de faire des cochonneries, mais on voit bien que dans la vie réelle tout n’est pas si rose.

Frédéric Couchet : Paul.

Paul Kocialkowski : C’est vrai que F-Droid est, en plus, un magasin d’applications qui s’enrichit à vue d’œil, j’ai envie de dire ; le nombre d’applications a dépassé le millier il y a quelques années, maintenant ça continue de grandir. On peut vraiment trouver tout un tas de choses. Pour la plupart des tâches courantes, disons, on va trouver une application libre qui correspond et donc ça nous permettra, effectivement, de sortir du monopole Google, de sortir des applications Google et de les remplacer, alors peut-être une par une, progressivement, par des équivalents libres ; il en existe beaucoup.

Finalement par là, on va pouvoir avoir une séparation entre les applications qui relèvent de Google et sur lesquelles on sait que les données sont des données auxquelles Google a accès des données qui sont gérées par des logiciels libres dans lesquels on a une certaine confiance, on a une certaine garantie de respect de la liberté et de la vie privée.

Aurélien Couderc : Tout à l’heure je mentionnais le fait que le type de système et de logiciel qu’on utilise va aussi influer sur les pratiques, puisque les producteurs de logiciels qui ne sont pas libres vont vouloir nous forcer à rentrer dans tel ou tel modèle. F-Android est un excellent exemple pour ça puisque F-Droid propose un système de partage local d’applications. C’est-à-dire que même si je suis au bout du monde et complètement déconnecté je peux partager, donner l’une de mes applications libres à quelqu’un d’autre qui a un autre téléphone, en local en passant par un point d’accès Wifi ou même en Bluetooth, je peux partager des applications comme ça. C’est quelque chose qu’on ne pourra jamais faire avec les catalogues d’applications centralisés de Google ou Apple qui eux veulent valider qu’éventuellement vous avez bien payé, vous avez bien votre Carte Bleue, un compte et tout ça, alors que là personne ne va rien vous demander, vous êtes libre de partager une application de F-Droid avec quelqu’un d’autre sans que quiconque ait à dire quoi que ce soit là-dessus.

Frédéric Couchet : Écoute, Aurélien, je ne savais même pas que ça existait. C’est en tout cas vraiment très important et très intéressant. On va peut-être donner le site, quand même, de F-Droid, c’est f-droid.org, sur lequel effectivement il y a un moteur de recherche pour toutes les applications. Vous pouvez installer F-Droid et ensuite vous l’aurez sur votre téléphone. C’est vraiment une chose que vous pouvez faire simplement. Vous allez découvrir des applications libres ; vous allez même retrouver des applications libres que vous connaissez déjà sur votre ordinateur de bureau : tu as parlé de VLC, du navigateur Firefox, vous avez des clients pour les réseaux sociaux que vous utilisez. Voilà ! Installer effectivement F-Droid, quelle soit la version installée de son Android, c’est une première étape pour regagner de la liberté.

Je vois que le temps avance, je voudrais quand même qu’on parle d’un autre projet – donc on va revenir un petit peu sur le sujet précédent – qui enthousiasme pas mal de gens parce qu’il essaye d’aborder de façon globale la problématique à la fois matérielle et logicielle, c’est Librem de la société Purism. Paul est-ce que tu peux nous parler un petit peu de ce projet ?

Paul Kocialkowski : C’est un projet qui est fort ambitieux et qui consiste à produire à la fois une plateforme matérielle, donc ce sera un téléphone 5 pouces, d’où le nom Librem5, et un système d’exploitation correspondant, qui seraient tous les deux développés en accord avec les principes du logiciel libre pour le système et en faisant du matériel on va dire documenté et sur lequel les développeurs auront la main plus que sur les appareils qu’on trouve dans le commerce.
Ce projet va tout d’abord sélectionner un certain nombre de composants matériels, de plateformes qui vont être intégrées à ce téléphone et qui sont des plateformes qu’on connaît comme étant bien prises en charge par le logiciel libre. Donc déjà on part avec une petite longueur d’avance dans le sens où on sait que la prise en charge de ce téléphone-là sera facilitée, sera compatible avec le logiciel libre et on n’aura pas besoin, ou alors très peu, de logiciels propriétaires pour cet aspect-là.

Aurélien Couderc : Donc par rapport à ce que tu disais tout à l’heure et tout le travail que vous faites sur Replicant pour essayer de recoder, finalement redévelopper des logiciels qui permettent de faire fonctionner les différents composants de téléphone, ça, toute cette partie-là serait déjà faite dans le cas du Librem ?

Paul Kocialkowski : Exactement. L’idée c’est que l’entreprise s’engage à utiliser des logiciels libres pour cette partie-là. Donc c’est quelque chose de particulièrement intéressant pour la liberté et la vie privée. En fait l’entreprise va même plus loin, puisqu’il ne s’agit pas uniquement de proposer un système libre qui aille avec la plateforme matérielle, il s’agit de repenser la manière dont on conçoit les systèmes d’exploitation pour ces appareils.
On a mentionné beaucoup Android durant cette émission parce que ça reste la principale base de code libre avec laquelle on peut espérer avoir des systèmes libres qui soient largement utilisés, largement diffusés. Un des problèmes qu’on a avec Android c’est que le développement est entièrement guidé par Google et, finalement, il n’y a aucune décision communautaire et les décisions sont en général prises dans l’intérêt de Google et dans l’intérêt de ses partenaires avant l’intérêt de l’utilisateur, encore une fois. Ça se traduit tout particulièrement par le fait que Google a progressivement enlevé les applications de sa version libre pour qu’elles soient remplacées par les applications de Google qui rendent des services équivalents, mais qui ne sont pas libres et qui sont liées aux services Google.

La société Purism qui a voulu lancer ce Librem5 a considéré qu’en fait utiliser Android comme base n’était pas quelque chose de raisonnable, de soutenable, dans le sens où utiliser une base Android ça revient à devoir défaire toutes les modifications qu’a apportées Google dans un sens qui est contraire à l’intérêt de l’utilisateur.
Finalement cette entreprise s’est dit : on a tout un tas de logiciels libres qui existent, qui fonctionnent très bien pour nos ordinateurs de bureau, pour nos ordinateurs portables, pourquoi ne pas essayer, en fait, d’adapter ces logiciels-là aux cas d’utilisation mobiles. Il faut savoir que tous les composants du système sont déjà tous prêts à être utilisés sur les appareils mobiles, mais le problème essentiel qui reste c’est l’interface. Si on essaye d’utiliser les systèmes GNU/Linux qu’on connaît, habituels, sur ces appareils-là, eh bien on va très vite se retrouver embêté parce que les interfaces sont adaptées avant tout à une utilisation au clavier et à la souris et pas du tout à une utilisation au doigt ou au tactile.
Cette entreprise-là, Purism, a donc voulu adapter les technologies qui existent déjà dans l’univers GNU/Linux pour que celles-ci puissent plus facilement être utilisées sur les téléphones donc avec des concepts d’applications qui vont prendre différentes formes selon la taille de l’écran à laquelle elles sont cantonnées, selon le mode, si on choisit un mode orienté mobile ou un mode orienté bureau.
Tout ça demande de nombreux changements dans les librairies, dans les logiciels qui sont utilisés et c’est un travail que l’entreprise est en train d’effectuer ; c’est un travail de long terme en fait. Il ne faut pas forcément s’attendre à avoir des résultats immédiats parce qu’il y a beaucoup de choses à modifier, il y a beaucoup de composants à adapter pour permettre une utilisation fluide sur ces appareils mobiles avec du tactile.

Aurélien Couderc : Ce qui est intéressant c’est que sur l’avis de ce projet-là de Librem5, alors je ne sais plus quand a eu lieu le projet de financement participatif, c’est déjà il y a plus d’un an, mais depuis plus d’un an que le projet a démarré, on voit les résultats de la collaboration de cette entreprise commerciale avec la communauté qui développe notamment le projet Gnome.

Frédéric Couchet : C’est quoi le projet Gnome ?

Aurélien Couderc : Le projet Gnome est un projet d’environnement de bureau qui est entièrement basé sur des logiciels libres. Si vous installez quelques-unes des grandes distributions de logiciels libres que tu citais tout à l’heure – Ubuntu, on n’a peut-être pas cité Fedora, Mageia – elles vont le plus souvent fournir l’environnement Gnome comme environnement de bureau, donc c’est ça qui va gérer vos applications, vos fenêtres, vos fichiers ;e projet est un projet de longue date et qui est utilisé depuis très longtemps pour les ordinateurs. La société Purism a contribué, a collaboré avec les développeurs de ce projet pour intégrer directement les modifications dont elle avait besoin d’une manière qui soit acceptable par la communauté et bénéfique à tout le monde.

Frédéric Couchet : Donc c’est une approche qui vous paraît, je te redonne la parole Paul, beaucoup plus saine que l’approche de partir d’Android pour essayer de faire un travail important pour avoir quelque chose de potable. Est-ce que c’est l’approche qui permettrait d’avoir un téléphone entre guillemets « 100 % logiciels libres » y compris la partie puce GSM ou est-ce que c’est utopique ?

Paul Kocialkowski : Pour le coup, je pense que ça va vraiment dans le bon sens. Ça permet à la communauté de réapproprier les systèmes qui s’exécutent sur ces appareils. Effectivement, comme tu le mentionnes, il n’y a pas seulement le système d’exploitation qui s’exécute sur ces appareils-là. On a notamment un deuxième système fantôme avec lequel l’utilisateur n’interagit pas ou peu, qu’on appelle le modem ou le baseband. C’est une puce à part qui va exécuter son propre système d’exploitation, qui est en général un système propriétaire sur lequel on n’a pas la main ; en fait, il n’existe pratiquement pas de logiciel libre qui permettrait de s’exécuter sur cette puce-là. Cette puce-là, donc la puce GSM, est en charge de la communication avec le réseau mobile et elle permet simplement de recevoir des appels, d’envoyer des messages SMS et de se connecter au réseau de données mobiles.
Donc ça c’est une très forte limitation qui est liée aux appareils mobiles. Il y a quelques pistes, un projet qui s’appelle OsmocomBB qui est une première implémentation libre mais qui ne concerne que des appareils vraiment dépassés aujourd’hui donc des appareils qui ont plus de dix ans.
C’est une limitation ; il y en a d’autres.
On peut également parler des logiciels de démarrage qui sont les logiciels qui s’exécutent avant le système d’exploitation dont on a parlé. Ceux-là aussi sont des logiciels qui bien souvent sont propriétaires et ça complique en fait la tâche d’obtenir un appareil entièrement libre à la fin.

Pour le Librem5, l’entreprise a choisi des composants qui permettent d’avoir un logiciel de démarrage qui devrait être libre si tout va bien. Par contre, pour la partiebaseband, pour la partie modem, là l’entreprise ne peut pas apporter de solutions clefs en main puisqu’il n’en existe pas, donc on va essayer de limiter l’influence de ce composant-là pour qu’il n’ait pas accès au reste des données du téléphone.

Frédéric Couchet : À quoi a accès cette puce aujourd’hui ?

Aurélien Couderc : Aujourd’hui, comme le mentionnait Paul, on a dans nos téléphones en fait deux systèmes : il y a celui qui est visible, qu’on manipule avec les applications et il y a un système intégré au modem qui gère tout ce qui est téléphonie et communications externes et, dans la plupart des appareils, ce système qui est dans le modem a directement accès à la mémoire centrale, la mémoire vive du téléphone. C’est-à-dire que tout ce qui va être fait par les différentes applications et tout ce que vous allez faire sur votre téléphone peut, en théorie, être espionné par le modem. Comme c’est une boîte qui est vraiment très opaque on ne sait pas si ça a déjà été utilisé pour cela, mais la possibilité technologique existe d’observer et d’espionner tout ce qui se passe sur un téléphone par ce composant modem.
Le projet Librem a choisi un composant modem qui est complètement séparé du processeur central et qui permettra de ne pas avoir ce lien privilégié vers la mémoire centrale et donc de ne pas avoir cette possibilité pour espionner tout ce qui se passe sur le téléphone.

Effectivement, quand tu demandais « est-ce que ça va dans le bon sens ? », je suis complètement d’accord avec Paul ; pour moi en tout cas, c’est ce qu’on peut faire de plus aujourd’hui. Il faut peut-être mentionner que l’association internationale de promotion et de défense du logiciel libre, la FSF [Free Software Foundation], a un programme qui s’appelle Respects Your Freedom, « Respectez vos libertés », qui a un label qui est très difficile à obtenir puisqu’il faut avoir du logiciel libre qui fasse fonctionner un appareil à tous les niveaux et la société Purism vise à avoir ce label avec ce téléphone qui serait le premier téléphone entièrement fonctionnel à avoir ce label-là. On a déjà parlé de Replicant, mais, comme Paul l’a mentionné, on n’a pas aujourd’hui le moyen de faire fonctionner tous les composants d’un téléphone Android classique avec Replicant. Là, avec le Librem, l’idée serait bien d’avoir un système entièrement libre et entièrement fonctionnel.

Frédéric Couchet : Sur le salon web de la radio, je vous rappelle sur chat.libre-a-toi.org, vous auriez pu choisir une adresse plus simple à dire, mais sinon vous allez sur le site de la radio causecommune.fm, vous cliquez sur « chat » et vous nous rejoignez, on me signale que la date estimée de disponibilité de ce Librem c’est avril 2019. Je crois qu’on est tous assez excités d’attendre ça ; maintenant on sait bien que les annonces de projets c’est un peu comme Debian, ce sera disponible quand ce sera prêt. En tout cas ça a l’air d’être très excitant de voir cette entreprise aborder une démarche saine, en collaboration avec la communauté, avec les distributions qui existent ; on me cite aussi Ubuntu sur le salon. Aurélien.

Aurélien Couderc : Oui. Ce qui est intéressant, ça faisait suite à une des remarques de Paul tout à l’heure, c’est que les fabricants classiques essaient de nous enlever la possibilité d’utiliser les logiciels et le système qui nous intéressent sur les différents appareils, les différents téléphones. Là, la société Purism est bien en train de faire l’inverse et a déjà contacté un certain nombre de projets pour leur proposer d’installer leurs différents logiciels sur le Librem. Effectivement il y a quelques exemples dans le chat de la radio.

Frédéric Couchet : Il ne reste que quelques minutes sur ce sujet-là, avant que je ne vous pose la question : voulez-vous rajouter quelque chose ?, juste eh bien comment les gens, les personnes qui nous écoutent, peuvent essayer de se faire aider ? Je l’ai cité un petit peu tout à l’heure : déjà les groupes d’utilisateurs et d’utilisatrices de logiciels libre qui, pour beaucoup, ont des compétences ou un intérêt pour ces sujets-là et donc peuvent vous aider et vous accompagner par rapport à vos besoins et surtout par rapport à vos envies, je crois que c’est le terme qu’a employé Aurélien tout à l’heure.
Plus spécifiquement, pour les personnes qui sont en région parisienne, vous avez le Premier samedi, je vous rappelle, c’est chaque premier samedi du mois à la Cité des sciences et de l’industrie, de 14 heures à 18 heures de mémoire, vous avez une personne qui peut vous aider soit à installer F-Droid, vous faire découvrir F-Droid, soit vous installer carrément un système comme LineageOs ou Replicant. Il se trouve que c’est l’un des développeurs du projet que l’on salue aujourd’hui, qui s’appelle Denis Carikli, de mémoire son nickname, son pseudo c’est GNUtoo ; c’est quelqu’un en plus d’adorable et de très compétent, donc n’hésitez pas à aller au Premier samedi. Dans les autres régions françaises, eh bien vous allez voir les groupes locaux d’utilisateurs et d’utilisatrices de logiciels libres.

Est-ce que vous voulez rajouter quelque chose, Aurélien, Paul, sur ces sujets ? Vous pouvez.

Paul Kocialkowski : Je crois qu’on a fait un bon tour des enjeux, des options qui s’ouvrent à nous et on espère juste qu’on va aller vers plus de liberté pour les appareils mobiles ; pratiquement tout le monde en a un aujourd’hui, je crois que le taux d’utilisation en France est de 98 ou 99 %, le taux d’équipement, avec certaines personnes qui en ont plusieurs ; ça ne veut pas forcément dire que tout le monde en a, mais on est à un taux très élevé d’équipement d’appareils mobiles, donc si on peut reprendre un peu de liberté sur cette partie-là de notre vie numérique, ça me paraît indispensable.

Aurélien Couderc : Oui, tout à fait. Je partage parfaitement ce constat. L’Arcep annonçait même il n’y a pas si longtemps que l’accès à Internet, aujourd’hui en France, se fait majoritairement par des appareils mobiles. En fait, ces appareils-là ont déjà dépassé les ordinateurs de bureau pour l’accès à Internet. Donc on voit bien qu’il est critique d’intervenir sur ces appareils-là pour apporter de la vie privée, de la sécurité et de la liberté.

Frédéric Couchet : Merci Paul. Merci Aurélien. Je vais juste signaler ce qu’est l’Arcep, c’est l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes, donc c’est le grand régulateur, on va dire, de ces communications. Je crois d’ailleurs que tu avais participé à un colloque.

Aurélien Couderc : À un colloque effectivement.

Frédéric Couchet : Je ne sais pas si les vidéos sont en ligne.

Aurélien Couderc : C’est sur le site de l’Arcep il me semble.

Frédéric Couchet : Vous allez sur le site arcep.fr. Il y a eu un colloque récemment, je crois que c’était il y a quelques semaines, quelques mois ?

Aurélien Couderc : C’était il y a quelques mois, à peu près six mois, quelque chose comme ça ; c’était sur le thème des terminaux.

Frédéric Couchet : C’était sur le thème des terminaux. Effectivement, l’Arcep a publié une synthèse, en tout cas un document autour des terminaux et Paul était intervenu. Vous retrouvez sans doute les vidéos et en tout cas le rapport de l’Arcep sur le site arcep.fr.

Je remercie Aurélien et Paul qui vont rester avec moi pour la fin de l’émission. On va passer aux « annonces de service », entre guillemets, comme on dit.

Déjà le Décryptualité. Décryptualité, ce n’est pas forcément facile à dire comme ça, c’est un podcast qui est fait par un petit groupe de membres de l’April, chaque semaine, dans un format d’une quinzaine de minutes. Les sujets concernent l’actualité informatique et sont commentés de façon simple et accessible au plus grand nombre. C’est disponible chaque mardi. Nous sommes mardi donc vous allez sur le site de l’April, vous avez le Décryptualité du jour d’une quinzaine de minutes ; le sujet principal c’est le rachat récent de Red Hat par IBM et vous avez sur le site de l’April l’historique de ces Décryptualités qui sont publiés chaque mardi. Aurélien tu voulais dire quelque chose ?

Aurélien Couderc : Le site qui est bien sûr april.org.

Frédéric Couchet : Le site qui est bien sûr april.org.
Dans les actualités à venir pour l’April et le monde du Libre, mon collègue Étienne n’est pas là aujourd’hui, Étienne Gonnu, car il est à Bordeaux pour l’événement B-Boost qui est, je cite : « une convention d’affaires autour des sujets du logiciel libre avec plus de 70 conférences sur deux jours autour de 10 thématiques d’actualité ». Ça se passe les 6 et 7 novembre au Palais de la Bourse à Bordeaux ; le site web est b-boost.fr, c'est le B-Boost, et et Étienne y est surtout pour la délibération du jury et la remise des labels Territoire numérique libre dont nous avions parlé lors de la dernière émission. Ce sont des labels qui mettent en valeur des initiatives de collectivités territoriales en faveur du logiciel libre. Je connais les résultats, mais je ne peux évidemment pas vous les donner ; ça va être annoncé autour de 18 heures, je crois, à Bordeaux.

Toujours en parlant de collectivités, signalons l’événement à l’Hôtel de ville de Nancy le 14 novembre 2018 ; c’est une journée « Le Libre sur la Place » pour parler de l’intérêt du logiciel libre dans le secteur public. Je crois que c’est la deuxième édition de cet événement ; si vous êtes du côté de Nancy allez-y.

Chaque jeudi soir il y a la Soirée de contribution au logiciel libre ; la prochaine soirée c’est jeudi 8 novembre à la Fondation pour le progrès de l’homme, 38 rue Saint-Sabin dans le 11e arrondissement de Paris ; de mémoire ça doit être de 19 heures à 22 heures ou quelque chose comme ça.

Vendredi soir, si vous avez envie de rencontrer l’April, eh bien il y a un apéro April au local, dans le 14e arrondissement. Je ne sais pas si Aurélien sera à cet apéro ; je le prends un peu par surprise.

Aurélien Couderc : Vraisemblablement oui.

Frédéric Couchet : Ah ! Annonce incroyable ! Moi, malheureusement, je ne serai pas présent pour cet apéro. Aurélien Couderc sera présent. Si vous avez encore des questions à poser en plus sur Android, sur LineageOS, sur le Fairphone, sur d’autres sujets ou simplement si vous avez envie de boire un coup avec Aurélien et avec les autres personnes présentes, soyez-là vendredi soir 9 novembre.
Toujours concernant les apéros April, il y a un apéro April à Montpellier jeudi 15 novembre 2018.
Autre annonce de service, début janvier il y aura sans doute un apéro, un premier apéro April à Marseille. Ça fait suite au récent April Camp qu’on a organisé, de mémoire les 6 et 7 octobre 2018 à Marseille. On a convaincu les gens qu’il fallait continuer la dynamique. La date n’est pas encore fixée, en janvier, mais il y aura un événement, donc apéro à Marseille en janvier.

Tous les autres événements vous les retrouvez sur le site de l’Agenda du Libre donc agendadulibre.org, agendadulibre tout attaché.

Je vais rappeler quand même que cette radio, pour pouvoir continuer sa belle aventure, a des frais de fonctionnement. Donc si vous êtes contents de nous écouter n’hésitez pas à faire un petit don sur le site de la radio, causecommune.fm.

Vous retrouvez sur le site de l’April la page avec, à priori, la plupart des références qu’on a citées pendant l’émission. Comme on avait préparé l’émission, on avait anticipé les liens ; j’ai rajouté celui du Librem et, s’il en manque, je les rajouterai ; n’hésitez pas, allez sur le site de l’April, l’actualité concernant l’émission.

Vous retrouverez assez rapidement le podcast et assez rapidement également la transcription. Je suis sûr que Marie-Odile, dès que ça va être terminé, sera ravie d’attaquer la transcription et je la remercie encore une fois pour ces transcriptions parce que c’est un travail très important qu’elle fait.

Notre prochaine émission sera diffusée mardi 4 décembre à 15 heures 30. Notre sujet principal concernera l’usage des logiciels libres dans le monde associatif. Je ne parle pas des groupes d’utilisateurs ou d’utilisatrices ; je parle vraiment de comment le monde associatif utilise les logiciels libres, quelles sont les problématiques, les enjeux. Nous aurons deux ou trois invités.
Nous aurons également la présentation d’un événement qui se passe au Dock Pullman, je ne sais plus si c’est Aubervilliers, Paris ou Saint-Denis, en tout cas c'est dans le Nord de Paris. Ça s’appelle le Paris Open Source Summit qui aura lieu les 6 et 7 décembre. Nous aurons une interview d’une des personnes qui organisent cet événement pour vous donner une idée, un petit peu, de ce qui s’y passe et vous donner envie d’y aller.

Je vous rappelle le site de l’April, april.org.
Je remercie Aurélien Couderc et Paul Kocialkowski.

Aurélien Couderc : Merci pour l’invitation.

Paul Kocialkowski : Merci à toi.

Frédéric Couchet : Je remercie Olivier Fraysse et Charlotte qui sont en régie. Merci Olive. Je ne connais pas le nom de famille de Charlotte, donc je dis Charlotte, mais elle ne veut pas le dire de toutes façons,
Cause commune décroche pour quelques heures ; c’est AligreFM qui prend l’antenne et Cause commune sera de retour ce soir à 21 heures. Je ne sais pas ce qu’il y a au programme à 21 heures donc ce sera la surprise ; en tout cas soyez présents et présentes à 21 heures.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve le 4 décembre 2018. D’ici là portez-vous bien et nous nous quittons en musique avec Wesh Tone de Realaze, comme d’habitude.