Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 5 mai 2020

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Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 5 mai 2020 sur radio Cause Commune
Intervenant·e·s : Luc Bourdot - Pierre-Yves Dillard - Marc Hépiègne - Isabella Vanni - Frédéric Couchet - William Agasvari à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 5 mai 2020
Durée : 1 h 30 min
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Licence de la transcription : Verbatim
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NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

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Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
Logiciel libre dans l’Éducation nationale, ce sera le sujet principal de l’émission du jour avec également au programme logiciels libres dans l’Oise et aussi le confinement vécu par une entreprise du logiciel libre. Nous allons parler de tout cela dans l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France, en DAB+ également et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. La radio dispose également d’une application Cause Commune pour téléphone mobile.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général l’April.
Le site web de l’association c’est april.org. Vous y trouverez une page consacrée à cette émission avec les liens et les références utiles, les détails sur les pauses musicales.

Nous sommes le mardi 5 mai 2020, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
Je précise que depuis le début du confinement de la population nous diffusons dans des conditions exceptionnelles. Aujourd’hui, d’un point de vue technique, nous continuons d’utiliser le logiciel Mumble, un logiciel libre d’audioconférence que vous pouvez tester et utiliser, notamment via le serveur Chapril sur chapril point org [chapril.org] pour vos audioconférences personnelles. Ce service est totalement libre d’utilisation.

Si vous souhaitez réagir, poser une question pendant ce direct, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon web de la radio, pour cela rendez-vous sur le site causecommune.fm, cliquez sur « chat » et retrouvez-nous sur le salon dédié à l’émission #libreavous.
Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Le programme détaillé de l’émission du jour :

  • nous allons commencer dans quelques secondes par prendre des nouvelles de l’entreprise spécialisée en logiciel libre qui s’appelle Easter-eggs ;
  • d’ici une quinzaine de minutes nous aborderons notre sujet principal qui portera sur le logiciel libre dans l’Éducation nationale ;
  • en fin d’émission nous aurons un point sur le logiciel libre dans l’Oise.

À la réalisation de l’émission aujourd’hui William Agasvari.

Tout de suite on va passer directement au premier sujet, sans transition.

Nous allons commencer par prendre des nouvelles de l'entreprise spécialisée en logiciel libre Easter-eggs avec Pierre-Yves Dillard. Pierre-Yves, bonjour. Ah ! Est-ce que Pierre-Yves est avec nous ? Non ? Ce qu'on va faire c'est qu'on va changer un petit peu le programme et on récupérera Pierre-Yves tout à l'heure quand il aura réglé son problème de micro.

Logiciels libres dans l'Éducation nationale avec Luc Bourdot, responsable du Pôle national de compétences logiciels libres, Pôle EOLE ; chargé du pilotage des développements et de l'intégration des composants libres au sein de l'équipe de la plateforme apps.education

Frédéric Couchet : On va passer au sujet principal de l’émission donc Éducation nationale et logiciels libres, je précise, avec Luc Bourdot. Luc tu es responsable du Pôle national de compétences logiciels libres qu’on appelle le Pôle EOLE et, au sein de l’équipe de la plateforme apps.education dont on va parler en détail aujourd’hui, tu es chargé du pilotage des développements et de l'intégration des composants libres. C’est bien ça Luc ?

Luc Bourdot : Oui, c’est ça, tout à fait.

Frédéric Couchet : Je te remercie de participer à cette émission.
En introduction, c’est peut-être un effet un peu inattendu de la crise du Covid-19 et du confinement de la population, parce que le ministère de l’Éducation nationale a dévoilé fin avril une plateforme qui s’appelle apps.education.fr, apps c’est a, p, p, s, qui propose une liste d’outils pour répondre au besoin du travail à distance pendant le confinement. On a voulu en savoir plus donc on a essayé d’avoir un intervenant et, finalement, on a réussi à t’avoir, Luc, pour parler notamment de cette initiative et, un peu plus globalement, de ce que fait le Pôle national de compétences logiciels libres, le Pôle EOLE.
N’hésitez pas à nous rejoindre sur le salon web dédié à l’émission si vous voulez réagir, poser des questions à Luc, c’est le site causecommune.fm bouton « chat » et le salon #libreavous. Évidemment, toutes les références qu’on va citer aujourd’hui, les sites web, vous les retrouverez sur les pages consacrées à l’émission sur april.org et sur causecommune.fm.
Déjà première question Luc, peut-être une petite présentation personnelle ?

Luc Bourdot : Je m’appelle Luc Bourdot. Je suis un ancien de l’informatique puisque j’ai commencé dans les années 80 par faire du Cobol, je ne sais pas si ça dit des choses à des gens, mais voilà !
J’étais développeur, à l’époque on disait programmeur et, assez rapidement, je suis passé sous Unix qui est, quelque part, un peu le grand-papa de Linux. J’ai fait pas mal de développement système et c’est comme ça que, petit à petit, j’ai bifurqué vers une carrière plus orientée système et réseaux.

Luc Bourdot : J’étais ingénieur système et réseaux dans l’académie de Dijon et, dans les années 98 à peu près, il y a eu le projet de raccorder les établissements scolaires à l’Internet et j’ai été chargé de m’occuper de ça. À l’époque, j’ai constaté qu’il y avait quand même un sacré problème de sécurité et de partage de connexion puisqu’on était en Numéris. Il n’existait pas vraiment de solution, c’est comme ça que m’est venue l’idée de réaliser un pare-feu pour les établissements scolaires qui s’appelle Amon, qui était le premier module d’EOLE. Ce pare-feu avait la particularité de pouvoir faire partager la connexion internet aussi bien par les administratifs que par les élèves et les enseignants dans les établissements.
Comme c’était un projet un peu transversal par rapport aux préconisations du ministère, je suis allé présenter ma solution au ministère en leur disant « j’ai l’intention de faire ça » et ils ont trouvé l’idée intéressante. Plusieurs académies m’ont sollicité pour installer le même genre de solution et là m’est apparu immédiatement la problématique qu’en fait mettre du Linux — parce que j’avais développé ça sur une base Linux, Mandrake à l’époque — ça n’allait pas être simple dans les établissements scolaires, donc il fallait essayer de trouver des mécanismes pour simplifier l’administration, l’installation et tout. C’est de là, en fait, qu’est né le projet EOLE pour « Ensemble Ouvert libre Évolutif » qui avait pour but, initialement, de fournir des serveurs Linux pré-packagés pour les établissements scolaires.

Frédéric Couchet : D’accord. Juste avant de poursuivre et te demander un petit peu les dates, on va préciser qu’un pare-feu c’est un logiciel ou un ensemble de logiciels qui permettent, on va dire, de faire respecter des protocoles de sécurité sur un réseau ou sur une machine. Deuxième petit point, alors c’est marrant parce qu’on me le fait remarquer sur le salon web de la radio, c’est l’usage du nom GNU/Linux. Nous, on préfère évidemment utiliser le terme GNU/Linux qui est beaucoup plus large et qui fait aussi référence à l’importance du projet GNU. Je vais renvoyer au podcast de l’émission de la semaine dernière, du 28 avril 2020, où Véronique Bonnet, vice-présidente de l’April, avait fait une chronique sur le sujet et également à une émission passée où on avait expliqué les différentes distributions logiciel libre et celle que tu as citée, une des premières distributions logiciel libre française, dans les années 98/2000.
Ceci précisé, le Pôle de compétences logiciels libres, c’est un pôle qui est une équipe du ministère de l’Éducation nationale, il a été créé où et il est situé spécifiquement à Dijon ou il est décentralisé ?

Luc Bourdot : En fait, si je reprends, effectivement c’est écrit « EOLE est une distribution GNU/Linux » sur notre site, donc des fois ma langue fourche, il ne faut pas m’en vouloir, donc oui, je suis parfaitement d’accord avec le fait qu’il faut faire attention à l’appellation GNU/Linux.
En fait ce projet qui était un projet académique, c’est pour ça que j’étais à Dijon, est devenu un projet inter-académique puisque d’autres académies ont voulu se saisir de cette opportunité de pouvoir sécuriser les connexions internet des établissements scolaires. Au début c’était un projet qui était mené en parallèle, je dirais, de mon autre boulot.
Un peu avec la montée en puissance de ce projet, en 2003, donc deux ans, trois ans après, on va dire que le ministère de l’Éducation nationale a créé une équipe spécifique EOLE basée à Dijon puisque moi j’étais à Dijon, au début on était trois, pour développer le projet.
Et puis, au pare-feu, sont venus se rajouter d’autres modules pour les établissements, d’autres serveurs, et l’équipe a grandi petit à petit. Aujourd’hui c’est une équipe de neuf personnes, basée à Dijon, qui a effectivement une vocation de Pôle national de compétences, on travaille au niveau national et même, je dirais aujourd’hui qu’on travaille pour plusieurs ministères notamment principalement le ministère de l’Écologie avec qui nous avons un partenariat fort, puisqu’il a même une équipe EOLE au sein de son ministère et qu’il participe financièrement au développement du projet.

Frédéric Couchet : D’accord. Donc EOLE, tu l’as dit, a pour objet de produire une distribution GNU/Linux, on va préciser plutôt orientée serveur, c’est-à-dire que ce n’est pas dédié au poste de travail des personnes au quotidien, c’est plutôt sur la partie serveur, donc pour gérer un pare-feu, des serveurs de clients légers, etc. Donc c’est vraiment orienté serveur. Quelles fonctionnalités cette distribution propose-t-elle aujourd’hui ?

Luc Bourdot : Effectivement, oui, c’est orienté serveur. On a bien essayé deux/trois fois de proposer des solutions plus poste de travail, mais on n’était pas vraiment suivis sur ce sujet. En fait, on a aujourd’hui une solution poste de travail, on a quand même une solution qui s’appelle Eclair [Environnement Client-Léger pour les Applications Informatiques en Réseau], qui est une solution qui fait du client léger, qui permet, sur des postes anciens, de faire tourner des systèmes Linux et c’est principalement utilisé dans les écoles et aussi dans certains collèges.
Sinon, en plus du système du pare-feu qui a une vocation de protection à la fois des réseaux, du matériel et des gens puisque derrière, dans les écoles, il y a des mineurs donc c’est important aussi, on offre des serveurs dits pédagogiques qui sont des serveurs sur lesquels, principalement, on va trouver des fonctions de contrôleur de domaine pour être en face des solutions propriétaires bien connues, qui peuvent donc les remplacer ; c’est basé sur du Samba, pour ceux qui connaissent, avec dessus, en plus, la possibilité de faire tourner des applications web pour avoir des services à l’intérieur de l’établissement. On peut aussi ouvrir sur Internet, au travers du pare-feu, des services assez classiques, des blogs, de la messagerie, donc ce module qui s’appelle Scribe, est aujourd’hui largement déployé.
On avait aussi réalisé quelque chose de très spécifique pour l’Éducation puisque c’était pour supporter des applications métier, c’est un module qui s’appelle Horus – on est souvent dans la mythologie égyptienne – qui est utilisé dans une grande partie des établissements scolaires puisque, entre autres, il y avait les applications métier comme la comptabilité qui tournaient dessus. À l’époque c’était un challenge parce que tout était développé sur du Novell qui est une vieille solution réseau et, à un moment donné, le ministère a envisagé de virer Novell et le client naturel c’était Microsoft. Et là, il a fallu relever un challenge qui a consisté à dire « nous on peut faire mieux et plus vite que Microsoft ». C’est comme ça qu’on a fait le serveur Horus qui a été, en gros, le deuxième serveur important dans EOLE.
À ça, je rajouterais le plus d’EOLE puisque, comme je l’ai dit, la problématique c’était d’avoir beaucoup de serveurs dans une académie, dans une région, et administrer tous ces serveurs c’était compliqué. Donc EOLE propose un système qui permet de télé-administrer les serveurs, de les configurer à distance, qui facilite l’installation, la migration et ce module s’appelle Zéphir. Pour ne pas être trop technique je renvoie les gens sur notre site, vous mettrez les liens, tout cela est très bien expliqué.
Ce qu’il faut savoir c’est qu’EOLE est principalement dans les établissements scolaires, mais pas que. C’est vraiment du logiciel libre, c’est accessible à tous, téléchargeable en ligne et c’est utilisé dans d’autres ministères et dans d’autres instituts de formation privés. Il y a beaucoup d’utilisation. Vous pourrez aussi voir les statistiques sur notre site. Aujourd’hui on est à 20 000 serveurs actifs, en fait, dans le monde entier on peut dire, bien sûr principalement en France et dans les territoires d’Outre-mer, 20 000 serveurs qui tournent sous GNU/Linux EOLE.
Petite précision, juste pour terminer parce que je ne l’ai pas dit et c’est important, c’est une méta-distribution c’est-à-dire qu’on n’est pas parti de rien, on est appuyé aujourd’hui sur la distribution bien connue Ubuntu.

Frédéric Couchet : D’accord.
Justement sur la partie statistique, c’était une de mes questions, tu dis 20 000 serveurs installés, mais pour qu’on ait une idée de ce que cela représente parce que ça paraît évidemment beaucoup, quel pourcentage ça représente par rapport aux serveurs qui sont installés dans l’Éducation nationale ? Est-ce que tu as une idée du pourcentage que ça représente ?

Luc Bourdot : Non. Je n’en sais rien.

Frédéric Couchet : On cherchera.

Luc Bourdot : La particularité aussi c’est qu’on est un pôle logiciels libres du ministère de l’Éducation nationale, donc on n’a pas de velléités commerciales. Notre idée c’est vraiment d’offrir des solutions : les gens les prennent, les utilisent comme ils veulent, sans forcément nous rendre compte, ce qui fait que même les 20 000 que j’annonce c’est un minimum, c’est-à-dire que ce sont les 20 000 qu’on connaît dont 18 000 qu’on est quasiment capables de situer dans les établissements scolaires parce que les gens ont renseigné ce qu’il fallait pour qu’on puisse les positionner sur une carte, mais potentiellement il y a en plus. On ne sait pas en fait, on n’a pas de licence pour compter.

Frédéric Couchet : C’est la difficulté, en tout cas une des caractéristiques du fait que ce soit du logiciel libre, c’est que n’importe qui, une prof, un prof dans une école, dans une académie, peut installer le serveur pour ses besoins sans vous le signaler, donc effectivement ce chiffre-là est un minimum.
Avant de passer au sujet apps.education.fr qui, je pense, intéresse aussi beaucoup de gens, EOLE est développé par le Pôle compétences logiciels libres, mais est-ce que c’est développé uniquement par le Pôle compétences ou est-ce qu’il y a des contributions externes, que ce soit des personnes physiques ou peut-être des entreprises ?

Luc Bourdot : Il y a des contributeurs. Il y a plusieurs types de contributeurs. Il y a, je dirais, les contributeurs collègues. Dans les différentes académies vous avez des informaticiens, on reviendra probablement là-dessus quand on parlera de apps, une des particularités de ce ministère c’est d’avoir des DSI dans chaque région ; c’est un modèle qui est très décentralisé. Il y a beaucoup d’informaticiens et, dans ce cadre-là, on a pas mal de contributeurs, bien sûr, on a une véritable communauté de gens qui nous aident à des niveaux différents. Classiquement, dans le logiciel libre, le premier niveau de contribution c’est déjà d’utiliser et puis de faire des retours, donc ça c’est le premier niveau ; on a ensuite des gens qui nous soumettent des patchs et on a même des gens qui ont développé des modules. Sur notre forge, qui est ouverte, on a des produits qui sont portés en contribution, c’est-à-dire qui sont distribués par EOLE mais qui ont été réalisés par d’autres.
Après, on a une catégorie un peu particulière. On a travaillé avec des entreprises dont Easter-eggs d’ailleurs — puisqu’ils sont là je les salue — qui a même été une des premières boîtes avec qui on a bossé il y a très longtemps et plus récemment aussi. Donc on a, comme ça, des collaborations avec des boîtes qui font du logiciel libre et aussi des collectivités territoriales qui, des fois, ont des besoins spécifiques et les font développer. La plupart du temps elles n’ont pas les moyens en interne, donc elles font aussi appel à des sociétés qui vont aller développer des choses qui vont être intégrées dans EOLE, des améliorations que nous redistribuons ensuite. Le principe que nous appliquons c’est que si nous sommes associés en amont avec ces développements, ils sont repris par nous dans la distribution et, ensuite, ils sont maintenus par nous. Du coup, c’est comme ça qu’on a plusieurs collectivités qui ont rajouté des fonctionnalités à EOLE qui, aujourd’hui, sont largement utilisées par les autres.

Frédéric Couchet : Excellent. Je vais juste préciser pour les personnes qui écoutent qu’une forge c’est, on va dire, un site qui permet d’héberger du développement notamment logiciel. Donc la forge du projet EOLE, comme tu l’as dit, est une forge publique sur laquelle toute personne peut contribuer soit en apportant des corrections de bugs soit en rajoutant des fonctionnalités. C’est bien ça ?

Luc Bourdot : Tout à fait, c’est ça, et même simplement en nous faisant des suggestions. C’est-à-dire qu’on a des utilisateurs qui viennent et qui disent « il manque ça au produit », c’est important aussi. À EOLE, depuis le début, on travaille vraiment dans la philosophie du logiciel libre, c’est-à-dire très proches de l’utilisateur. On est présents sur IRC, on a des forums. L’idée c’est de coller au plus aux besoins des utilisateurs et du terrain, donc on est très à l’écoute là-dessus. Pour nous, la technique a toujours été un moyen, ce n’est pas un but. On ne perd pas de vue qu’on est là pour essayer de faire avancer les choses en priorité dans l’Éducation. Pour nous c’est important, en tant que fonctionnaires, de contribuer au bien public : argent public, bien public ; tout va bien.

Frédéric Couchet : C’est un beau résumé.
Quand tu parlais des personnes qui utilisent, en préparant l’émission j’ai envoyé un message sur la liste Éducation de l’April en disant qu’on te recevait, si les gens avaient des questions. Il y a eu des remarques, notamment la remarque d’une personne, un enseignant, qui dit que s’il y a bien un pôle qui connaît les logiciels libres et leur utilisation au sein des établissements scolaires, c’est bien EOLE. Il précise « il est déplorable que ce soit si peu connu de nos décideurs ». Je pense qu’on reviendra à la fin sur la question de positionnement entre les informaticiens libristes du ministère et les décideurs c’est-à-dire les politiques. Je voulais quand même te faire remonter ce petit retour très positif au sujet d’EOLE.

Luc Bourdot : Je profite d’être à l’antenne pour rebondir parce qu’aujourd’hui, justement en parlant d’EOLE, il y a plein de choses qui se racontent, comme quoi le projet serait en difficulté, qu’il va être arrêté. Eh bien non, c’est complètement faux ! En fait, ce que les gens ne comprennent pas, c’est qu’avec la loi qui a confié la responsabilité des structures informatiques aux collectivités territoriales, effectivement un certain nombre d’académies se désengagent et, quand les académies se désengagent, des fois ce n’est pas compris parce que les gens ont l’impression qu’EOLE est un produit académique, donc, si les académies se désengagent, EOLE c’est fini. Non ! Aujourd’hui on a des rapports avec beaucoup de collectivités territoriales et c’est vrai que c’est une nouvelle orientation du Pôle. Nos interlocuteurs, de plus en plus, ne sont pas forcément des gens qui travaillent dans l’Éducation, ce sont de plus en plus des gens qui sont dans les collectivités. Aujourd’hui on a des collectivités qui font le choix d’EOLE et qui vont continuer à travailler avec les outils. Au niveau du ministère il est très clair que cette mission-là continue. C’est-à-dire que ce n’est pas parce que ce n’est pas de la responsabilité directe de l’Éducation nationale d’installer des services pour les établissements scolaires, puisque c’est le boulot des collectivités, il est quand même de notre rôle de continuer de proposer une solution.
En fait, EOLE est la solution libre proposée par le ministère aux collectivités pour installer dans les établissements scolaires.

Frédéric Couchet : Très bien. Effectivement, avec ces nouvelles répartitions des rôles c’est important de le préciser. EOLE, en fait, est au service de toutes les structures qui interviennent dans l’Éducation. On renvoie évidemment sur le site april.org et sur causecommune.fm ; vous retrouverez les références sur le projet EOLE, les différents modules, la forge publique. N’hésitez pas à y faire un tour soit pour découvrir, pour utiliser ou pour contribuer.
On va aborder le deuxième sujet qui est le sujet principal, en fait, de la discussion. Je disais en introduction que le ministère de l’Éducation nationale a dévoilé fin avril une plateforme apps.education.fr. Je dis bien dévoilé parce que, en fait, on va revenir un petit peu sur la genèse de ce projet qui, finalement, n’est pas si nouveau que ça. En tout cas tout d’un coup il y a eu des commentaires disant « enfin le ministère de l’Éducation nationale s’intéresse au logiciel libre ! » On va d’ailleurs revenir sur cette partie logiciel libre parce que j’ai justement quelques questions par rapport au positionnement.
Déjà première question sur l’historique de cette plateforme, de ce projet apps.education.fr. De quand date le projet ? Par qui est-il mené et quels sont les objectifs de ce projet ?

Luc Bourdot : Le projet, effectivement, n’est pas un projet qui est sorti du chapeau là, au dernier moment, c’est quelque chose sur lequel il y a des gens qui travaillent depuis un moment. Je dirais que ça fait presque deux ans. En fait, il y a eu pendant presque un an une phase de maturation du projet qui est donc mené par la DNE, la Direction du Numérique pour l’Éducation, avec, comme sponsor, Laurent Le Prieur qui est à la tête de la sous-direction.
En fait, au départ ce projet a surtout été conduit avec les différentes DSI académiques pour essayer de déterminer un petit peu les contours fonctionnels, l’organisation je dirais plus administrative. Donc il y a eu des réunions essentiellement entre les DSI et, à l’époque, Marine Gout, je peux la nommer, qui est chef de projet au niveau de la DNE ; à l’époque il y avait aussi Jérôme qui est parti depuis.
Ce projet, je dirais il y a un an, est entré dans une partie plus opérationnelle. Il y a vraiment une équipe qui a été constituée : aujourd’hui il y a Nicolas, Marine, moi, plus deux designers dits d’intérêt général qui sont mis à disposition du projet par la DNUM. Ce projet avait pour vocation de fournir des outils numériques principalement libres, il n’y avait pas d’exclusive, on s’était dit principalement libres, aux personnels de l’Éducation nationale, personnels administratifs et enseignants, et pas du tout d’aller s’occuper de la relation des enseignants avec les élèves, puisque, en gros, il ne fallait pas marcher sur les platebandes des ENT. Voilà !

Concrètement, ce projet a démarré en fin d’année dernière, principalement suite à des hackathons qui ont été organisés au Lab 110 bis pour ceux qui connaissent, qui est une structure du ministère de l’Éducation nationale où il y a eu des réunions avec des utilisateurs pour essayer de déterminer les contours parce qu’il y a une démarche de design par les utilisateurs. Le coup vraiment opérationnel a été lors d’un hackathon des administrations organisé par la DNUM où les premières lignes de code ont été produites, c’était, je crois, en novembre 2019.
C’est un petit peu la genèse sachant que, bien sûr, on n’avait prévu de faire apps bêta là, pour le confinement.

Je peux un petit peu expliquer. Comme je le disais ce projet avait pour vocation de s’adresser aux personnels de l’Éducation et, quand le confinement s’est produit, au début « tout allait bien » entre guillemets, les ENT allaient prendre le relais, il y avait justement des tas d’accord qui avaient été signés avec des GAFAM, avec des choses et tout allait bien. Finalement, ce dont on s’est aperçu c’est que ça ne marchait pas si bien que ça, il y avait quand même des problèmes. La DNE s’est tournée vers nous pour voir si on ne pouvait pas essayer de colmater quelques brèches.
Sachant que moi je suis aussi très impliqué dans les travaux interministériels autour du logiciel libre, dans ce cadre-là j’ai monté une plateforme pour les groupes qui travaillent sur le logiciel libre, plateforme qui s’appelle MIM-LIBRE [mim-libre.fr/communaute-mim-libre/], qui est une plateforme interministérielle, qui est déjà un portail qui regroupe des services pour les gens qui travaillent autour du socle interministériel de logiciels libres. Donc il y avait des pads, il y avait un forum, il y avait de la messagerie, il y avait du Rocket.Chat, il y avait tout ça. Ce sont en fait ces services qui ont servi un petit peu de modèle pour construire apps.
Du coup, quand il y a eu ces problèmes, ce qu’il a fallu faire c’était réorienter un petit peu apps. Concrètement ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’au niveau du développement il y a une branche particulière qui a été créée pour finaliser certaines fonctionnalités et en priorité les stabiliser pour pouvoir sortir une version bêta. Il y a aussi une réflexion qui a été menée pour trouver, je dirais, des services et un petit peu colmater les brèches comme je le disais.
Pour ce faire il y a eu un appel qui a été aussi lancé sur nos réseaux internes, parce que, ce qu’il ne faut pas oublier, c’est qu’il y a une grande participation de plusieurs DSI académiques qui sont venues nous donner la main, sinon ça n’aurait pas été possible de faire ça aussi vite.

Frédéric Couchet : En introduction tu as donné un point qui est intéressant, tu as dit qu’il n’y avait pas d’exclusivité logiciel libre et tu as cité Laurent Le Prieur. Il se trouve, et c’est assez marrant, que j’ai vu un courriel de Laurent Le Prieur qui a été envoyé à la communauté des informaticiens en DSI, donc Direction des systèmes informatiques auprès des ministères, pour annoncer apps.education.fr, un appel à contribution. Ce qui est marrant c’est que dans ce courriel il est question de services, d’applications, mais le mot logiciel libre n’apparaît jamais ! Quand on regarde sur apps.education.fr, ce qui est marrant aussi c’est c’est que le mot logiciel libre n’apparaît pas ; on voit services, sécurisés, utiles, etc., et quand on va sur les différents outils, par exemple PeerTube qui permet de partager des vidéos, quand on va sur Nextcloud qui permet de partager des documents, pareil, cette notion de logiciel libre n’apparaît pas ! J’aurais une question une peu provocatrice : est-ce que le ministère a honte de se baser sur des logiciels libres ou est-ce qu’il y a des pressions internes peut-être pour ne pas faire trop de pub au fait que ce soit des logiciels libres ?

Luc Bourdot : Non. Je dirais que le ministère n’a pas honte du logiciel libre. D’ailleurs, ce qu’il faut savoir, c’est que dans les infrastructures du ministère et des académies, c’est 99 % de GNU/Linux, donc il n’y a pas de honte. Les informaticiens de l’Éducation nationale sont habitués à travailler avec beaucoup de logiciels libres sur les parties serveurs.
Par contre, je ne suis pas du tout chargé de la comm’ sur le projet, donc je n’ai pas du tout participé à l’aspect rédactionnel de présentation.
Ce que je pense c’est qu’effectivement il n’y a pas non plus la volonté de mettre en avant le fait que ce soit du logiciel libre, il n’y a ni la volonté de le cacher ni la volonté de le mettre en avant, peut-être pour éviter justement des polémiques. Donc ce n’est pas caché puisque les logiciels sont nommés, cités. On sait très bien que derrière les pads collaboratifs c’est un produit qui s’appelle CodiMD ; quand on va sur les logiciels eux-mêmes on va souvent trouver des références comme quoi ce sont des logiciels libres. Après, pourquoi ça n’a pas été mis en avant, il faudrait effectivement demander au service de comm’ de la DNE, mais il n’y a pas non plus de honte.

Frédéric Couchet : Je sais que toi tu n’en a pas honte mais peut-être que la DNE, la Direction du Numérique éducatif, peut-être que le ministère en a honte. Je fais effectivement un appel au service presse : si le ministre veut s’exprimer ou si un responsable de la DNE veut s’exprimer, ce sera avec plaisir.
On va parler des différents services qui sont proposés, mais d’abord on a faire une petite pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Cette pause musicale va faire plaisir à notre invité suivant, Pierre-Yves Dillard, car c’est un membre de d’Easter-eggs qui, au-delà d’être informaticien libriste, fait également de la musique.
On va écouter Lost par Emmanuel Saracco. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Lost par Emmanuel Saracco.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Lost par Emmanuel Saracco, musique disponible sous licence Art Libre.
Vous êtes toujours sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et également en DAB+ et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Nous poursuivons notre discussion sur l’Éducation nationale et les logiciels libres avec Luc Bourdot qui est le responsable du Pôle national de compétences logiciels libres, le Pôle EOLE. Juste avant la pause musicale on parlait de la plateforme apps.education.fr qui propose un ensemble de services aux personnels de l’Éducation nationale en cette période de confinement.
Luc, est-ce que tu pourrais nous lister les services qui sont pour l’instant proposés sur cette plateforme apps.education.fr ?

Luc Bourdot : La première chose c’est que cette plateforme reste personnalisable. En fait, ce qu'on n'a pas encore dit c'est que ce n’est pas UNE plateforme, c’est une plateforme par académie, donc 27, enfin 28 avec le ministère puisqu’on a aussi fait une plateforme pour les personnels des ministères.
Au départ, l’idée c’était de proposer quelque chose avec des services intégrés pour aller très vite, mais aujourd’hui chaque académie a la possibilité de rajouter d’autres services ou de les échanger avec ceux qu’on propose. C’est pour ça que, des fois, on va avoir des réactions par rapport à cette plateforme qui peut sembler incohérente parce qu’en fait ce n’est pas une plateforme, du coup ce sont 28 plateformes avec la personnalisation que peuvent faire les académies.
Les services qui ont été intégrés de base, je ne sais même plus combien il y en a, mais je vais essayer de les citer sans me tromper.
Le premier c’est déjà le portail lui-même qui est donc le développement qui doit permettre d’avoir une entrée principale et surtout, ce qui était ressorti des interviews qu’on faisait avec les utilisateurs, c’était la difficulté des gens de retrouver tous les outils. Donc l’idée c’était, en premier lieu, de faire une application qui va servir de portail pour tous ces outils, une plateforme de services, où chacun va retrouver les différents outils et, en plus, ces outils étant en authentification unifiée, une fois qu’on se connecte sur la plateforme le passage vers les différents services proposés, à quelques exceptions près, se fait sans avoir besoin de se ré-authentifier. On est authentifié une bonne fois pour toutes, donc c’est aussi une facilité.

Il y a le pad, classiquement pour ceux qui connaissent. Il y en a deux en fait. Il y a Etherpad qui est une application extrêmement connue. Le pad est un outil qui va permettre d’écrire de manière collaborative en ligne : on peut se mettre à plusieurs sur un texte, on peut travailler en même temps sur ce texte.
On a intégré un outil peut-être un peu moins connu mais qui, à mon avis, est plus performant et plus intéressant, qui offre plus de fonctionnalités, qui s’appelle CodiMD ; lui aussi c’est un pad qui offre des possibilités de présentation personnalisée peut-être un petit peu plus évoluées.
Donc deux services d’écriture collaborative qui permettent ensuite de republier éventuellement vers des gens qui, eux, ne seraient pas connectés : on peut créer du contenu à plusieurs et le mettre à disposition d’autres personnes, simplement en diffusant le lien, l’URL du contenu qu’on a créé.

Un service de blog qu’on a intégré dans notre plateforme parce qu’on voulait quelque chose de très simple. Ça veut dire que quand vous êtes connecté dans la plateforme vous avez un espace de publication qui va vous permettre, là aussi, de créer du contenu ; ce n’est pas coopératif, collaboratif, là vous créez votre contenu tout seul. La totalité de ce contenu est ensuite exposée sur une simple page avec, comme entrée principale, le nom de la personne. Du coup c’est très simple : si votre maîtresse d’école s’appelle madame Pervenche, eh bien vous cherchez « madame Pervenche » et vous allez trouver immédiatement tout ce qu’elle a publié pour vous. On voulait quelque chose de simple.

Il y a un service, pareil, logiciel libre, Nextcloud, qui est un service, je ne sais pas comment le qualifier parce qu’on peut faire beaucoup de choses avec Nextcloud, principalement du partage de documents, je dirais, même si à l’intérieur il y a plein de fonctionnalités plus riches, mais sa principale fonction c’est de pouvoir partager des fichiers, des documents.

Frédéric Couchet : Nextcloud est une plateforme collaborative qui, au départ effectivement, était surtout connue comme site d’hébergement de fichiers mais qui propose beaucoup de choses : tu peux synchroniser des contacts, tu peux mettre des images, il y a vraiment pas mal de fonctionnalités ; il y a même un outil de visioconférence qu’on a d’ailleurs utilisé dans le cadre de l’émission. Il y a plein de fonctionnalités. D’ailleurs j’aurais peut-être après une question sur Nextcloud, mais je te laisse poursuivre la liste des services proposés.

Luc Bourdot : Effectivement Nextcloud permet de faire pas mal de choses, mais nous on n’a pas forcément activé aujourd’hui toutes les fonctionnalités à l’intérieur de Nextcloud. On l’a vraiment vu plutôt pour stocker et partager des fichiers, d’accord, ça peut être du texte, des images et du son.

Après, en parlant de médias, il y a PeerTube bien connu, je pense, des libristes, qui est un produit qui a été développé par l’association Framasoft, qui est, on va dire, le concurrent de YouTube, n’est-ce pas ? Le but c’était de permettre aux enseignants d’avoir un espace où ils peuvent publier les contenus vidéo qu’ils réalisent et ensuite pareil, les partager.
Je le dis tout de suite : on est en contrat avec l’association Framasoft, ça va déjà permettre de dire que le ministère contribue au développement de PeerTube. PeerTube ne permettait pas de faire ce dont j’ai parlé tout à l’heure c’est-à-dire l’authentification unifiée puisque les protocoles d’authentification dans PeerTube, c’est un petit peu technique, ne le permettaient pas. Donc le ministère a fait réaliser, a financé ces fonctionnalités supplémentaires qui vont être, bien sûr, mises à disposition de tous.

Frédéric Couchet : C’est vrai que c’est une excellente nouvelle ça !

Luc Bourdot : Voilà. Cette plateforme va servir à publier des vidéos.

Frédéric Couchet : Il y a aussi un forum si je me souviens bien. Peut-être que tu en as déjà parlé, excuse-moi.

Luc Bourdot : Non, je n’en ai parlé. Effectivement, il y a aussi un forum.
On voit qu’entre le forum, les pads, les blogs, il peut y avoir un peu une impression de redites, mais pour nous ce sont des approches un peu différentes et on voulait voir comment les utilisateurs allaient s’en emparer, qu’est-ce qui leur semblerait le plus judicieux. Le but n’était pas non plus d’être trop contraignant vis-à-vis des utilisateurs.
En fait, ça veut dire qu’aujourd’hui, pour communiquer avec sa classe, avec les parents, en gros un enseignant peut passer par les pads, il peut passer par les blogs et il peut passer par les forums. Après c’est son choix, il fait comme il veut et on verra à l’usage : si certains services ne sont pas du tout utilisés, eh bien on ajustera.
Ça a été un petit peu dit dans le communiqué. Il faut bien comprendre que le projet bêta apps, bien sûr, sert à répondre au confinement, mais on aurait pu le faire autrement. On a décidé d’utiliser quand même les mécanismes de apps parce que ça nous semblait cohérent d’obtenir des retours d’utilisateurs. Aujourd’hui on a nos deux designeuses d’intérêt général qui sont à la recherche et qui mènent des entretiens avec des utilisateurs dans toutes les académies. Il y a eu un appel à volontariat sur les plateformes type Tchap par exemple, et ça nous sert aussi de galop d’essai. C’est-à-dire qu’on est en train de regarder comment les utilisateurs s’emparent de ces outils, qu’est-ce qu’ils en font, qu’est-ce qu’ils trouvent bien, qu’est-ce qu’ils ne trouvent pas bien, et toutes les suggestions qu’ils pourront nous faire.

Frédéric Couchet : C’est une excellente démarche qui rappelle sans doute un peu la démarche agile que vous pratiquez, je crois, à EOLE et dont on a parlé dans une émission récente de Libre à vous !
Le temps file très vite, il nous reste quelques minutes. Ton dernier commentaire me fait penser au fait que sur le site de apps on voit marqué que « les services proposés sur la plateforme sont temporaires afin de répondre aux demandes dans le cadre de la situation sanitaire actuelle », donc le confinement. Se pose également la question de la pérennité de ces applications : est-ce qu’elles vont être pérennes ou relancées ultérieurement pour être définitivement en ligne indépendamment de la période de confinement ? Et aussi la question du transfert, de la sauvegarde des documents qui pourraient être déposés d’ici la fin de l'année scolaire sur cette plateforme. Donc la question de la pérennité.

Luc Bourdot : C’est une excellente question, je te remercie de me l’avoir posée comme on dit !
En fait il y a eu, à mon avis, une petite erreur de communication de notre part : on a mis dans le bandeau « attention c’est temporaire », même si, juste en dessous, on dit que les services ont vocation à être pérennisés. Souvent les gens se sont arrêtés au premier truc en disant « alors tout va s’arrêter ». Non, tout ne va pas s’arrêter ! Ce qu’il faut comprendre c’est que la première difficulté que nous avons rencontrée c’est qu’aujourd’hui le projet apps – bientôt vous aurez accès, je dirais, au apps final en mode bêta avec d’autres fonctionnalités pour tester – était hébergé dans des infras propres à l’Éducation nationale qui n’étaient pas dimensionnées du tout pour accueillir potentiellement la totalité des académies et des enseignants qui en auraient besoin. C’est pour ça que la DNE s’est tournée vers des partenaires extérieurs, en l’occurrence je peux les citer, Scaleway et OVH, pour héberger ces services, puisque nous on n’avait ces compétences, enfin ces capacités rapidement en interne, notre plateforme, aujourd’hui, n’est pas dimensionnée pour ça. On n’avait pas eu vraiment le temps de faire un certain nombre de tests, c’est aussi pour ça qu’on est parti sur des plateformes par académie plutôt qu’une plateforme nationale. C’était une façon, pour nous, de savoir que la montée en charge serait quand même moins violente qu’en voulant présenter directement une plateforme nationale ; on n’avait pas eu le temps de faire tous les tests donc on n’a pas voulu prendre ce risque. Donc on est parti sur une plateforme par académie.
À partir de là, ce qui est clair c’est que le projet apps a vocation à continuer après le confinement. Mais, comme je l’ai dit, nous avons fait un certain nombre d’adaptations pour ce confinement.
En premier lieu, le côté relation enseignant/élèves n’est pas du tout dans les objectifs de la plateforme apps définitive. Les enseignants pourront bien sûr utiliser la plateforme apps définitive pour travailler entre eux, favoriser le travail collaboratif entre eux, mais, pour l’instant, il n’est pas dans la cible que ça soit une plateforme qui serve, directement en tout cas, à la relation avec les élèves. Elle pourra être utilisée pour commencer à préparer des contenus qu’on partagerait ensuite avec d’autres outils, mais il n’est pas prévu que les élèves se connectent directement sur les plateformes apps.
Du coup aujourd’hui, effectivement, on ne sait pas garantir la pérennité des données. Déjà parce que, en termes d’infrastructure, on va changer, on va probablement passer d’un hébergement externalisé à quelque chose d’internalisé. Aujourd’hui on a 28 plateformes qu’il va falloir ramener dans une seule et les informaticiens savent bien les problèmes que ça pose en termes d’unicité des identifiants et tout ça, donc ce n’est pas une opération qu’on peut garantir. Par contre, on fera de notre mieux pour que ça soit, je dirais, possible au maximum. C’est classique, c’est une version bêta, c’est-à-dire qu’en gros on est en best effort, on fait au mieux, mais il y a des choses qu’on ne peut pas garantir. Donc on préférait prévenir les gens en disant « il y a des mécanismes de synchronisation, il vaut mieux que vous gardiez une copie chez vous de ce que vous allez mettre dans le Nextcloud » et, de toutes façons, garder des copies chez soi ça reste un conseil valable tout le temps. On fera le maximum, mais aujourd’hui on ne sait pas exactement ce qu’on sera capables de faire. Probablement, par exemple, que les vidéos qui seraient sur des PeerTube, vu que PeerTube est déjà en mode fédéré, on devrait arriver à les récupérer, mais ce n’est pas évident. Ça va dépendre aussi, je dirais, de l’utilisation qui va en être faite : s’il y a des gigas, des téras et des téras de données, ça peut aussi être compliqué à traiter.
Ça veut dire que les gens devront probablement récupérer des choses chez eux et les redéployer après. En tout cas on mettra en place des mécanismes, par exemple dans les blogs, dans les pads, pour que les gens puissent réimporter toutes leurs données pour faciliter une republication ultérieure dans d’autres outils si on n’était pas capables de le faire automatiquement.

Frédéric Couchet : D’accord. Avant-dernière question je pense : est-ce qu’il est prévu une formation pour le personnel enseignant qui a sans doute l’habitude d’utiliser d’autres outils ou, en tout cas, qui va découvrir de nouveaux outils outils ? Est-ce qu’une formation est prévue ?

Luc Bourdot : Oui, c’est déjà en place ; je vais être plus précis : ça se met en place. On a fait appel à la communauté et il y a beaucoup de tutos qui ont été réalisés. La difficulté c’est qu’aujourd’hui tous les tutoriels qui ont été réalisés, essentiellement par des profs d’ailleurs, sont dispersés sur les différentes plateformes et là il y a un travail qui est fait en ce moment pour essayer de tout regrouper et d’avoir, à un moment donné, un affichage cohérent de tous les tutoriels qui sont réalisés. Sur le PeerTube c’est déjà fédéré, il y a moyen de voir qu’il y a quand même déjà pas mal de vidéos qui ont été faite pour aider.
En fait, l’assistance ne sera absolument pas réalisée par l’équipe. L’équipe apps est une équipe qui va éditer le logiciel, mais le soutien, je dirais, sera fait par les académies elles-mêmes. Là, les académies, les DSI et bien sûr les DANE, les délégations académiques au numérique éducatif, s’organisent pour soutenir les enseignants dans l’utilisation de la plateforme.

Frédéric Couchet : D’accord.
Dernière question : si, en moins de deux minutes, tu devais résumer un petit peu apps ou donner envie : les éléments clefs à résumer en moins de deux minutes.

Luc Bourdot : Chouette exercice !

Frédéric Couchet : Je sais !

Luc Bourdot : Je vais essayer de ne pas trahir de secret, mais la volonté de l’équipe c’est vraiment aussi, au-delà de ce qu’on va proposer, d’emmener dans ce ministère une démarche un petit peu différente, qui n’est pas cachée non plus, qui est soutenue, le sponsor de la DNE est au courant, et cette démarche consiste effectivement à faire du design avec les utilisateurs, c’est pour ça qu’il y a eu des hackathons. L’idée c’est d’aller à la rencontre des utilisateurs, ne pas attendre des aides d’avoir le produit parfait. Donc les critiques sont recevables. On sait bien qu’il y a plein de choses qui ne sont pas complètement sèches, comme on dit chez nous, mais on écoute. Donc avoir une démarche vraiment proactive avec nos utilisateurs, aller très vite dans la livraison des produits justement pour les améliorer avec eux et, bien sûr, pousser au maximum les produits libres.
Peut-être juste pour préciser et revenir sur la notion de produit libre : ce qui est réalisé par l’Éducation nationale, en l’occurrence le portail, est disponible sur le GitLab, vous trouverez souvent le lien dans les annonces. C’est ouvert à contribution. Les recettes : pour déployer le Discourse ça a été fait avec du Salt, c’est disponible aussi sur notre GitLab et la plupart des services, là je suis un peu technique, sont hébergés avec des conteneurs dockers, donc toutes les formules dockers qu’on pose sont aussi disponibles. Ce qui veut dire, en gros, que si quelqu’un a envie de monter un chaton à partir de ces produits-là, il n’a qu’à aller chez nous, télécharger et c’est faisable.

Frédéric Couchet : Luc, je te remercie.
Tu viens de parler des chatons, je rappelle que CHATONS c’est le Collectif des Hébergeurs, Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires dont on a déjà parlé dans l’émission et le site c’est chatons avec un « s » point org [chatons.org].
Ce que tu expliquais à la fin renvoie au modèle de développement de l’agilité dont on a parlé récemment, je crois que c’est le 24 mars, avec Alexis Monville.
En tout cas je voulais te remercier de ton intervention et aussi rappeler qu’on critique très souvent les différents gouvernements qui se succèdent par rapport à leurs accords-cadres Microsoft et autres GAFAM, c’est-à-dire les géants du Web. Il faut aussi rappeler que l’État n’est pas monolithique, il y a aussi des gens comme toi, en interne, qui travaillent pour faire avancer l’usage et le développement des logiciels libres, mettre en place des services basés sur du Libre et donc apporter des libertés. Donc vraiment bravo aux personnes qui font ça en interne.
Luc je te remercie. Je pense qu’on aura l’occasion de reparler un peu de apps quand vous aurez justement un retour, d’ici quelques semaines, quelques mois. J’espère d’ailleurs qu’on pourra en parler avec d’autres personnes de l’équipe en plus de toi, tu as notamment cité Marine Gout, ça me ferait très plaisir d’avoir Marine Gout et toi dans l’émission.

Luc Bourdot : En plus, ça serait vraiment bien si ça pouvait être en présentiel !

Frédéric Couchet : On espère que ce sera en présentiel, on attendra que ça soit possible en présentiel donc ce ne sera pas tout de suite ! En tout cas c’était un plaisir.
C’était Luc Bourdot qui est responsable du Pôle national de compétences logiciels libres au ministère de l’Éducation nationale, le Pôle EOLE. Au sein de l’équipe de la plateforme apps.education.fr, Luc est chargé du pilotage des développements et de l’intégration des composants libres.
Luc, je te souhaite une bonne fin de journée et à bientôt.

Luc Bourdot : Merci à vous. Au revoir.

Frédéric Couchet : On va faire une petite pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Même une assez longue pause musicale parce que c’est un morceau assez long, mais je pense que ça va bien vous plaire. On va écouter B(l)acklisted par The Bundy. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : B(l)acklisted par The Bundy.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Frédéric Couchet : Je vais laisser le final, nous n’allons pas couper le final. C‘était B(l)acklisted par The Bundy, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions. Le site du groupe c’est thebundy.fr, bundy c’est b, u, n, d, y. Vous retrouverez évidemment les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio, causecommune.fm, car vous êtes toujours sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et en DAB+ et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Nous allons passer au sujet suivant qui était initialement le premier sujet.

[Virgule musicale]

Échange avec Pierre-Yves Dillard pour prendre des nouvelles d'Easter-eggs, entreprise spécialiste en logiciels libres

Frédéric Couchet : Nous allons prendre des nouvelles de l’entreprise spécialisée en logiciels libres Easter-eggs avec Pierre-Yves Dillard. Bonjour Pierre-Yves.

Pierre-Yves Dillard : Bonjour Frédéric. Vous m’entendez bien cette fois-ci ?

Frédéric Couchet : On t’entend bien ce coup-ci. L’idée de ces pastilles c’est de prendre un petit peu des nouvelles d’Easter-eggs. On va préciser qu’on connaît bien Easter-eggs parce que l’April occupe une partie des locaux d’Easter-eggs, on sous-loue un bureau et on a le plaisir de partager des déjeuners.
Donc premier thème, en tout cas première question : l’historique de télétravail avec quelques salariés d’Easter-eggs, un peu prêts pour ce télétravail, mais était-ce bien le cas et est-ce que vos clients, de leur côté, étaient prêts pour le télétravail ?

Pierre-Yves Dillard : En fait, on a effectivement découvert que, pour nous, le télétravail c’était quelque chose d’assez naturel parce qu’on a une histoire du télétravail. À chaque fois il s’est un peu imposé à nous parce qu’au début on n’est pas forcément pour, on pensait qu’une entreprise c’est aussi un lieu social où on doit se rencontrer, où on peut partager des choses. Et puis, il y a un moment où il y a eu des départs, des gens qui ont dû suivre par exemple leur compagne, l’exemple c’est Cyrille, un développeur chef de projet qui a dû partir à La Réunion ; évidemment le télétravail s’imposait et on s’est aperçu que ça marchait super bien. Du coup, on s’est dit « le télétravail c’est bon pour les développeurs. Mais pour les admins sys, on a besoin d’être entre nous, on a besoin d’être pas loin des serveurs et puis, pour les commerciaux, les chefs de projet, c’est important d’être en présentiel aussi. »
Il y a un admin sys qui, un jour, a dit « moi je vais partir en Bourgogne », c’est Arnaud, et là on s’est dit « ah bon ! Écoute on essaye ! » Et puis ça se passe très bien et, petit à petit, il y a d’autres admins sys qui sont partis, à Montpellier, et d’autres encore qui ont des projets. Donc on s’est aperçu que, finalement, le télétravail ça marchait bien aussi pour les admins sys.
On s’est dit « oui mais pour les commerciaux., c’est important d’être là, de se parler » et ainsi de suite.

Et puis finalement, avec le covid et le confinement, je suis chef de projet dans l’entreprise, je me suis retrouvé de fait en télétravail et très vite je me suis aperçu que ça se passait très bien, que ça marchait très bien, et qu’on avait vraiment tous les outils qui étaient immédiatement disponibles dès les premiers jours, dès les premières heures du confinement, on avait tout à notre disposition pour être, finalement, j’ai envie de dire comme à la maison si on entend Easter-eggs comme une maison !, mais on était à la maison comme à la maison.
La première conclusion c’était de se dire « OK, nous on est prêts à continuer comme si de rien », d’ailleurs les clients s’en inquiétaient et nous demandaient comment on allait assurer la continuité de service et ainsi de suite. On a dit : « Pour nous ça ne change absolument rien, les équipes restent mobilisées comme en temps normal ». En revanche, les clients, eux, ont disparu pendant au moins une bonne semaine car chacun s’est retrouvé chez soi. Ils n’avaient pas forcément les outils pour s’organiser, pour se réunir, donc on a eu une bonne semaine, pour ne pas dire deux, où, finalement, il y a eu un peu un silence radio. Petit à petit, après, on a senti qu’il y a eu une organisation ; on les a assistés, certains clients sont venus vers nous avec des projets de plateforme justement de téléconférence, des projets de VPN, des choses comme ça, qui leur permettaient de travailler, de s’organiser à distance.

Frédéric Couchet : D’accord. Donc tu expliquais que vu ton poste tu pensais que le télétravail ne pouvait pas fonctionner, qu’en fait le télétravail c’était, finalement, pour la partie on va dire technique. Est-ce que cela suppose, par exemple, que toi tu envisages de faire du télétravail continu, c’est-à-dire de rester auto-confiné volontairement dans l’avenir ?

Pierre-Yves Dillard : En fait, ce qui est sûr c’est qu’on va, à mon avis comme beaucoup d’entreprises, beaucoup de salariés, peut-être inverser la relation entre télétravail et présence au bureau et je pense qu’on va aller vers une présence limitée au bureau à des moments qui seront un peu décidés, organisés, peut-être avec des rotations pour qu’il y ait toujours au moins quelqu’un, en tout cas qu’on puisse se rencontrer quand il y a besoin, et puis la normalité sera plutôt le télétravail. Je crois beaucoup à cette nouvelle forme d’organisation, d’autant plus que ça va donner des idées. Le fait de se décomplexer par rapport à cette pratique de télétravail et que ce soit la normalité, va permettre aux uns et aux autres de pouvoir plus facilement s’éloigner de son lieu de travail, de pouvoir profiter d'un appartement plus grand ou d'une maison avec jardin peut-être.

Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce qu’il y a des manques ? Quels sont les manques que tu as actuellement ou que les autres personnes de l’équipe Easter-eggs ont par rapport à ce confinement et ce télétravail ?

Pierre-Yves Dillard : C’est vrai que chez Easter-ggs on avait des traditions de déjeuners, de se regrouper notamment à l’heure du déjeuner pour échanger, peut-être un petit peu se détendre, c’était un peu une tradition. On faisait des grandes tablées auxquelles justement, l’April, vous participez très souvent. Ce sont des moments très conviviaux auxquels on est tous attachés. Pour l’instant ils ont disparu. Dans un premier temps ce n’est pas forcément un manque parce qu’on subit tous la nouveauté d’un télétravail forcé, mais je pense que ça fait partie des points essentiels, parce qu’une visioconférence ne remplacera jamais la convivialité d’un repas partagé pour que des relations de travail aillent plus loin. Aujourd’hui, chez Easter-eggs, on se considère tous plus ou moins comme des camarades plus que comme des collègues et ce sont ces moments-là de partage qui créent cette relation.

Frédéric Couchet : Oui tout à fait. C’est vrai que, comme tu le dis, on partageait les tablées et, de notre côté effectivement, je pense que je peux parler aussi au nom de mes collègues, c’est ce manque de lien social et de midis où tu nous racontes un peu de nombreuses histoires et aussi les endroits du quartier. On va notamment saluer Pizza Didot, Chez Joy, La Table de la Ressourcerie Créative, La Petite Alsacienne aussi qui fait boulangerie, qui nous manquent beaucoup !

Pierre-Yves Dillard : Voilà. Exactement.

Frédéric Couchet : Je vais rappeler le site web de Easter-eggs, c’est easter tiret eggs point com [easter-eggs.com]. Est-ce que tu souhaites rajouter quelque chose sur ce sujet-là ou sur un autre ?

Pierre-Yves Dillard : Écoutez non. J’espère juste qu’on va bientôt pouvoir se recroiser rue de l’Ouest, pas tous ensemble en tout cas, mais par parties dans un premier temps, qu’on puisse renouer ce lien le plus vite possible.

Frédéric Couchet : C’est un sentiment partagé. Ça ne sera évidemment pas pour tout de suite, ça on le sait. En tout cas, c’était un plaisir de t’entendre Pierre-Yves.
C’était Pierre-Yves Dillard qui est chef de projet chez Ester-eggs, société spécialisée en logiciels libres. D’ailleurs j’ai oublié de préciser qu’on a eu le plaisir d’avoir plusieurs fois Easter-eggs : dans l’émission du 21 mai 2019 sur les modèles d’organisation d’entreprises du Libre et dans l’émission du 23 avril 2019 sur les entreprises du logiciel libre. Vous retrouverez les podcasts sur causecommune.fm et sur april.org.
Pierre-Yves, je te souhaite quand même de passer une belle fin de journée.

Pierre-Yves Dillard : Également et à très bientôt.

Frédéric Couchet : À bientôt Pierre-Yves.
Vous êtes toujours sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et en DAB+ et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
Nous n’allons pas faire de pause musicale.

[Virgule musicale]

Nous allons passer au dernier sujet avec la chronique de ma collègue Isabella Vanni qui est coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April. Aujourd’hui Isabella reçoit Marc Hépiègne de l'association libriste de l’Oise qui s’appelle Oisux, oisux.org. Je leur laisse la parole, c’est à vous Isa et Marc.

Chronique « Le libre fait sa comm' » d'Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April, avec l'interview de Marc Hépiègne de l'association Oisux, groupe d'utilisateurs et utilisatrices de logiciels libres dans l'Oise

Isabella Vanni : Bonjour. Bonjour à tout le monde. Aujourd’hui nous avons le plaisir d’avoir avec nous Marc Hépiègne de l’association Oisux. Oisux est un GULL c’est-à-dire un groupe d’utilisateurs et utilisatrices de logiciels libres. Nous avons déjà eu l’occasion de présenter d’autres GULL au cours de précédentes émissions de Libre à vous !. Dans le cas de Oisux le périmètre d’action est notamment le département de l’Oise mais peut-être que vous l’avez déjà deviné grâce au nom.
Bonjour Marc, merci d’être avec nous aujourd’hui.

Marc Hépiègne : Bonjour à tous et merci pour l’invitation.

Isabella Vanni : Merci à toi d’être avec nous. Pour commencer, je te propose de te présenter et de nous préciser un petit peu ton rôle dans l’association Oisux. À toi de parler.

Marc Hépiègne : OK ! Marc Hépiègne comme ça a été dit. Je fais partie du petit groupe qui a créé l’association en 2006. Avant, jusque-là, on était relié à un autre Lug à Amiens, EPPLug, qui nous a aidé à nous lancer. On a commencé avec une dizaine d’adhérents en 2006, maintenant on est 75 adhérents avec des actions un peu partout dans le département. Le groupe est surtout positionné à Beauvais. Nous avons plusieurs ateliers dans la semaine et il y a aussi d’autres ateliers à Nogent-sur-Oise, à Clermont de l’Oise, à Bury, dans des communes parfois plus petites, Milly-sur-Thérain par exemple.
Je fais encore partie du groupe qui participe à l’organisation, à l’animation sur le choix d’un programme, sur les lieux où on s’investit, sur les partenaires avec qui on propose de travailler, donc un peu toute la vie de l’association. On s’organise ensemble de façon collective.
Je représente aussi l’association dans des événements libristes ou dans des événements tout court de la vie civile où on essaye de porter la parole du Libre.

Isabella Vanni : Très bien, merci beaucoup. Faisons abstraction du confinement pour un moment, tu me parlais des différentes activités de l’association Oisux, on va dire en temps normal, donc pas mal d’ateliers, participation à des événements, vous faites aussi des install-parties, vous participez à des événements spécifiques et vous aidez des personnes mais aussi des structures.
Il y a encore deux mois, tu me faisais un retour d’expérience sur la liste de discussion Libre-association – à l’April il y a un groupe de travail qui s’appelle Libre-association, donc logiciel libre et monde associatif – et tu faisais un retour sur cette liste des expériences avec ton association. Tout cela se passe principalement en présentiel, mais le confinement a un peu tout chamboulé. L’occasion de t’avoir aujourd’hui, c’est aussi de savoir comment l’association Oisux vit le confinement. Comment avez-vous réagi et qu’avez-vous éventuellement mis en place pour assurer une certaine continuité dans vos actions ?

Marc Hépiègne : Pour le passage en visioconférence, en fait le groupe le plus moteur et le plus important de l’association, les Beauvaisiens ont tout de suite converti les ateliers par exemple du samedi matin puisqu’on a deux temps fort dans la semaine : le samedi matin c’est plutôt une séance de formation où un intervenant présente un logiciel et forme des personnes à l’utilisation du logiciel ; le mercredi soir c’est plutôt un atelier ouvert qu’on appelle auberge espagnole où là c’est ouvert, les gens viennent et c’est le jeu des questions-réponses, on s’interpelle les uns les autres, on partage des manipulations que l’on a faites, on accueille les personnes nouvelles qui viennent assez régulièrement vers nous parce qu’elles peuvent avoir des questions. Les questions qu’on a eues ces derniers mois c’était surtout par rapport au passage de Windows 7 à Windows 10 qui, en fait, a fait beaucoup s’interroger des gens quand ils se sont rendu compte qu’ils n’étaient plus à niveau pour du logiciel et que, bientôt, il fallait qu’ils remplacent leur matériel. On a moins ces demandes-là maintenant à cause du confinement, bien évidemment, donc on a moins cette dimension d’accueil.

Par contre, le groupe continue à fonctionner et reste force de proposition et là on a noté, quand même, une certaine évolution dans le sens où il y a eu pas mal de propositions un peu geeks. On a, jusqu’à fin juin, un programme qui est affiché sur le portail oisux.org où il y a un mélange de logiciels d’utilisation courante — la messagerie, la navigation internet, le partage de fichiers, etc. — et aussi des thèmes un peu nouveaux pour nous qui ont été proposés par des gens qui sont un peu habitués à tout ce qui est utilisation des logiciels même à distance avec la visioconférence.
La partie des grands débutants est un peu en carafe actuellement. C’est plus difficile pour eux de raccrocher aux wagons parce que c’est déjà une expérience un peu délicate de venir sur un salon avec un poste qui fonctionne, avec une caméra, un micro, s’adapter au fonctionnement de la plateforme et après, en même temps, se rendre compte si on a la bonne version du logiciel parce que l’intervenant lui, ne peut pas voir une autre version du même logiciel. C’est un peu compliqu !.
Il y a pas mal d’utilisateurs lambda qui adoptent des solutions libres complètes, système d’exploitation et applications libres, qui nous ont fait signe comme quoi ils attendaient la fin du confinement et le retour des ateliers pratiques, en gros début septembre parce que la mairie de Beauvais a indiqué que les salles municipales ne seraient pas accessibles à l’activité publique jusqu’au 2 juin. En plus, les événements familiaux, les grands rassemblements familiaux, sont interdits jusqu’au 18 juillet. Donc, pour nous, l’année en présentiel c'est un peu terminé ; on se retrouvera en septembre.
D’ailleurs, les mercredis soir, on ne fait plus la partie auberge espagnole avec accueil transverse, on discute en petits groupes, à gauche à droite, de sujets divers et variés.

Isabella Vanni : Marc, pardon, je te coupe. C’est marrant, j’avais justement lu sur votre site que « les auberges du mercredi ont été converties en réunions à thème ». Du coup les auberges, je n’avais pas forcément pensé aux auberges espagnoles, donc ça tombe bien, tu vas nous expliquer comment elles ont été converties.

Marc Hépiègne : On a essayé de les maintenir en auberge espagnole ouverte. Et, finalement, c’était un peu les mêmes têtes qui étaient là, les membres animateurs, les membres permanents, on était cinq ou six, ce qui est honorable, ce qui est bien, les piliers pour soutenir l’activité d’une association, mais après on tournait un peu en rond. On se connaît bien maintenant, etc., même s’il y a des personnes qui figurent parmi les piliers qui ne sont là que depuis trois ans, mais il y en d’autres qui sont là depuis plus longtemps, et puis on échange pas mal par ailleurs. Du coup on a préféré rentabiliser, interrompre l’aspect réunion ouverte en réunion à thème comme le samedi matin, pour un peu inciter les collègues, les adhérents de l’association qu’on a perdus un peu ces derniers temps, leur proposer des thèmes qui leur parlent pour les inciter à nous rejoindre.
Ça marche plus ou moins. Dans tous les cas, tous les thèmes qui sont dans le programme font suite. On a fait un sondage, en fait. On a utilisé Framaforms, on a fait un sondage auprès des adhérents avec des propositions en leur demandant s’ils en avaient d’autres. Après on a fait une réunion en visioconférence avec Jitsi pour l’essentiel.

Isabella Vanni : J’allais justement te demander quel outil vous aviez choisi.

Marc Hépiègne : On a choisi meet.jit.si, comme adresse de base.

Isabella Vanni : On va peut-être rappeler aux personnes qui nous écoutent, même si on en a beaucoup parlé lors des dernières émissions Libre à vous!, que Jitsi Meet est un service de visioconférence et, étant un logiciel libre, n’importe qui peut l’installer sur un serveur, donc il peut y avoir potentiellement un nombre infini d’instances.
Tu étais en train de me dire quelle instance vous avez choisie pour vos visioconférences.

Marc Hépiègne : Au début on a testé celle-là. Elle donne satisfaction. Après on a eu des problèmes de débit, peut-être que c’est possible, mais une fois qu’on est dix/douze ça commence à être un peu compliqué, en même temps on a fait notre apprentissage. Un peu comme là, l’émission aujourd’hui, on coupe son micro si on ne parle pas, des choses comme ça, ce sont des choses qu’on a apprises tout simplement. La webcam c’est bien au début mais une fois qu’on s’est identifié, qu’on a reconnu les gens, on arrête les webcams et on écoute celui qui anime, qui peut montrer son écran quand il explique ce qu’il fait avec un logiciel. L’avantage qu’on a trouvé avec Jitsi Meet c’est que l’animateur peut aussi demander à ce que les apprenants montrent leur écran, ça lui permet de se rendre compte où en sont les auditeurs.
Donc on s’est habitué, on s’est forgé un peu une expérience par rapport à ça.
Pour des questions de test de débit on est passé sur une autre instance qui est Rezopole qui vient de Lyon, l’association La Mouette et François Aubriot, etc., qui ont aussi mis en service des instances sur des serveurs dans la région lyonnaise.
Après on a testé Scaleway, une société qui n’est pas forcément libriste au départ mais, en tous les cas, une grosse entreprise avec beaucoup de serveurs un peu partout, qui héberge des sites importants, etc., et qui a mis à disposition des instances de Jitsi à l’adresse ensemble.scaleway.com, donc on a pris une adresse. L’adresse n’est pas très pratique donc on utilise un Framalink pour pointer vers l’instance qu’on utilise.

Isabella Vanni : Est-ce que tu peux rappeler ce qu’est Framalink, ce n’est peut-être pas évident pour toutes les personnes qui nous écoutent ?

Marc Hépiègne : Tout à fait. C’est une interface qui propose un lien court pour renvoyer vers une URL une adresse web qui a un lien très long. C’est un peu le cas des adresses Scaleway parce que, contrairement à Jitsi à la base où on peut déclarer un autre salon et après l’adresse est simple. Ce n’est pas possible avec Scaleway, l’adresse est imposée. Comme il y a plein de chiffres au début, plein de chiffres à la fin, franchement ce n’est pas très pratique, du coup on utilise Framalink ; il faut aller sur l’adresse frama.link. Là tout est expliqué, on met l’ancienne adresse, on en propose une nouvelle et, si elle est acceptée, on peut la copier-coller dans le presse-papier, on peut la mettre dans un mail. C’est une adresse facile à retenir, facile à utiliser, quand on clique on va directement sur Scaleway.

Isabella Vanni : Très bien. Donc un raccourcisseur de lien et il n’y a pas que l’association Framasoft qui le propose. C’est un service plutôt simple à installer, à déployer. Vous pouvez d’ailleurs le trouver auprès d’autres structures, notamment auprès des structures qui font partie du Collectif CHATONS.
Marc, merci pour ce retour d’expérience. Si je résume bien, disons que l’aide, la promotion du logiciel libre, l’aide envers les personnes non-initiées est un peu mise en parenthèse par les conditions imposées par le confinement et vous en avez, du coup, profité pour renforcer les liens entre les membres de l’association, pour vous rencontrer plus souvent, vous connaître mieux entre vous. Finalement, vous avez trouvé quelque chose de très positif ?

Marc Hépiègne : Oui, tout à fait. D’ailleurs ça va aussi nous aider, à l’avenir, à modifier notre organisation. Comme l’association est départementale, tant qu’il n’y a pas d’autre groupe capable de démarrer, d’être autonome dans le département, pour traverser le département il faut une heure, c’est difficile pour nous d’organiser des choses à gauche, à droite, du coup le système de visioconférence permet à des personnes qui habitent à 50/60 kilomètres d’éviter de se déplacer. C’est quelque chose qu’on va étudier à la rentrée prochaine, en septembre, on va étudier le dosage, parce que ce serait tentant de rester confortablement dans son fauteuil à la maison, par contre on va perdre une partie des gens et on va avoir du mal à recruter de nouvelles personnes.
Donc c’est bien, ça consolide les liens sur le noyau de l’association, les gens un peu habitués, mais ça ne correspond pas forcément suffisamment à tous les profils.
Un dernier point, je reviens sur les problèmes avec le matériel et Windows 7, les gens qui n’ont pas compris qu’il fallait se dépêcher de migrer. En fait, on a eu des demandes non pas sur des PC fixes, pour le coup, mais on a eu pour les collégiens une dotation d’ordinateurs qui ont été réformés, qui ont été mis à notre disposition, on en a eu sept ou huit. Des gens étaient en difficulté parce que chez eux ils avaient besoin d’une solution pour accéder à des visioconférences. Au lieu qu’ils restent à ne rien faire dans l’armoire dans notre local principal, on les a ressortis et on les a mis à disposition de particuliers qui nous contactaient. Du coup, on est en train de faire s’habituer des gens à un environnement qu’ils n’avaient pas forcément choisi au départ, mais à partir du moment où on leur proposait la solution, ils ont voulu la tester et là, on n’a que des retours positifs.

Isabella Vanni : Excellent. Ça fait toujours plaisir de voir ces d’expérience retours positifs, encourageants.
Marc, notre temps est fini pour la chronique d’aujourd’hui. Je te remercie beaucoup pour avoir accepté notre invitation.

Marc Hépiègne : C’était un honneur de la recevoir.

Isabella Vanni : C’est aussi un honneur pour nous de t’avoir avec nous. Je vous souhaite une bonne continuation, une bonne route et on verra avec le temps comment les choses s’organisent. Pour l’instant je vois que le moral est très bon et ça me fait plaisir. Continuez comme ça. Merci beaucoup Marc.

Marc Hépiègne : Ce qui nous manque c’est de retrouver les amis, mais ça va bien revenir !

Frédéric Couchet : Merci Marc. C’était Marc Hépiègne de l’association Oisux, oisux.org, et ma collègue Isabella Vanni. Je précise aux personnes qui voudraient un retour d’expérience sur la visioconférence que je les encourage à écouter le podcast de l’émission du 21 avril 2020 où Isabella fait un retour d’expérience sur les outils de visioconférence et notamment pour les activités sportives. L’occasion de découvrir et de savoir si Isabella a utilisé un outil pour faire du stretching, du lancer de troncs d’arbre ou du tennis de table. C’est le podcast du 21 avril 2020 sur causecommune.fm et sur april.org.

[Virgule musicale]

Annonces

Frédéric Couchet : Notre émission se termine.
Demain on se retrouve à 13 heures, donc mercredi 6 mai 2020 de 13 heures à 14 heures, pour la spéciale La Playlist de Libre à vous !, on va diffuser des musiques et Valentin va les commenter. Les podcasts des émissions précédentes sont déjà disponibles en ligne.
Nous souhaitons la bienvenue à Isidore et à Margot. Toutes nos félicitations aux heureux parents.

L’émission se termine. Je remercie toutes les personnes qui ont participé à l'émission : Pierre-Yves Dillard, Luc Bourdot, Marc Hépiègne, Isabella Vanni.
Aux manettes de la régie aujourd’hui, William Agasvari qui gère les émissions Cyberculture le samedi et Et pour cause le mardi.
Vous retrouverez toutes les références citées aujourd’hui sur les sites april.org et causecommune.fm.
Je remercie évidemment également Sylvain Kuntzmann et Olivier Grieco pour le traitement des podcasts, Quentin Gibeaux qui découpe les podcasts.

Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission. On va faire une pause pendant une quinzaine de jours. On se retrouve mardi 26 mai 2020 et d’ici là portez-vous bien.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.